Foncegrive : un nouveau jalon pour la mémoire des harkis de Côte-d’Or
Samedi 2 mai, à Foncegrive, le dernier panneau pédagogique du parcours mémoriel consacré aux harkis de Côte-d’Or a été inauguré sur le site des anciens baraquements du hameau forestier, aujourd’hui reconverti en quillier. La cérémonie, présidée par Violaine Démaret, préfète de Bourgogne-Franche-Comté et de Côte-d’Or, a réuni une centaine de personnes, parmi lesquelles de nombreux descendants de harkis. Elle marque l’aboutissement d’un cycle engagé en 2023 pour inscrire dans les communes, les forêts et les lieux de vie l’histoire longtemps méconnue de ces familles.
Ce panneau de Foncegrive n’est pas un simple repère. Il prend place là où des familles venues d’Algérie à partir de 1962 furent logées dans des conditions précaires, après l’exil et les camps de transit, pour travailler dans les forêts environnantes. Dans ces hameaux de forestage, les harkis ont contribué à l’entretien, au boisement, à l’ouverture de chemins et à l’aménagement de massifs forestiers encore utilisés aujourd’hui. L’ONF rappelle qu’environ 70 hameaux de forestage ont accueilli près de 1 500 harkis et leurs familles sur le territoire français.
En Côte-d’Or, cette histoire a une place particulière. Le département a accueilli des familles dans les hameaux de forestage d’Is-sur-Tille, Vanvey-sur-Ource et Baigneux-les-Juifs, ainsi que dans le camp SNCF de Gevrey-Chambertin. Les Archives départementales de la Côte-d’Or indiquent qu’environ 70 chefs de famille furent accueillis dans ces structures entre 1962 et 1964.
À Foncegrive, les témoignages ont rappelé que ces lieux furent à la fois des lieux de labeur, de reconstruction familiale et de silence. Jean-Pierre Salah Hamandia, né dans le hameau d’Is-sur-Tille, a évoqué des souvenirs heureux malgré les difficultés. Rémy Benredjem, secrétaire et porte-parole de l’Association des anciens harkis de Côte-d’Or, a résumé le sens de cette démarche : inscrire « dans le marbre » l’histoire des familles.
Le projet repose sur un long travail d’archives, relu et validé par l’historien Abderahmen Moumen. Il a été porté par les familles, les associations de harkis, les communes, l’ONaCVG, l’ONF et plusieurs partenaires. Une exposition retraçant le parcours des harkis et leur engagement aux côtés de la France a également été présentée dans le quillier.
Cette étape ne ferme pas la mémoire : elle la rend transmissible. Une mallette pédagogique est en cours d’élaboration avec le rectorat de Dijon afin que les enseignants puissent s’appuyer sur cette histoire locale pour la faire connaître aux jeunes générations. Pour le Secours de France, cette démarche rejoint une exigence essentielle : reconnaître la fidélité de ceux qui ont servi la France, soutenir leurs familles dans la transmission, et rappeler que la reconnaissance nationale ne peut vivre que si elle s’incarne dans des lieux, des noms et des gestes concrets.