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Xavier Driencourt démonte les légendes du récit national algérien
Ancien ambassadeur de France à Alger de 2008 à 2012 puis de 2017 à 2020, Xavier Driencourt publie aux éditions Perrin un ouvrage : L’Algérie. 1830-2026. Vérités et légendes. À travers vingt-sept chapitres, le diplomate revient sur près de deux siècles de relations franco-algériennes. Son ambition est de confronter les récits officiels aux faits historiques. Un exercice devenu rare sur un sujet où passions, culpabilisations et instrumentalisations tiennent souvent lieu d’analyse.
L’un des nombreux mérites de ce livre est de rappeler que la conquête de 1830 n’a pas été conçue comme un projet colonial. L’expédition contre la régence d’Alger résulte d’un enchaînement de circonstances : le contentieux des dettes de la Révolution, la piraterie barbaresque, le fameux « coup d’éventail » et la volonté de Charles X de restaurer le prestige de la monarchie. L’idée d’une colonisation durable ne s’imposera que progressivement. L’auteur rappelle toutefois l’échec du projet de « royaume arabe » imaginé par Napoléon III, les inégalités juridiques de l’Algérie départementalisée ou encore les occasions manquées de réforme. Il insiste également sur le caractère tragique et complexe de la guerre d’Algérie. Selon lui, les massacres de Sétif, le 8 mai 1945, constituent un tournant majeur dans la rupture entre les communautés et dans la naissance du nationalisme algérien moderne.
Le livre revient par ailleurs sans détour sur le sort des harkis. Xavier Driencourt rappelle l’abandon de ceux qui avaient choisi de servir la France et qui furent, après les accords d’Évian, livrés aux représailles du FLN pour beaucoup d’entre eux. Ceux qui purent rejoindre la métropole furent généralement accueillis dans des conditions indignes. Pour le Secours de France, qui soutient depuis des décennies les familles harkies et veille à transmettre leur histoire, ce rappel est essentiel.
L’analyse de Xavier Driencourt ne s’arrête pas à l’histoire coloniale, courant jusqu’à nos jours elle éclaire la nature du pouvoir algérien issu de l’indépendance. Il explique que ce ne sont ni les signataires civils des accords d’Évian ni les milices de l’intérieur qui ont exercé le pouvoir depuis 1962, mais un appareil politico-militaire adossé à l’armée des frontières. Depuis lors, un clan succède à un autre, tandis que la « guerre de libération » demeure la principale source de légitimité du régime. Cette lecture aide à comprendre pourquoi la relation franco-algérienne semble enfermée dans une crise permanente, nourrie par un récit national où la France demeure l’adversaire indispensable.
Xavier Driencourt rappelle aussi une réalité souvent passée sous silence : la terre algérienne fut également une terre chrétienne. De saint Augustin à Charles de Foucauld, une part importante de son histoire précède la période coloniale. L’Algérie. 1830-2026. Vérités et légendes invite le lecteur à la clairvoyance : souci des faits, refus des mensonges d’État, fidélité à ceux qui ont servi la France. Des exigences qui rejoignent, depuis toujours, le combat du Secours de France en faveur d’une mémoire vivante, juste et complète.
L’Algérie. 1830-2026. Vérités et légendes, Xavier Driencourt, Perrin, 256 pages, 14 €.
