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Harkis abandonnés : les ministres interpellées à Perpignan

À l’occasion de la visite, ce vendredi 29 mai, de plusieurs ministres dans les Pyrénées-Orientales pour l’inauguration du nouveau parcours muséal du camp de Rivesaltes, plusieurs voix se sont élevées pour rappeler que le devoir de mémoire ne saurait être sélectif.

Dans un communiqué publié le 28 mai, le maire de Perpignan et président de la Communauté urbaine Perpignan Méditerranée Métropole Louis Aliot a dénoncé une « mémoire à sens unique », estimant que la République française ne pouvait continuer à rendre hommage à certaines victimes de l’histoire tout en passant sous silence le destin tragique des harkis, des pieds-noirs disparus et des Français d’Algérie massacrés après l’indépendance.

La ministre de l’Éducation nationale, Élisabeth Borne, et la ministre déléguée aux Armées et aux Anciens combattants, Alice Rufo, doivent participer à cette visite officielle consacrée au Mémorial du camp de Rivesaltes.

Entre 1962 et 1964, près de 22 000 harkis et membres de leurs familles y furent regroupés après leur départ forcé d’Algérie, sous la menace du FLN. Beaucoup avaient servi la France avec fidélité durant la guerre d’Algérie. Leur arrivée en métropole fut pourtant marquée par les camps, l’isolement, la précarité et l’abandon des autorités françaises de l’époque.

Louis Aliot souligne ainsi le contraste entre les cérémonies mémorielles organisées aujourd’hui et l’absence persistante d’une reconnaissance pleine et entière des responsabilités politiques ayant conduit à cet abandon. Il évoque également le récent déplacement d’Alice Rufo en Algérie à l’occasion des commémorations de Sétif.

Cette visite ministérielle en Algérie a également suscité une réaction du Cercle algérianiste. Dans une lettre ouverte adressée à la ministre, sa présidente nationale, Suzy Simon-Nicaise, regrette qu’aucun hommage n’ait été rendu aux victimes françaises des atrocités de mai 1945, ni aux Européens et musulmans fidèles à la France assassinés durant et après la guerre d’Algérie.

Elle rappelle notamment le sort des milliers de Français d’Algérie disparus après le 19 mars 1962, date officielle du « cessez-le-feu » des accords d’Évian. Le Cercle algérianiste rappelle que plus de 2 000 personnes ont été enlevées puis assassinées après cette date, notamment lors des massacres d’Oran du 5 juillet 1962.

Dans ce contexte, Louis Aliot comme Suzy Simon-Nicaise demandent à la ministre de profiter de sa venue à Perpignan pour se recueillir devant le Mur des Disparus, mémorial érigé par le Cercle algérianiste au Centre de Documentation des Français d’Algérie.

Ce monument porte plus de 2 400 noms de disparus de toutes origines et confessions : hommes, femmes, enfants et vieillards victimes des violences de la fin de la présence française en Algérie.

Pour les défenseurs de cette mémoire, il ne peut y avoir d’apaisement durable sans reconnaissance de toutes les souffrances et de toutes les victimes de cette tragédie historique. Harkis, pieds-noirs disparus, civils massacrés ou abandonnés : tous demandent aujourd’hui que leur fidélité à la France et leur destin soient pleinement regardés par la République.

Dans les Pyrénées-Orientales, refuge de nombreux rapatriés et familles harkies, cette exigence de vérité et de justice demeure particulièrement vive.