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Algérie : soixante-trois ans après l’indépendance, un pouvoir sans peuple
Le 5 juillet 1962, les dirigeants du FLN promettaient au peuple algérien la liberté, la souveraineté et la justice. Soixante-trois ans plus tard, l’Algérie vient de connaître les élections législatives les moins suivies de son histoire. Ce record d’abstention vaut tous les discours.
Le régime peut toujours revendiquer une victoire électorale ; les partis qui lui sont acquis conservent la maîtrise de l’Assemblée nationale, les institutions poursuivent leur fonctionnement et le pouvoir ne paraît nullement menacé. Pourtant, un fait domine tous les autres : une immense majorité d’Algériens n’a pas jugé utile de se déplacer pour voter et lorsqu’un peuple cesse de croire aux élections, ce n’est pas seulement un scrutin qui s’affaiblit ; c’est la légitimité même des gouvernants qui s’érode.
Élections législatives Algérie 2026 : un pouvoir sans peuple
Cette défiance ne date pas d’hier, l’histoire officielle présente le 5 juillet 1962 comme l’aboutissement de la lutte de libération. D’autres mémoires racontent une tout autre histoire : dès l’indépendance reçue, le Gouvernement provisoire de la République algérienne est écarté par la force au profit du « clan d’Oujda », soutenu par l’Armée des frontières. La guerre contre la France est terminée, les luttes intestines pour le pouvoir commencent. Très tôt ceux qui refusent cette confiscation sont réduits au silence. En Kabylie, Hocine Aït Ahmed prend les armes dès 1963, son insurrection est écrasée, depuis lors les revendications politiques, culturelles et linguistiques de cette région n’ont jamais véritablement trouvé leur place dans l’Algérie indépendante. Pour une partie des Kabyles l’indépendance n’a donc jamais signifié la liberté promise mais l’installation d’un pouvoir centralisateur.
En 2019, le Hirak avait pourtant fait naître un espoir pour des millions d’Algériens réclamaient pacifiquement le retour à un État de droit, une justice indépendante et la fin d’un système à bout de souffle. Sept années plus tard, le constat est sévère : le personnel politique a changé de visage, non de nature. Selon Xavier Driencourt, ancien ambassadeur de France à Alger, le véritable pouvoir demeure partagé entre la présidence et l’institution militaire. Les récentes modifications des règles électorales, l’exclusion de plusieurs formations politiques et les nombreuses invalidations de candidatures témoignent d’une volonté constante de maîtriser le jeu avant même l’ouverture des bureaux de vote. Dans ces conditions l’abstention devient moins un désintérêt qu’un désaveu.
Depuis des décennies la propagande officielle présente l’Algérie française comme un régime de domination appelé à être remplacé par une démocratie nationale. Or, même après 60 ans, le pays est incapable de s’extraire d’un système où l’armée conserve un rôle omnipotent, où l’opposition peine à exister et où les libertés publiques font régulièrement l’objet de critiques des organisations internationales. Les faits invitent à une réflexion que beaucoup préfèrent éviter : les promesses formulées en 1962 n’ont pas produit l’État libre et pluraliste annoncé.
L’élection du 2 juillet n’aura probablement aucune conséquence institutionnelle, en revanche elle restera comme le symptôme d’un malaise profond. Un régime peut conserver les apparences de la stabilité, il lui est plus difficile de gouverner durablement un peuple qui ne croit plus à la valeur de son suffrage.
Paul-Elie Aubremont
Cette tribune libre exprime la seule opinion de son auteur. Elle n’engage ni la rédaction ni les instances du Secours de France.
