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Graines de Mémoire : le mémorial des Français disparus en Algérie

Pendant des décennies, leur sort est demeuré dans l’ombre. Enlevés, portés disparus, jamais retrouvés, des milliers de Français d’Algérie et de militaires français ont disparu dans les violences de la guerre d’Algérie et des mois qui ont suivi les accords d’Évian. Pour leurs familles, l’épreuve ne s’est jamais véritablement achevée. Faute de sépulture, faute de certitudes, faute parfois même de reconnaissance officielle, le deuil est resté suspendu.

Dès les années 1960, des familles et des bénévoles se sont mobilisés pour établir la réalité des enlèvements et des disparitions. En octobre 2002, cette démarche a pris une forme structurée avec la création du Groupe de Recherches des Français Disparus en Algérie (GRFDA). Sa mission : étudier le sort des Européens disparus entre 1954 et juillet 1962, ainsi que durant les mois qui suivirent l’indépendance algérienne. Le GRFDA est soutenu par la Maison des Agriculteurs et des Français d’Afrique du Nord (MAFA) et travaille en lien avec l’association SOLDIS Algérie pour les militaires français portés disparus. Les enlèvements de civils français avaient pourtant été recensés dès les années 1960 par l’ambassade de France en Algérie. Leur existence fut officiellement reconnue devant le Parlement en 1964 par Jean de Broglie, alors secrétaire d’État aux Affaires algériennes.

Le mémorial rappelle une réalité souvent méconnue : les « disparus » ne sont pas simplement des personnes décédées, mais des hommes, des femmes et des enfants dont les corps n’ont jamais été retrouvés et dont les familles ignorent encore aujourd’hui le sort exact. Selon les travaux du GRFDA, 1 721 civils français ont été enlevés puis sont restés portés disparus. Les recherches menées par SOLDIS Algérie ont également permis d’identifier 651 militaires français disparus. Les statistiques rassemblées par le mémorial montrent que la grande majorité de ces disparitions se sont produites après le cessez-le-feu du 19 mars 1962. Sur les 1 724 enlèvements recensés, 1 328 sont intervenus après cette date.

Fruit de plus de soixante années de recherches, le site Graines de Mémoire a été mis en ligne le 5 juillet 2024. Il constitue aujourd’hui un véritable mémorial numérique consacré aux victimes françaises disparues durant le conflit algérien. Grâce à une carte interactive de l’Algérie, chaque disparu est localisé et identifié. Le visiteur peut consulter des fiches individuelles, des documents d’archives, des dossiers historiques et de nombreux éléments permettant de comprendre les circonstances de ces disparitions. Le projet s’appuie sur des archives officielles françaises, des rapports de gendarmerie, des documents du Comité international de la Croix-Rouge, des archives militaires et les travaux de plusieurs historiens reconnus. Parmi les historiens ayant contribué à faire progresser la connaissance de ce dossier figurent notamment Jean-Jacques Jordi, auteur de Un silence d’État, Jean Monneret et Guy Pervillé.

Au-delà de la recherche historique, Graines de Mémoire répond à une exigence humaine fondamentale : rendre un nom, un visage et une histoire à ceux qui ont été engloutis par la violence et l’oubli. Ce mémorial rappelle également le droit des familles à connaître la vérité sur le sort de leurs proches, conformément aux principes aujourd’hui reconnus par les conventions internationales relatives aux disparitions forcées. Alors que disparaissent peu à peu les derniers témoins directs de cette tragédie, Graines de Mémoire constitue un outil précieux de transmission et de fidélité. Une mémoire vivante au service de la vérité historique, afin que les victimes françaises de ces enlèvements ne soient jamais effacées de notre mémoire nationale.

Le site est accessible gratuitement sur ordinateur, tablette et smartphone : www.grainesdememoire.org

Chaque visite contribue à faire vivre la mémoire de ces 2 372 Français disparus, civils et militaires, dont les familles attendent encore que toute la lumière soit faite sur leur destin.