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« Je suis né d’un récit brûlant » : quand le théâtre fait revivre la mémoire oubliée du 5 juillet 1962

Peut-on raconter une tragédie familiale sans raviver les fractures de l’Histoire ? Avec Je suis né d’un récit brûlant, le comédien et auteur Jean Alibert relève ce défi. À travers un seul-en-scène mêlant récit personnel, enquête mémorielle et réflexion historique, il revient sur l’un des épisodes les plus longtemps passés sous silence de la guerre d’Algérie : le massacre d’Oran du 5 juillet 1962.

Jean Alibert est né le 5 juillet 1962, jour de l’indépendance de l’Algérie. Son père était alors le dernier maire français de Tenira, près de Sidi Bel Abbès. Toute son enfance est marquée par les récits de ce père qui évoque inlassablement la cérémonie de transmission des pouvoirs : le drapeau français replié avec soin, le drapeau algérien hissé dans le calme. Une même phrase revient comme un refrain : « À Tenira, ça s’est passé proprement. » Mais cette formule intrigue le jeune Jean. Pourquoi cette précision ? Que signifie réellement ce « proprement » ?

Des années plus tard, il retourne à Tenira pour comprendre. Ce voyage devient une quête intime où les souvenirs familiaux rencontrent la mémoire collective d’un pays encore marqué par son histoire.

L’ombre du massacre d’Oran

Au fil de son enquête apparaît le contraste qui donne toute sa force au spectacle.

Alors que la passation des pouvoirs à Tenira s’est déroulée sans violence, la ville d’Oran connaît, le même 5 juillet 1962, une explosion de violences et de meurtres contre la population européenne. Des centaines de personnes sont torturées, tuées ou disparaissent dans des circonstances qui demeurent encore largement méconnues. C’est ce silence, autant que le drame lui-même, que Jean Alibert interroge.

Sur scène, Jean Alibert est seul. Aucun décor spectaculaire, presque aucun accessoire. Toute la force du spectacle repose sur la parole, la précision du jeu et l’émotion du récit. Le comédien alterne souvenirs d’enfance, anecdotes familiales, rencontres effectuées lors de son retour en Algérie et réflexions sur la mémoire. Les critiques soulignent unanimement sa qualité de conteur, capable de faire alterner émotion, humour et gravité sans jamais tomber dans le discours militant. Cette sobriété donne toute sa puissance au spectacle.

Au-delà de son histoire personnelle, Jean Alibert pose une question universelle : comment transmettre une mémoire longtemps tue ?

Son spectacle montre comment les silences familiaux, les oublis collectifs et les choix politiques de l’après-guerre ont façonné plusieurs générations. En donnant une voix à ceux qui ont grandi avec ces non-dits, il participe à un travail de mémoire qui cherche à éclairer une page longtemps restée dans l’ombre.

Présenté notamment au Théâtre de la Reine Blanche à Paris puis au Festival Off d’Avignon en juillet 2026, Je suis né d’un récit brûlant s’inscrit dans cette volonté de faire dialoguer mémoire familiale et histoire nationale, afin que les événements du 5 juillet 1962 puissent être connus, compris et transmis aux générations futures.