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Boualem Sansal élu à l’Académie française : un signal fort pour la liberté de pensée

Le jeudi 29 janvier, Boualem Sansal a été élu à l’Académie française par 25 voix sur 26, au fauteuil n° 3, précédemment occupé par Jean-Denis Bredin.
Cette élection, largement acquise, intervient après une année marquée par l’emprisonnement de l’écrivain en Algérie et confère à son entrée sous la Coupole une portée qui dépasse le seul champ littéraire.

Un écrivain poursuivi pour ses opinions

Boualem Sansal avait été condamné en Algérie à cinq ans de prison et à une lourde amende pour « atteinte à la sûreté de l’État », après avoir pris publiquement position en faveur du Maroc dans le différend sur le Sahara occidental. Malade, incarcéré pendant près d’un an, il avait vu son cas susciter une mobilisation internationale.

Son emprisonnement avait été dénoncé par de nombreuses voix, y compris au Parlement européen, où une résolution demandant sa libération avait été adoptée à une très large majorité. Le débat avait toutefois révélé des fractures politiques profondes, certains élus s’étant abstenus ou opposés à cette résolution, au motif du contexte diplomatique ou idéologique.

Gracié par le président algérien, sans être juridiquement innocenté, Boualem Sansal a depuis décidé de ne pas retourner en Algérie.

Une élection longuement mûrie par l’Académie

Selon les éléments rapportés par Télérama, l’Académie française n’a pas agi dans la précipitation. Une première tentative d’élection exceptionnelle, à l’initiative de Jean-Christophe Rufin, avait échoué en 2024, les académiciens estimant qu’une telle démarche risquait d’aggraver les conditions de détention de l’écrivain.

Après sa libération, Sansal a été accueilli sous la Coupole pour recevoir le prix mondial Cino Del Duca, qui lui avait été attribué pendant son incarcération. Quelques semaines plus tard, il a officiellement posé sa candidature, ouvrant la voie à une élection cette fois jugée opportune et pleinement assumée.

L’historien Pascal Ory a souligné que ce choix s’inscrivait dans une tradition ancienne de l’Académie : manifester, par ses élections, son attachement à la liberté de pensée, y compris face aux régimes autoritaires.

Une portée symbolique assumée

L’élection de Boualem Sansal n’efface pas les controverses qui ont entouré son nom : ses prises de position sur l’islamisme, sa critique constante du pouvoir algérien, ou encore les tentatives de récupération politique dont il a fait l’objet, y compris contre sa volonté. Mais elle consacre avant tout un écrivain qui, depuis plus de vingt ans, n’a cessé de dénoncer la violence idéologique, la censure et la corruption.

Comme l’a rappelé l’académicien Daniel Rondeau, en s’adressant à lui sous la Coupole : « Vous êtes libre, et nous ne nous lassons pas de nous en réjouir. »

La position du Secours de France

Le Secours de France salue cette élection comme un acte de fidélité à la liberté intellectuelle. Elle rappelle que l’écrivain, le penseur, le témoin, doivent pouvoir s’exprimer sans risquer la prison pour leurs idées.

Notre association, engagée auprès de ceux qui ont servi la France et de toutes les victimes de l’arbitraire politique, voit dans l’entrée de Boualem Sansal à l’Académie française un message clair :

  • la liberté de pensée n’est pas négociable,
  • la mémoire des violences idéologiques – notamment celles de l’islamisme – ne doit pas être effacée,
  • la dignité d’un homme et d’un écrivain prime sur les calculs diplomatiques.

En ce sens, cette élection n’est ni un geste partisan ni une provocation : elle est un rappel salutaire que la culture française, lorsqu’elle est fidèle à elle-même, sait encore défendre la vérité, le courage et la liberté.

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