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Hélie de Saint Marc, témoin du siècle : la parole d’un soldat face à l’Histoire

Résistant, déporté, officier de la Légion étrangère, Hélie Denoix de Saint Marc a traversé les guerres et les déchirements du XXe siècle. Dans le documentaire Hélie de Saint Marc, témoin du siècle, réalisé par Marcela Feraru et Jean-Marie Schmitz, ses écrits, lus par Jean Piat, restituent les épreuves d’une vie et les raisons de ses engagements.

La guerre est omniprésente dans ce film de 52 minutes. Mais le récit suit aussi le cheminement intérieur d’un homme confronté à la violence, aux contraintes de l’obéissance et aux conséquences de la parole donnée. Les commentaires, tirés pour l’essentiel de ses livres, donnent à entendre une réflexion nourrie par l’expérience, jusque dans ses contradictions les plus douloureuses.

De l’enfance périgourdine à l’épreuve de la déportation

L’enfance ouvre le récit. À l’ombre des châtaigniers du Périgord, Hélie de Saint Marc grandit dans un monde « aux ancrages solides », où les pères et les maîtres enseignent le sacrifice et la fidélité. Cette éducation prépare une jeunesse convaincue qu’elle devra, un jour, prendre la suite de ses aînés.

La Résistance et la déportation soumettent ces convictions à une épreuve autrement terrible. Saint Marc y découvre « la coexistence de l’absurdité et de la mort ». Il y rencontre pourtant aussi des hommes dont la conduite bouleverse les certitudes de son enfance :

« Connaître la générosité, la noblesse, le courage là où, selon les critères de mon enfance, ils n’auraient pas dû exister ».

La Légion, une fraternité éprouvée au combat

La Légion étrangère devient la grande affaire de sa vie. Son attachement aux légionnaires demeure inséparable de la responsabilité du chef, qui conduit ses hommes au combat et doit vivre avec la mort de certains d’entre eux.

« J’ai tout de suite aimé ces hommes, dont j’ai dû envoyer une partie à la mort. […] Ils possèdent la fraternité de ceux qui n’ont plus rien et se raccrochent les uns aux autres. »

L’Indochine laisse une empreinte profonde. Saint Marc évoque les hommes et les femmes de cette terre avec une affection que la guerre n’a pas effacée :

« Les plus beaux monuments qui se visitent au Vietnam, ce sont les hommes… Ce peuple mélancolique et réservé, romantique et cruel et sa terre imbibée de songes nous ont donné des raisons de vivre, quand, parfois, les raisons de mourir nous manquaient. »

Le film rappelle aussi l’abandon, sur ordre, de ceux qui avaient combattu aux côtés des Français. Cette expérience éclaire les engagements ultérieurs de Saint Marc en Algérie, où se pose de nouveau la question de la fidélité aux populations liées à la France.

En Algérie, les espérances de fraternité et le refus de l’abandon

La présentation du bulletin retient son émotion devant les manifestations de fraternisation du 16 mai 1958. Descendant de la Casbah, des hommes et des femmes expriment une espérance dont Saint Marc mesure la portée :

« Des dizaines de milliers d’hommes et de femmes – qui avaient droit à autre chose qu’à du vent – venaient accomplir un geste qui les dépassait et les engageait. »

« J’ai vraiment pleuré », confie-t-il.

Son témoignage aborde également les dilemmes moraux de la guerre, notamment la question des interrogatoires. Il refuse de se donner rétrospectivement une position commode :

« Je m’abstiendrai de prendre la pose du chevalier blanc. […] Parfois la guerre, c’est le combat d’un bien contre un autre bien, parfois d’un mal contre un autre mal. »

La révolte, puis la prison, prennent place dans ce récit d’une fidélité dont il accepte les conséquences personnelles :

« L’honneur est un acte de pauvre. […] J’ai accepté de tout perdre et j’ai tout perdu. »

Le bruit d’une serrure fait alors ressurgir le souvenir de sa première arrestation :

« Le grincement métallique de la clé de la serrure, ce bruit que je n’avais plus entendu depuis mon arrestation par la Gestapo ».

Au soir de la vie, une parole à transmettre

La vieillesse apporte une autre distance, sans abolir les blessures. Saint Marc la décrit comme :

« L’âge où il n’y a plus de différence d’âge, où ma génération ressemble aux feuilles mortes en octobre. »

La voix de Jean Piat porte ces textes avec gravité. Elle accompagne un témoignage dans lequel les souvenirs de guerre conduisent sans cesse à interroger la responsabilité, le courage et ce qui mérite qu’un homme engage sa vie.

Un avertissement cité dans le bulletin donne toute sa portée à cette transmission :

« Si on doit, un jour, ne plus comprendre comment un homme a pu donner sa vie pour quelque chose qui le dépasse, c’en sera fini de tout un monde, peut-être même de toute une civilisation. »

Hélie de Saint Marc, témoin du siècle – Un documentaire de Marcela Feraru et Jean-Marie Schmitz, avec la participation de Jean Piat. Coproduction Media Factory Paris – Secours de France, avec la participation de la Chaîne Histoire. Durée : 52 minutes, en français.

Source : Secours de France, Bulletin de Noël 2018, p. 2-3, « Le nouveau DVD du Secours de France – Hélie de Saint Marc, témoin du siècle ».