À Valbonne, dix ans de combat pour soustraire la mémoire harkie à l’effacement
Le 25 septembre 2026, la première pierre de la Maison de la mémoire harkie a été posée sur l’ancien hameau de forestage de Valbonne. Pour Alexandre Ahmed Dakiche, ancien habitant des lieux, cette étape couronne dix années de mobilisation contre un projet immobilier qui menaçait de faire disparaître les derniers vestiges du camp.
Sous les broussailles, les traces d’un hameau
Aux abords du rond-point des Bouillides, des carreaux affleurent sous les feuilles. Quelques pans de murs subsistent parmi les arbres. Ces vestiges modestes sont ceux d’un hameau où plus d’une trentaine de familles de harkis ont vécu durant des décennies, en marge de la cité.
Les pères entretenaient les massifs forestiers. Leurs familles occupaient des maisonnettes rudimentaires, mal isolées, dont l’exiguïté imposait une promiscuité éprouvante. Ahmed Fettani se souvient d’une dizaine de personnes réunies dans un logement d’environ trente mètres carrés. Malika Dakiche évoque une jeunesse absorbée par les obligations domestiques, dont elle mesure aujourd’hui les privations.
La forêt procurait aux hommes un gagne-pain ; elle délimitait aussi l’horizon de leurs enfants. Derrière la dénomination administrative de « hameau de forestage », les témoignages révèlent le dénuement, l’isolement et les séquelles de la guerre et de l’exode. Ils gardent également la trace des noces, des fêtes et des solidarités familiales qui soutenaient cette existence.
Un terrain convoité, arraché à l’effacement
La disparition des baraquements aurait pu être suivie de celle du lieu lui-même. La vente du terrain à des promoteurs, en 2018, ouvrait la voie à une opération immobilière. Pour Alexandre Ahmed Dakiche, laisser construire revenait à ensevelir les traces d’une histoire dont les familles attendaient encore la reconnaissance.
Il rapporte avoir mené pendant dix ans une opposition obstinée, conjuguant démarches administratives, contestation publique et médiatisation. Son combat poursuivait un dessein précis : préserver l’ancien camp et obtenir qu’un lieu de transmission y soit établi.
Ancien habitant du hameau, Dakiche défendait une mémoire inscrite dans le sol, les arbres et les restes des maisons. Il revendique l’initiative de cette mobilisation et un rôle déterminant dans son aboutissement. La sauvegarde du terrain, puis son rachat par la nouvelle municipalité, ont permis au projet mémoriel de prendre corps.
Donner un lieu à la transmission de la mémoire harkie
La future Maison de la mémoire harkie doit comprendre un bâtiment d’environ 80 mètres carrés, destiné aux expositions et aux rencontres. Un parcours mémoriel extérieur complétera l’ensemble, dont le coût annoncé s’élève à 600 000 euros.
L’accueil des scolaires permettra de raconter la vie des familles sur les lieux mêmes de leur relégation. Il donnera également à connaître le labeur des harkis dans les massifs environnants, leur contribution à l’entretien des sous-bois et à la protection des forêts.
Un projet de conférence sur les traumatismes intergénérationnels doit prolonger cette démarche. Il répond à une réalité présente dans les témoignages : les épreuves subies par les parents ont laissé leur empreinte sur l’enfance de leurs fils et de leurs filles.
La première pierre ne marque pas encore l’ouverture de la Maison. Elle matérialise néanmoins l’issue d’un long combat pour conserver à ce terrain sa vocation mémorielle. Là où les habitations ont disparu, les descendants pourront désormais transmettre ce que ces vies furent, avec leurs souffrances, leur dignité et leur attachement à la France.