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Des registres harkis confiés aux archives : un acte de justice mémorielle

Début février 2026, deux registres d’une portée historique majeure ont été officiellement remis aux archives départementales du Lot-et-Garonne par l’association Mémoire Harkis de Bias. Ces documents, longtemps restés hors des circuits institutionnels, constituent une source essentielle pour comprendre le sort réservé aux familles harkies après 1962 et pour faire progresser leur reconnaissance.

Le premier registre recense les arrivées et départs des familles accueillies au camp de Bias à partir de l’hiver 1962-1963, période des premières relégations, jusqu’à l’année 1969. Il concerne 533 familles, soit environ 1 300 personnes. Derrière ces chiffres se dessine la réalité d’hommes et de femmes qui, après avoir servi la France pendant la guerre d’Algérie, ont été parqués dans des conditions que le Conseil d’État a lui-même qualifiées d’« indignes ».

Un second document, tout aussi révélateur, dresse la liste des personnes handicapées employées au sein du camp. Son intitulé administratif, brutal et méprisant, dit à lui seul le regard porté à l’époque sur ces anciens supplétifs et leurs proches, considérés comme inemployables et maintenus dans une marginalisation durable.

Ces registres ont été reçus de manière anonyme par l’association Mémoire Harkis de Bias, avant d’être confiés à un service public d’archives afin d’en garantir la conservation, la numérisation et l’accessibilité aux chercheurs comme aux familles. Les archives départementales soulignent l’intérêt de ces pièces pour croiser les données existantes, reconstituer des parcours familiaux et compléter le travail historique engagé depuis plusieurs années.

Pour le Secours de France, cette remise n’est pas un simple geste patrimonial. Elle constitue une étape concrète vers la vérité et la justice. La mémoire des harkis ne peut se limiter à des discours ou à des commémorations symboliques : elle passe aussi par des preuves, des noms, des dates, des documents permettant aux familles de faire valoir leurs droits et aux historiens de rétablir les faits.

Préserver ces archives, c’est reconnaître la fidélité et l’engagement de ces combattants, mais aussi assumer collectivement une page douloureuse de l’histoire nationale. Le Secours de France salue le travail des associations locales qui, par leur persévérance, contribuent à faire émerger une mémoire longtemps étouffée et à la transmettre avec dignité.

Source principale : Richard Bohan, « Deux registres harkis remis aux Archives départementales à Agen », La Dépêche, 3 février 2026.

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