La repentance permanente a désarmé la France en Afrique

Dans son livre La Grande Repentance. Afrique-France : les infortunes de la vertu, le journaliste et grand reporter François‑Xavier Freland dresse un constat sévère : si la France recule aujourd’hui en Afrique, c’est d’abord parce qu’elle a elle-même sapé sa propre légitimité par un discours de repentance incessant.

Correspondant en Afrique depuis plus de vingt ans, fin connaisseur du Sahel et notamment du Mali, François-Xavier Freland décrit une rupture progressive entre la France et une partie du continent africain. Non pas, selon lui, à cause d’une hostilité populaire spontanée et massive, mais parce que la France a fini par adopter contre elle-même le récit de ses adversaires.

Dans plusieurs entretiens récents accordés au Journal du Dimanche, au Télégramme et dans une analyse publiée par Causeur, l’auteur estime que les médias français ont largement contribué à diffuser une vision exclusivement négative de l’action française en Afrique, notamment au Sahel.


Selon lui, les opérations militaires françaises, en particulier au Mali, ont été présentées sous un angle systématiquement accusatoire : armée « néocoloniale », interventions suspectes, bavures amplifiées, présence française réduite à une logique de domination. Or ces médias français sont très suivis dans toute l’Afrique francophone. À force d’entendre la France se dénoncer elle-même, une partie de l’opinion africaine a fini par reprendre ce discours.

François-Xavier Freland souligne également le rôle joué par certains milieux intellectuels et universitaires acquis aux lectures décoloniales de l’histoire. Dans cette vision, la présence française en Afrique serait exclusivement analysée sous l’angle de la domination, de l’exploitation ou du racisme, sans prise en compte de la complexité historique, des liens humains, culturels et linguistiques construits au fil des décennies.

L’auteur ne nie pas les erreurs commises par la France. Mais il refuse une lecture uniquement à charge. Il rappelle que la présence française a aussi laissé des infrastructures, des écoles, des administrations, des systèmes de santé et des cadres étatiques encore visibles aujourd’hui dans de nombreux pays africains.

Cette autocritique permanente aurait ouvert un boulevard à d’autres puissances. La Russie, notamment à travers le groupe Wagner puis l’« Africa Corps », a exploité le ressentiment antifrançais pour étendre son influence. Mais François-Xavier Freland observe que les résultats sont loin d’être probants. Au Mali, malgré le départ des forces françaises, la menace djihadiste continue de progresser et l’instabilité s’aggrave.

L’auteur rappelle que l’intervention française de 2013 avait permis d’empêcher la chute de villes comme Tombouctou, Gao ou Kidal sous la coupe djihadiste. Aujourd’hui, il craint qu’un effondrement du Mali n’entraîne une déstabilisation régionale majeure, avec des conséquences directes pour l’Europe et la France : terrorisme, migrations forcées, chaos sécuritaire.

François-Xavier Freland critique également l’évolution du discours politique français depuis plusieurs années. Selon lui, Jacques Chirac fut le dernier président à entretenir avec l’Afrique une relation fondée sur la connaissance des cultures et le respect mutuel. Depuis, estime-t-il, la France est entrée dans une logique de repentance mémorielle permanente, multipliant les gestes d’excuses et les discours d’autocritique.

Pour autant, il ne considère pas la relation franco-africaine comme définitivement rompue. Des pays comme le Bénin continuent de rechercher une coopération avec la France. Mais cette relation devra, selon lui, être reconstruite sur des bases nouvelles : moins d’idéologie, moins de culpabilisation, davantage de réalisme et de fidélité à l’histoire.

À travers cet ouvrage, François-Xavier Freland lance surtout un avertissement : une nation qui n’assume plus son histoire finit par désarmer sa parole, son influence et sa capacité d’action. En Afrique comme ailleurs, la France paie aujourd’hui le prix d’un récit qu’elle a elle-même contribué à installer.

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