Quand Alger s’invite dans la politique française
Le rituel électoral d’une diplomatie de la faiblesse
Dans une chronique publiée le 3 février 2026 dans le JDD, l’ancien ambassadeur de France en Algérie Xavier Driencourt analyse un phénomène désormais bien installé dans la vie politique française : le « voyage à Alger » des candidats à l’élection présidentielle (Xavier Driencourt, JDD, 03/02/2026).
Depuis plusieurs décennies, l’Algérie est devenue une étape presque obligée pour une partie de la classe politique française, en particulier à gauche. François Mitterrand, François Hollande, Emmanuel Macron, mais aussi Ségolène Royal, Dominique de Villepin ou Jean-Pierre Chevènement ont tous effectué ce déplacement à l’approche d’échéances électorales majeures. Officiellement présentés comme des voyages d’étude ou de dialogue, ces déplacements relèvent en réalité d’une diplomatie du symbole, où la recherche de soutiens électoraux l’emporte sur la défense des intérêts français.
Une parole tenue « en stéréo »
Comme le rappelle Xavier Driencourt, près de 10 % de la population française entretient un lien direct avec l’Algérie : rapatriés, harkis, anciens combattants, immigrés ou descendants d’immigrés. Ce poids électoral explique largement l’attention portée par les candidats à ce pays. Mais cette stratégie comporte un risque majeur : toute déclaration faite à Alger est immédiatement entendue, analysée et instrumentalisée en France.
Les exemples sont connus. François Hollande promettant une présidence « normale » à Alger ; Emmanuel Macron qualifiant la colonisation de « crime contre l’humanité » avant de tenter, dès son retour, d’en atténuer la portée devant les associations de rapatriés. Une parole oscillante, souvent contradictoire, qui donne le sentiment d’une France hésitante, cherchant à satisfaire des publics antagonistes sans jamais assumer une ligne claire.
Ségolène Royal et le retour du « tourisme politique »
Le déplacement récent de Ségolène Royal à Alger, fin janvier 2026, s’inscrit pleinement dans cette tradition. Officiellement effectué au nom de l’association France-Algérie, ce voyage a pourtant pris une dimension politique évidente. Reçue par le président Tebboune alors même que les relations diplomatiques entre Paris et Alger sont gelées, multipliant les interventions dans les médias algériens, Ségolène Royal s’est replacée au centre du jeu.
Selon l’analyse de Xavier Driencourt, ce déplacement constitue un véritable coup politique. D’un côté, il permet à l’ancienne ministre de continuer à exister dans le paysage politique français et de s’imposer sur un sujet sensible à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. De l’autre, il offre aux autorités algériennes une nouvelle occasion d’imposer leur narratif et de démontrer leur capacité à contourner l’État français en s’appuyant sur des acteurs politiques jugés plus conciliants.
Une instrumentalisation assumée
Le président Tebboune ne s’y est pas trompé. En recevant Ségolène Royal avec les honneurs, en lui permettant de visiter le journaliste Christophe Gleizes incarcéré à Koléa, Alger a mis en scène une victoire diplomatique. Le message est clair : le dialogue direct avec certaines personnalités françaises permettrait d’obtenir davantage que les échanges officiels entre États.
Cette situation pose une question de fond : qui parle au nom de la France ? Et avec quelle légitimité ? À force de multiplier les initiatives individuelles, souvent marquées par la repentance et la recherche d’un compromis à sens unique, la France affaiblit sa parole diplomatique et brouille son message.
Le regard du Secours de France
Pour le Secours de France, cette analyse confirme une réalité préoccupante : la mémoire, la souveraineté et la dignité nationales sont trop souvent sacrifiées sur l’autel de calculs électoraux à court terme. Les harkis, les anciens combattants et les rapatriés, que notre association soutient et défend, constatent avec amertume que leur histoire sert de variable d’ajustement dans une relation franco-algérienne profondément déséquilibrée.
Comme le souligne Xavier Driencourt, tant que la France persistera dans une diplomatie du symbole, sans ligne ferme ni respect de ses propres citoyens, l’Algérie continuera d’imposer son agenda. À l’approche de 2027, le « voyage à Alger » n’est donc pas un simple déplacement : il est le révélateur d’un renoncement politique plus large, que les Français auront à juger.