À Nîmes, le pèlerinage de Santa-Cruz fait vivre la mémoire des Français d’Algérie

Chaque jeudi de l’Ascension, sur les hauteurs du Mas de Mingue à Nîmes, des milliers de fidèles se retrouvent autour de Notre-Dame de Santa-Cruz. Plus qu’un simple rendez-vous religieux, ce pèlerinage constitue depuis plus de soixante ans un grand moment de fidélité, de transmission et de mémoire pour les Français d’Algérie et leurs descendants.

Cette année encore, près de 3 000 personnes ont participé à cette procession née dans les années 1960 après l’arrivée en métropole des familles rapatriées d’Oranie. Derrière la statue de la Vierge ramenée d’Oran en 1965, plusieurs générations ont marché ensemble, dans un même esprit de recueillement et d’attachement à leurs racines.

Photos : Association Les amis de Notre-Dame de Santa-Cruz

Le sanctuaire de Notre-Dame de Santa-Cruz, construit entre 1968 et 1969, s’inspire directement du sanctuaire dominant autrefois la ville d’Oran. Pour beaucoup de familles, ce lieu représente bien davantage qu’un édifice religieux : il est devenu un point d’ancrage spirituel et affectif après l’exil de 1962.

« On reconstruisait un bout d’Oran ici », confie ainsi un participant dont le père avait aidé bénévolement à bâtir le sanctuaire après son arrivée en France.

Au fil des décennies, ce pèlerinage s’est imposé comme l’un des grands rendez-vous mémoriels des Français d’Algérie. Dans les années 1980 et 1990, il rassemblait jusqu’à 140 000 ou 150 000 personnes. Si les foules sont aujourd’hui moins nombreuses, l’émotion demeure intacte.

Beaucoup viennent y retrouver des visages connus, des chants, des odeurs et des traditions qui rappellent l’Oranie d’autrefois. Les spécialités culinaires, l’anisette partagée entre amis, les bannières brodées évoquant les paysages algériens participent aussi à cette mémoire vivante que les familles s’efforcent de transmettre aux plus jeunes.

Car désormais, une grande partie des participants appartient à la deuxième, troisième, voire quatrième génération. Certains n’ont jamais connu l’Algérie française, mais revendiquent pourtant cet héritage avec fierté. Sur les tee-shirts d’une même famille, on pouvait lire cette année : « fils de pied-noir », « petit-fils de pied-noir », « arrière-petit-fils de pied-noir ».

Cette volonté de transmission apparaît aujourd’hui essentielle à beaucoup de participants. Plusieurs regrettent toutefois le manque de jeunes présents dans les cérémonies et s’interrogent sur l’avenir de cette mémoire française d’Algérie, alors que disparaît progressivement la génération de ceux qui ont connu Oran, Alger ou Bône.

L’édition 2026 a également été marquée par un épisode météorologique qui a profondément touché les pèlerins. Alors qu’une pluie battante s’abattait sur le sanctuaire avant la procession, le ciel s’est brusquement dégagé au moment précis où la statue de la Vierge quittait la chapelle. Beaucoup y ont vu un rappel du « miracle » d’Oran de 1849, lorsque, selon la tradition, une procession vers Santa-Cruz avait été suivie par la pluie mettant fin à une terrible épidémie de choléra.

Sous les chants mariaux, les drapeaux et les croix portés dans la montée vers le sanctuaire, ce pèlerinage continue ainsi d’unir mémoire familiale, fidélité religieuse et attachement charnel à une terre perdue.

Soixante et un ans après la première procession nîmoise, Santa-Cruz demeure un lieu où les Français d’Algérie transmettent à leurs enfants bien plus qu’un souvenir : une histoire, une fidélité et une mémoire vivante.

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