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Mers el-Kébir : lorsque l’allié britannique choisit de tirer sur la France (3 juillet 1940)

Le 3 juillet 1940 demeure l’une des dates les plus sombres de l’histoire militaire française. Treize jours après l’armistice, la Royal Navy ouvre le feu sur la flotte française réfugiée à Mers el-Kébir. Les marins qui tombent ce jour-là ne meurent pas face à la Kriegsmarine. Ils meurent sous les obus d’une nation qui était encore leur alliée quelques jours auparavant.

Cette attaque n’est pas le fruit d’un combat naval. Elle résulte d’une décision politique prise à Londres. Convaincu que la flotte française pourrait un jour tomber aux mains du Reich, Winston Churchill ordonne l’opération Catapult. L’ultimatum adressé à l’amiral Marcel Gensoul ne laisse en réalité aucune issue acceptable à des officiers liés par leur honneur et leur parole.

Les bâtiments français sont au mouillage. Conformément aux clauses de l’armistice, ils ont engagé leur désarmement. Les culasses de nombreuses pièces ont été débarquées, les équipages ne sont pas disposés pour livrer bataille et la sortie de la rade est bientôt minée par l’aviation britannique. Lorsque les canons anglais ouvrent le feu à 16 h 56, les navires français se trouvent dans une situation d’infériorité dramatique.

En quelques minutes, le cuirassé Bretagne explose, le Dunkerque et le Provence sont neutralisés, le Mogador est éventré. Des centaines de marins brûlent vifs, sont ensevelis sous les tôles déchirées ou se jettent dans une mer couverte de mazout en flammes. Pour toute une génération de marins français, Mers el-Kébir restera le symbole d’une confiance trahie.

Le bilan officiel retiendra 1 297 marins tués le 3 juillet 1940. Mais cette comptabilité est contestée depuis de nombreuses années par des chercheurs et témoins de cette histoire. L’écrivain José Castano, dont les travaux sont largement diffusés dans le monde combattant, rappelle que la tragédie s’est poursuivie le 6 juillet, lorsque l’aviation britannique est revenue torpiller le Dunkerque, pourtant déjà immobilisé. Au terme de ses recherches, 288 marins supplémentaires trouvent la mort lors de cette seconde attaque. Le bilan total de l’opération Catapult à Mers el-Kébir atteindrait ainsi 1 585 morts, un chiffre que José Castano estime devoir être enfin reconnu par la mémoire nationale.

 

Le cimetière marin de Mers el-Kébir, profané en 2005

Quatre-vingt-six ans plus tard, Mers el-Kébir demeure une blessure ouverte. Parce que ces marins français ne sont pas tombés sous le feu de l’ennemi allemand, mais sous celui d’une puissance alliée, leur sacrifice dérange encore. Cela ne justifie ni l’oubli, ni le silence. La fidélité à leur mémoire exige, au contraire, de regarder cette tragédie en face et de rendre à chacun de ces marins la place qui lui revient dans l’histoire de France.