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Harkis : les hameaux de forestage, une relégation oubliée
Pendant plus de trente ans, des milliers de familles harkies ont vécu dans des hameaux de forestage disséminés dans les massifs forestiers français. Créés après l’abandon de l’Algérie française, ces villages devaient constituer une solution provisoire. Ils sont devenus, pour beaucoup, le cadre d’une relégation durable.
Dans son dernier numéro, La Charte, revue de la Fédération nationale André-Maginot (FNAM), publie une importante étude de l’historienne Fatima Besnaci-Lancou, consacrée à cette page encore trop méconnue de l’histoire des harkis.
Après l’été 1962, les familles de harkis transférées en France sont dirigées vers les camps de Rivesaltes, Bias, Saint-Maurice-l’Ardoise, Bourg-Lastic ou encore le Larzac. Les conditions d’accueil y sont souvent indignes : promiscuité, baraquements ou tentes, forte mortalité infantile et dépendance complète vis-à-vis de l’administration. Face à la saturation de ces camps, l’État met en place une nouvelle politique : le reclassement collectif dans des hameaux de forestage. À partir de 1963, près de soixante-dix hameaux sont créés dans une quinzaine de départements, principalement dans le sud de la France. Environ 10 000 personnes y vivront jusqu’au milieu des années 1990. Les hommes sont employés par les services des Eaux et Forêts, puis par l’Office national des forêts, dans les travaux de reboisement, d’entretien des massifs, d’ouverture de pistes ou de création de pare-feux. Cette politique répond à un double objectif : fournir un emploi aux anciens supplétifs tout en disposant d’une main-d’œuvre stable pour les grands chantiers forestiers de l’époque. Le logement est directement lié au travail ; toute la famille dépend ainsi du dispositif administratif.
Ces hameaux ne sont pas de simples cités ouvrières. Chaque site est placé sous l’autorité d’un chef de hameau, souvent ancien militaire ayant servi en Algérie, assisté d’une monitrice de promotion sociale chargée d’encadrer les femmes et les enfants. Alphabétisation, économie domestique, puériculture : l’objectif dépasse largement la seule aide sociale et participe d’un véritable encadrement des familles. Dans ces villages souvent éloignés des communes voisines, les hommes travaillent en forêt tandis que les femmes demeurent largement confinées à l’espace domestique.
L’étude rappelle également la situation des enfants. Selon les hameaux, certains fréquentent les écoles communales tandis que d’autres restent regroupés dans des classes réservées aux enfants de harkis. Beaucoup évoquent, des décennies plus tard, un sentiment d’exclusion qui marquera durablement leur parcours. D’autres réussiront cependant à s’émanciper grâce aux études et à leur insertion professionnelle.
Présentés comme provisoires, les hameaux de forestage subsistent parfois jusqu’en 1994. Leur fermeture progressive accompagne le départ à la retraite des anciens forestiers et la disparition des chantiers. Il faudra attendre le 25 septembre 2016 pour que le président de la République reconnaisse officiellement la responsabilité des gouvernements français dans l’abandon des harkis, les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d’accueil de ceux transférés en métropole. Depuis, plusieurs anciens hameaux ont fait l’objet de plaques commémoratives.
Historienne reconnue de la guerre d’Algérie et des harkis, Fatima Besnaci-Lancou consacre dans La Charte un article particulièrement documenté aux hameaux de forestage. Illustré de photographies, de cartes et de témoignages, il restitue le quotidien de ces familles qui ont participé pendant plusieurs décennies aux travaux forestiers tout en vivant à l’écart de la société française.
Le Secours de France invite ses lecteurs à découvrir cette étude dans son intégralité grâce au numéro de La Charte mis à disposition par la Fédération nationale André-Maginot :

