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Oran 1962 : Julien Odoul relance le combat pour la reconnaissance d’un massacre occulté

Soixante-quatre ans après les massacres du 5 juillet 1962 à Oran, le silence officiel continue de peser sur l’une des plus grandes tragédies de l’histoire des Français d’Algérie. Alors que les familles des disparus attendent toujours vérité et reconnaissance, le député Julien Odoul vient de déposer une proposition de résolution visant à faire reconnaître officiellement par la France le massacre perpétré contre les Européens d’Oran et à lui donner enfin la place qui lui revient dans la mémoire nationale.

Cette initiative s’inscrit dans une longue série de démarches parlementaires demeurées sans aboutissement. Dès 2013, Lionnel Luca, Thierry Mariani, Valérie Boyer, Jean-Frédéric Poisson et plusieurs députés avaient déposé une proposition de loi demandant la reconnaissance du massacre. En 2019, une nouvelle proposition de loi visait à reconnaître conjointement les massacres de la rue d’Isly et d’Oran. En 2024, Valérie Boyer déposait au Sénat une proposition de loi rappelant que les violences ne cessèrent nullement après les accords d’Évian et demandant la reconnaissance officielle des massacres du 26 mars et du 5 juillet 1962. Aucune de ces initiatives n’a été adoptée.

Le 5 juillet 1962 n’est pourtant pas un épisode marginal de la guerre d’Algérie. Deux jours après la reconnaissance officielle de l’indépendance par la France, Oran sombre dans des heures de terreur. Des Européens sont pourchassés dans les rues, enlevés, torturés, exécutés ou disparaissent sans laisser de traces. Les estimations les plus couramment retenues par les historiens évoquent environ 700 morts et disparus, certains travaux avancent un bilan plus proche du millier. Des centaines de victimes ne seront jamais retrouvées, alimentant jusqu’à aujourd’hui la douleur des familles privées de sépulture.

Liste des cérémonies du 5 juillet 2026

Les recherches de Jean-Jacques Jordi, Guy Pervillé, Guillaume Zeller ou encore les témoignages recueillis dès les années 1960 convergent sur plusieurs faits majeurs. Les violences ne se limitèrent pas à des affrontements spontanés. Les enlèvements furent nombreux, les rafles méthodiques dans plusieurs quartiers et de nombreuses victimes furent conduites vers le secteur du Petit-Lac, où beaucoup disparurent définitivement. Si les circonstances exactes du déclenchement des massacres demeurent discutées par les historiens, l’ampleur des crimes, elle, ne fait plus débat.

L’autre réalité historique est celle de l’inaction française. Environ 18 000 militaires français étaient encore présents à Oran. Conformément aux ordres reçus, ils restèrent consignés pendant que les massacres se déroulaient durant une grande partie de la journée. Cette passivité constitue l’un des aspects les plus douloureux du drame et explique en grande partie pourquoi cette tragédie continue d’habiter la mémoire des survivants et des descendants des victimes.

Dans une question écrite publiée au Journal officiel le 19 mai 2026, Julien Odoul interpelle également le Gouvernement sur une autre dimension de cette mémoire. Après la participation d’une ministre française aux commémorations du 8 mai 1945 à Sétif, en présence d’un ministre algérien, le député demande quelles démarches ont été entreprises afin d’obtenir, pour le 64ᵉ anniversaire du massacre d’Oran, la présence d’un représentant du gouvernement algérien aux cérémonies d’hommage aux victimes françaises. Il invoque le principe de réciprocité mémorielle : si la France estime nécessaire de reconnaître les souffrances algériennes, la reconnaissance des massacres commis contre les Français devrait relever de la même exigence de vérité.

Cette revendication rejoint d’ailleurs des déclarations présidentielles demeurées sans traduction concrète. En 2022, Emmanuel Macron affirmait que « le massacre du 5 juillet 1962 à Oran, qui toucha des centaines d’Européens, essentiellement des Français, doit être reconnu ». Quatre ans plus tard, aucune reconnaissance officielle de la Nation, aucune journée nationale spécifique, aucun monument national consacré à Oran n’ont encore vu le jour.

Pour les familles des disparus, la question dépasse largement le cadre des relations diplomatiques franco-algériennes. Beaucoup ignorent toujours où reposent leurs proches. Les demandes répétées d’identification des fosses communes, notamment autour du Petit-Lac, demeurent sans réponse. Derrière chaque nom absent se trouvent des parents, des enfants, des époux ou des frères dont le destin n’a jamais été officiellement établi. Cette absence de vérité prolonge le drame bien au-delà de l’été 1962.

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