Léon XIV en Algérie : un voyage attendu, entre mémoire et diplomatie
L’ambassadeur du Saint-Siège à Alger, Javier Herrera Corona, a confirmé le 9 février la prochaine visite du pape Léon XIV en Algérie. La date n’est pas encore arrêtée, mais l’annonce est désormais officielle. Présentée comme un geste de « renforcement des liens d’amitié et de respect mutuel » entre les deux États, cette venue s’inscrit dans une relation diplomatique établie depuis plus d’un demi-siècle entre l’Algérie et le Vatican.
Cette visite sera la première d’un souverain pontife en Algérie depuis plus de deux décennies.
Sur les traces de saint Augustin
Depuis son élection en mai 2025, Léon XIV a exprimé à plusieurs reprises son désir de se rendre en Algérie, notamment pour visiter les lieux liés à Saint Augustin. Né en 354 à Thagaste (actuelle Souk-Ahras), en Numidie romaine, Augustin fut évêque d’Hippone, aujourd’hui Annaba. Figure majeure du christianisme latin, il demeure une référence théologique et philosophique centrale pour l’Église catholique.
Le pape, membre de l’ordre de saint Augustin, s’est lui-même présenté comme « fils de saint Augustin » lors de son premier discours après son élection. En Algérie, la mémoire d’Augustin conserve une dimension patrimoniale et historique reconnue, au-delà du seul cadre confessionnel.
La basilique Saint-Augustin d’Annaba, élevée à la fin du XIXᵉ siècle, constitue l’un des hauts lieux symboliques de cette mémoire.
Dialogue interreligieux et contexte diplomatique
Le déplacement s’inscrit dans une volonté affichée de promouvoir le dialogue entre chrétiens et musulmans. En juillet dernier, le président algérien Abdelmadjid Tebboune avait été reçu au Vatican par Léon XIV. Le pape avait alors souligné l’importance du dialogue interreligieux pour la paix et la fraternité.
La visite d’un président algérien au Vatican en 2025 constituait déjà un événement rare : la précédente remontait à novembre 1999, sous la présidence d’Abdelaziz Bouteflika.
Au-delà des déclarations diplomatiques, ce voyage comporte une forte charge symbolique.
Tibhirine : une mémoire douloureuse
Le programme devrait inclure une étape au monastère de Monastère Notre-Dame de l’Atlas de Tibhirine, situé à une centaine de kilomètres au sud-ouest d’Alger. Ce lieu est marqué par l’assassinat, en 1996, de sept moines trappistes durant la guerre civile algérienne.
Pour le Secours de France, cette mémoire ne saurait être reléguée à un simple symbole diplomatique. Elle renvoie à des années de violences qui ont frappé indistinctement religieux, civils et responsables engagés au service de la paix. Toute visite pontificale en Algérie ne peut ignorer cette histoire tragique, ni la souffrance des victimes.
Une étape vers l’Afrique
Ce déplacement pourrait constituer la première étape d’un voyage plus large en Afrique, évoqué par le pape à la fin de l’année 2025. Rien n’est officiellement arrêté, mais la perspective d’une tournée africaine est à l’étude.
Entre héritage augustinien, dialogue interreligieux et mémoire des années de guerre civile, la visite annoncée de Léon XIV en Algérie revêt donc une dimension multiple. Elle interroge à la fois l’histoire chrétienne de l’Afrique du Nord, la situation des minorités religieuses et la portée réelle des gestes diplomatiques dans un contexte encore marqué par des blessures non refermées.
Pour le Secours de France, la fidélité à la mémoire et la vérité des faits demeurent des exigences essentielles, y compris lorsqu’elles s’inscrivent dans le cadre d’un dialogue entre États et religions.