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Jean-Pierre Foucault revient sur l’assassinat de son père en Algérie : un drame longtemps resté sans réponse
Invité du podcast Jamais dit ! d’Isabelle Farrugia, Jean-Pierre Foucault est revenu sur l’événement qui a marqué toute son existence : l’assassinat de son père, Marcel Foucault, à Alger, le 22 février 1962.
Originaire du Poitou, Marcel Foucault s’installe à Marseille où il développe une entreprise d’import-export de fruits et légumes. Dès 1941, il rejoint la Résistance au sein du réseau Combat, principale organisation clandestine de la zone sud. Il y assure des missions de liaison en servant de « boîte aux lettres » entre résistants. Il participe également à la gestion de dépôts d’armes ainsi qu’à la fabrication de faux papiers. Après la Libération, il reprend le développement de son entreprise. Son activité l’amène à se rendre régulièrement auprès de ses producteurs en Espagne pour les oranges, en Côte d’Ivoire pour les ananas, mais aussi en Tunisie, au Liban et en Algérie.
À Alger, Marcel Foucault dispose de bureaux situés 18 rue Michelet. Lors de ses séjours, il descend habituellement à l’hôtel Saint-Georges (aujourd’hui hôtel El Djazair). Le 22 février 1962, alors qu’il contrôle un chargement de pommes de terre et d’oignons, il est atteint d’une balle dans le dos et s’effondre à quelques mètres de son hôtel. À cette date, la guerre d’Algérie touche à sa fin mais Alger est plongée dans un climat de violences quotidiennes. Attentats, assassinats ciblés et fusillades se succèdent, faisant de nombreuses victimes parmi les civils européens comme musulmans. Les procès-verbaux consultés des décennies plus tard par Jean-Pierre Foucault indiquent que les policiers relevaient notamment le numéro d’immatriculation du véhicule ayant quitté les lieux après les tirs. En revanche, ils ne permettent pas d’établir le mobile du crime ni d’identifier avec certitude son ou ses auteurs.
À Marseille, Jean-Pierre Foucault n’a que quatorze ans. Ses sœurs, Anne-Marie et Françoise, sont encore plus jeunes.Pour préserver les enfants, leur entourage leur annonce d’abord que leur père a été victime d’un accident de voiture.
« On m’avait dit : « Ton père a eu un accident de voiture ». Je pensais qu’il allait revenir avec des béquilles. Malheureusement, il est revenu entre quatre planches. »
Après les obsèques, un geste de sa mère marque définitivement la fin de son enfance.
« Après les obsèques de mon père, on s’est assis à table. Je me suis mis à ma place habituelle et ma mère m’a dit : « Maintenant tu te mets là. » C’était la place de mon père. Je me suis rendu compte que j’étais investi chef de famille. À 14 ans, je suis devenu adulte. Je pense que mon cœur s’est durci à ce moment-là. »
Jean-Pierre Foucault expliquera également avoir adopté le rôle du « clown » à l’école afin d’éviter les questions sur les circonstances de la mort de son père.
Son épouse Paula se rend en Algérie afin de rapatrier le corps de son mari. Marcel Foucault est ensuite inhumé dans son Poitou natal, où repose désormais celui qui avait partagé sa vie entre son engagement dans la Résistance et le développement de son entreprise familiale.
Pendant plus de soixante ans, Jean-Pierre Foucault ne dispose que de très peu d’informations sur les circonstances de l’assassinat. Grâce à Patricia Mirallès, alors secrétaire d’État chargée des Anciens combattants et de la Mémoire, il obtient finalement les documents officiels conservés par les archives de l’État : procès-verbal de Police-Secours, procès-verbal du commissariat et dossier hospitalier.
« J’ai tout su en quelques documents. »
Ces pièces lui permettent de connaître précisément le déroulement des faits ainsi que le parcours de son père pendant la Seconde Guerre mondiale, mais elles ne répondent pas à la question essentielle. Jean-Pierre Foucault rappelle lui-même qu’aucune conclusion définitive n’a jamais été établie sur les motivations de ce meurtre.
« Je ne saurai jamais. »
À ce jour, les archives disponibles ne permettent donc pas d’établir le mobile de l’assassinat de Marcel Foucault. L’assassinat de Marcel Foucault intervient quelques semaines avant les accords d’Évian, dans une période où Alger connaît une succession quotidienne d’attentats, d’assassinats et de violences armées. Comme de nombreux autres crimes commis durant cette période, celui-ci n’a jamais été complètement élucidé. Plus de soixante ans après les faits, Jean-Pierre Foucault connaît désormais les circonstances de la mort de son père.
