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Général Raoul Salan : l’honneur et la fidélité d’un grand soldat
Les récentes commémorations de la libération de Toulon ont une nouvelle fois donné lieu à des attaques contre la mémoire du général Raoul Salan. En isolant son engagement final du reste de son existence, ses détracteurs passent à côté de ce qui donne précisément sa cohérence à son parcours : le service de la France, la fidélité à la parole donnée et le refus de l’abandon.
Un soldat de quatre guerres
Né en 1899, Raoul Salan appartient à cette génération d’officiers dont la vie se confond presque entièrement avec les combats de la France au XXe siècle.
La Première Guerre mondiale, la Seconde Guerre mondiale, l’Indochine, l’Algérie : pendant plus de quarante ans, il sert sous les armes. Blessé, cité à de nombreuses reprises, titulaire de nombreuses décorations françaises et étrangères, il achève sa carrière parmi les officiers généraux les plus prestigieux de son temps.
En 1944, il participe aux combats de la Libération à la tête du 6e régiment de tirailleurs sénégalais. Puis vient l’Indochine, qu’il connaît mieux que presque tous les grands chefs militaires français de sa génération. Le général Leclerc le choisit comme adjoint. Plus tard, le maréchal de Lattre de Tassigny fait également appel à lui. Après la disparition de ce dernier, Salan devient commandant en chef en Indochine. Après les accords de Genève, il participe notamment à l’évacuation vers le Sud de populations menacées et intervient dans les négociations concernant le retour des prisonniers français détenus par le Viet Minh.
En Algérie, le serviteur de l’État
Lorsque Raoul Salan prend le commandement en Algérie en décembre 1956, il est l’un des plus hauts responsables militaires de la République. Le 13 mai 1958, au cœur de la crise algérienne, il exerce des responsabilités considérables. Deux jours plus tard, à Alger, il lance du balcon du Gouvernement général le célèbre « Vive de Gaulle ! ». L’épisode mérite d’être rappelé tant l’histoire est aujourd’hui volontiers racontée à l’envers.
Salan contribue alors au retour au pouvoir du général de Gaulle. Et celui-ci, devenu président du Conseil, lui renouvelle sa confiance : en juin 1958, Salan reçoit des pouvoirs civils et militaires particulièrement étendus en Algérie. Celui que l’on présente rétrospectivement comme un ennemi de la République en fut donc d’abord l’un des principaux serviteurs.
Ce que ses adversaires lui reprochent fut aussi sa fidélité
Fondamentalement il est reproché à Raoul Salan de ne pas avoir accepté le changement de politique algérienne, d’avoir cru aux engagements pris, d’avoir refusé de considérer comme quantité négligeable le sort des Français d’Algérie et des musulmans qui avaient choisi la France.
Pour comprendre Salan, il faut comprendre ce que représentait, pour un officier de sa génération, la parole donnée.
Pendant des années, soldats, fonctionnaires et responsables politiques avaient affirmé que la France resterait en Algérie. Des musulmans s’étaient engagés sous son drapeau. Des familles avaient placé leur confiance dans l’État français. Puis la politique changea. Salan, lui, ne changea pas. On peut contester son choix. On ne peut comprendre son parcours si l’on refuse de voir la fidélité qui l’anime.
De l’Algérie française à l’OAS : la fidélité jusqu’au bout
Après l’échec du putsch d’avril 1961, Raoul Salan prend la tête de l’Organisation de l’armée secrète. Ce choix ne surgit pas de nulle part. Il constitue l’ultime étape de sa rupture avec une politique algérienne qu’il considère comme un reniement des engagements pris par la France.
L’OAS est une organisation engagée dans un combat armé pour maintenir l’Algérie française. Ses actions s’inscrivent dans l’abîme des derniers mois de la guerre d’Algérie. Mais les isoler de ce contexte et des violences qui déchirent alors l’Algérie revient cependant à mutiler l’histoire.
Pour Salan et ceux qui le suivent, le combat ne porte donc pas seulement sur un territoire. Il concerne aussi le sort des populations auxquelles la France avait promis qu’elle ne les abandonnerait pas. C’est dans cette perspective que doit être compris son engagement dans l’OAS.
L’année 1962 n’est pas une paisible transition politique soudainement troublée par quelques militaires égarés. C’est l’aboutissement de près de huit années d’une guerre marquée par les attentats, les assassinats, les enlèvements et les massacres commis par le FLN. C’est aussi l’année de l’exode massif des Français d’Algérie, de l’abandon des harkis et de crimes et violences abjects qui se poursuivent après le cessez-le-feu du 19 mars.
La République française elle-même a fini par reconnaître officiellement cette tragédie. En 2016, François Hollande reconnaissait « les responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des Harkis, des massacres de ceux restés en Algérie ». En 2021, Emmanuel Macron allait plus loin encore en déclarant que la France avait « lâché la main » de ceux qui l’avaient loyalement servie.
Ces reconnaissances tardives éclairent autrement ce que Salan et d’autres officiers redoutaient alors.
Il avait vu venir l’abandon
Ce que Salan considérait comme une catastrophe possible n’appartient plus aujourd’hui au domaine de la conjecture. L’abandon des harkis est un fait reconnu par l’État français. François Hollande a lui-même rappelé que le gouvernement de 1962 avait refusé d’organiser leur rapatriement et que beaucoup, désarmés et abandonnés, furent livrés à eux-mêmes, ou plus exactement aux fellaghas. Cela interdit de présenter son refus de l’abandon de l’Algérie française comme une lubie sans rapport avec les événements qui allaient suivre. Derrière la question politique se trouvait une question plus profonde : que vaut la parole de la France lorsqu’un homme s’est battu pour elle ?
Condamné, amnistié, réintégré
Arrêté à Alger le 20 avril 1962, Raoul Salan comparaît devant le Haut Tribunal militaire. Le 23 mai, il est condamné à la détention criminelle à perpétuité. Les événements d’Algérie feront progressivement l’objet de mesures d’amnistie. Puis la loi du 3 décembre 1982 permettra la réintégration dans les cadres des officiers généraux concernés par les conséquences des événements d’Afrique du Nord. L’État français lui-même a donc refermé juridiquement et administrativement cette page. Il est dès lors singulier de voir quelques semi-habiles vouloir rouvrir sans cesse un procès borgne.
Quarante années de service ne s’effacent pas
Raoul Salan est le jeune officier de la Grande Guerre, le combattant de la Libération, l’officier d’Indochine auquel firent confiance Leclerc et de Lattre, le général auquel la République confia ses plus hautes responsabilités militaires.
Il est enfin l’homme qui, confronté au renversement de la politique algérienne, a choisi de demeurer fidèle à ceux auxquels il estimait que la France avait donné sa parole. Ce choix l’a conduit à la rupture, à la clandestinité, à la prison. Il aurait pu suivre le vent de l’Histoire mais a choisit, au prix de sa liberté et de son honneur officiel, de rester fidèle à la parole qu’il estimait avoir été donnée.
Ses adversaires y voient son crime. Ses camarades y reconnaissaient sa fidélité.
Plus de quarante ans après sa mort, le général Raoul Salan mérite que son nom soit prononcé avec le respect dû à un grand soldat français.
