Partout en France, les cérémonies organisées ces derniers jours ont rappelé une vérité trop longtemps étouffée : les harkis furent des soldats loyaux de la France, abandonnés par l’État au lendemain des accords d’Évian, puis condamnés à l’exil, à l’humiliation et souvent à la mort.
À Brusque, Nouzet, Saint-Rome-de-Cernon ou encore La Cavalerie, l’association des harkis aveyronnais a rendu hommage, le 12 mai, à ces Français musulmans qui avaient choisi l’honneur et la fidélité. Lors de cette cérémonie mémorielle, Bernard Rénéro a rappelé que le 12 mai 1962 demeure, pour les familles harkies, « le jour de l’abandon ». Après les accords d’Évian, des milliers de harkis furent livrés sans protection à la vengeance du FLN, organisation qui fit régner la terreur et le massacre sur ceux qu’elle considérait comme des ennemis. Ceux qui purent rejoindre la métropole durent encore subir les camps de transit et les hameaux de forestage, dans des conditions indignes.
À Nouzet comme à Brusque, ces lieux demeurent aujourd’hui les témoins silencieux d’une tragédie française : celle d’hommes qui avaient servi sous l’uniforme français et que leur pays abandonna au moment décisif. Beaucoup furent assassinés en Algérie dans des conditions atroces. D’autres survécurent aux camps, portant jusqu’à aujourd’hui les blessures d’un déracinement imposé.
Cette mémoire est désormais portée par les jeunes générations. À Agen, l’association Mémoire Harkis du Camp de Bias est intervenue auprès d’élèves de Terminale afin de transmettre cette histoire longtemps tenue dans l’ombre. Les témoignages des familles ont profondément marqué les lycéens, qui ont découvert la réalité des camps, de l’exil et de l’abandon. Le président de l’association, Michel Mekhalfi, a rappelé avec justesse : « Nous avons le devoir de transmettre cette histoire aux jeunes générations afin qu’elle ne soit jamais oubliée. »
Cette transmission est d’autant plus nécessaire que, soixante ans après les massacres de 1962, le pouvoir algérien continue d’entretenir une haine officielle contre les harkis et leurs descendants. Une récente loi adoptée à Alger désigne explicitement les harkis comme des « traîtres », reprenant la propagande du FLN et enfermant encore davantage cette mémoire dans une logique de mensonge d’État.
Pourtant, plusieurs historiens et anciens responsables algériens eux-mêmes ont reconnu la responsabilité du FLN dans l’engrenage qui poussa de nombreux paysans musulmans à rejoindre l’armée française. L’historien Mohammed Harbi rappelait ainsi que la violence et les méthodes du FLN avaient conduit bien des familles à chercher protection auprès de la France. Ferhat Abbas lui-même dénonçait les « regrettables erreurs » (sic) et les menaces qui jetèrent de nombreux Algériens « dans les bras de l’armée française » (resic).
Assimiler les harkis à des « collaborateurs » relève donc d’une falsification historique. Les harkis furent avant tout des hommes pris dans une guerre impitoyable, attachés à la France par fidélité, par conviction ou pour protéger leurs familles face aux atrocités du FLN. Ils furent ensuite sacrifiés par raison d’État.
Le drame des harkis reste l’une des plus grandes fautes morales et politiques de la France contemporaine. Leur fidélité mérite reconnaissance, justice et transmission. Car un peuple qui oublie ceux qui sont morts pour lui finit toujours par perdre le sens de l’honneur et de la mémoire vivante.
