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Perpignan : la Légion d’honneur pour le harki Maâmar Maamria, une reconnaissance tardive mais nécessaire

Le mardi 3 mars 2026, dans les salons de la préfecture des Pyrénées-Orientales à Perpignan, Maâmar Maamria, 89 ans, ancien harki et combattant de la guerre d’Algérie, a reçu les insignes de chevalier de la Légion d’honneur des mains du préfet Pierre Regnault de la Mothe. La cérémonie s’est déroulée en présence de sa famille, d’anciens combattants et de représentants de la Société des membres de la Légion d’honneur.

Une vie d’engagement au service de la France

Né en 1937 en Algérie, Maâmar Maamria connaît très tôt l’adversité. Devenu orphelin jeune, il doit assumer des responsabilités familiales dès l’adolescence.

En 1957, il effectue son service militaire et choisit de s’engager dans l’armée française. Selon ses supérieurs, il est décrit comme « un jeune gradé calme et courageux ». Il sert dans un contexte particulièrement difficile, au cœur de la guerre d’Algérie.

Comme beaucoup de harkis, la fin du conflit ouvre une période d’épreuves. Après les accords d’Évian de 1962, il rejoint finalement la France en 1966 avec son épouse et leurs enfants. La famille vivra alors dans différents lieux réservés aux harkis, notamment dans l’Hérault puis au camp de Rivesaltes, avant de s’installer durablement dans les Pyrénées-Orientales.

Les années difficiles des familles harkies

Comme de nombreuses familles issues de cette histoire tragique, celle de Maâmar Maamria a connu des conditions de vie difficiles après son arrivée en métropole.

Les harkis et leurs proches ont souvent vécu dans des camps ou des cités spécifiques. Le camp de Rivesaltes, dans les Pyrénées-Orientales, a ainsi accueilli environ 22 000 harkis et membres de leurs familles après la guerre d’Algérie.

Les enfants de Maâmar Maamria ont évoqué, lors de la cérémonie, le sentiment d’abandon qui a longtemps marqué leur génération. Sa fille a notamment rappelé que les enfants de harkis avaient parfois le sentiment d’être « rejetés par la France et par l’Algérie », révélant une mémoire encore douloureuse.

« C’est tard, mais je suis content »

Au moment de recevoir la décoration, Maâmar Maamria a accueilli cette distinction avec une grande sobriété :

« Je suis content, même si tous mes camarades sont morts aujourd’hui. »

Le préfet des Pyrénées-Orientales a lui-même reconnu le caractère tardif de cette reconnaissance, déclarant :

« C’est bien la Légion d’honneur que vous méritiez. Nous vous la remettons aujourd’hui, tardivement, c’est vrai, mais mieux vaut tard que jamais. »

Dans son discours, il a également rappelé que la République connaît la dette morale qu’elle a envers les harkis et leurs familles.

Une mémoire qui engage la nation

La distinction remise à Maâmar Maamria dépasse la seule reconnaissance individuelle. Elle rend hommage à une génération d’hommes qui ont choisi de servir la France dans des circonstances tragiques et qui ont souvent connu, après la guerre, l’exil, l’incompréhension et l’oubli.

Pour les familles harkies comme pour les anciens combattants, ces gestes de reconnaissance officielle participent à la reconstruction d’une mémoire nationale plus juste.

Soixante-quatre ans après la fin de la guerre d’Algérie, l’histoire de Maâmar Maamria rappelle que la fidélité à la France peut s’inscrire dans toute une vie — et que la reconnaissance de cette fidélité demeure une exigence morale pour la nation.


Sources :
– Ouillade.eu, « Remise des insignes de la Légion d’honneur à M. Maâmar Maamria », 3 mars 2026.
– Le Petit Journal des Pyrénées-Orientales, « Perpignan honore Maâmar Maamria », 4 mars 2026.
– France Bleu, Suzanne Shojaei, « C’est tard, mais je suis content : un harki décoré à Perpignan », 3 mars 2026.
Discours officiel de la cérémonie.

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