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Sébastien Delogu, l’homme qui combat l’OAS… soixante ans après sa disparition

Il fallait oser. À Marseille, la campagne municipale réserve parfois des surprises. Mais celle livrée par le député La France insoumise Sébastien Delogu atteint un niveau rarement égalé dans le domaine de l’anachronisme politique.

Invité sur le plateau de France 3, le député marseillais s’est lancé dans une défense vigoureuse de son action politique et de ses démêlés judiciaires. Poursuivi notamment pour recel de biens provenant d’un vol, divulgation d’informations personnelles et atteinte au secret des correspondances dans le cadre d’un conflit social lié à l’entreprise Laser Propreté, l’élu a tenu à se présenter comme un « lanceur d’alerte ». Jusque-là, rien de très inhabituel dans le discours militant contemporain.

Mais la suite mérite de figurer dans les annales.

« S’il faut se prendre des sanctions, comme quand j’ai brandi le drapeau palestinien, ou que je me suis battu contre l’OAS à l’Assemblée nationale (…) je les assume et je prends ça comme une médaille », a-t-il déclaré.

Combattre l’OAS à l’Assemblée nationale ? Voilà une prouesse historique qui aurait probablement intéressé les historiens… si elle n’était pas matériellement impossible.

Car l’Organisation de l’armée secrète (OAS), groupe clandestin engagé pour l’Algérie française, a été démantelée et dissoute en 1962, à la fin de la guerre d’Algérie. Une information assez solidement établie par la recherche historique.

Le problème est donc simple :
– l’OAS disparaît en 1962 ;
– Sébastien Delogu naît en 1987 ;
– il devient député en 2022.

On cherche encore le moment où les deux trajectoires auraient pu se croiser.

Face à l’étonnement général, l’entourage du député a tenté de préciser la pensée de l’intéressé. Il ferait en réalité référence à un incident survenu en 2023 à l’Assemblée nationale, lors duquel il avait accusé la députée Michèle Tabarot d’avoir une famille ayant « colonisé l’Algérie ». L’épisode s’était terminé par une sanction après que M. Delogu eut crié « raciste » dans l’hémicycle.

Autrement dit, l’affrontement historique avec l’OAS se résume finalement à une altercation parlementaire avec une élue.

La politique française semble décidément entrer dans une nouvelle ère : celle où l’on combat des organisations disparues depuis des décennies.

Il faut reconnaître que l’exploit n’est pas isolé. Quelques mois plus tôt, la députée écologiste Sandrine Rousseau avait elle aussi suscité l’étonnement en évoquant la présence « intimidante » de l’OAS lors de conférences auxquelles elle participait. Une organisation dissoute vingt ans avant sa naissance semble donc mener une activité militante étonnamment dynamique dans certains récits contemporains.

L’affaire révèle peut-être moins un problème de mémoire historique qu’un réflexe politique devenu courant : convoquer les fantômes du passé pour donner plus de relief à ses combats présents.

Mais encore faut-il choisir des adversaires qui existent.

Car combattre l’OAS en 2026 relève moins du courage politique … que du fantasme et de la science-fiction.

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