Samedi 23 mai 2026 s’élancera le 44e pèlerinage de Pentecôte de Paris à Notre-Dame de Chartres. Chaque année, des milliers de pèlerins prennent la route vers la cathédrale mariale dans un esprit de foi, de pénitence et d’espérance. Mais cette longue marche s’inscrit elle-même dans une histoire bien plus ancienne que le pèlerinage contemporain.
Depuis le Moyen Âge, Cathédrale Notre-Dame de Chartres est l’un des grands sanctuaires marials de la chrétienté occidentale. Bien avant Charles Péguy, des foules venaient déjà y prier devant le Voile de la Vierge. Au début du XXe siècle, Péguy donnera une résonance nouvelle à cette tradition multiséculaire en faisant de Chartres un haut lieu de la fidélité française et chrétienne.
Dans les années qui suivirent le drame algérien, cette route de Chartres prit également une dimension particulière pour toute une génération de Français blessés par l’exil, les prisons et l’abandon. Autour du SPES et du Secours de France, se développèrent alors des pèlerinages de prière et de réconciliation liés au sort des prisonniers politiques de l’Algérie française et de leurs familles.
Le livre des 60 ans du Secours de France rappelle d’ailleurs combien les deux œuvres travaillaient de concert. Clara Lanzi et le Secours de France se consacraient principalement au soutien direct des détenus eux-mêmes, tandis que le SPES du professeur Jean La Hargue venait surtout en aide à leurs femmes et à leurs enfants.
C’est dans ce contexte qu’eut lieu, le 29 septembre 1963, la grande « prière de Chartres » organisée autour du colonel Rémy. Le pèlerinage, placé sous le signe de la « réconciliation dans la justice et la compréhension mutuelle », rassembla plusieurs dizaines de milliers de personnes venues prier pour les détenus, les exilés et les familles éprouvées. L’ouvrage publié à cette occasion, La Grande Prière de Chartres, était vendu au profit du SPES afin d’aider « au soulagement de tant de peines et de détresses matérielles ».
Le texte d’introduction, signé par Mgr Jean Rodhain, rappelait avec force qu’une nation ne pouvait durablement retrouver la paix civile sans réconciliation intérieure. Il invitait les Français à venir s’agenouiller à Chartres sous le patronage de Notre-Dame de la Merci, protectrice des captifs.
Quelques années plus tard, en décembre 1967, un nouvel appel était lancé par le colonel Bertrand de Sèze, futur président du Secours de France. Celui-ci annonçait un pèlerinage d’anciens détenus politiques à Chartres destiné à « remercier Notre-Dame des libérations obtenues » et à demander la libération des prisonniers encore détenus ainsi que le retour des exilés.
À travers ces pèlerinages apparaît une certaine idée de la fidélité française : fidélité aux prisonniers oubliés, aux familles brisées, aux harkis abandonnés, mais aussi fidélité à une espérance chrétienne refusant la haine et le désespoir. Bien avant les grands rassemblements contemporains, Chartres fut ainsi déjà pour beaucoup un lieu de consolation, de mémoire et de prière nationale.
29/9/1963 Réalisé par : Roger Prenois
Chartres (28)
Pèlerinage organisé par le SPES à Chartres pour demander l’amnistie des prisonniers politiques de l’Algérie française. La foule est très impressionnante. Vues sur les détails de la cathédrale Notre-Dame de Chartres.
