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Harkis : le hameau de forestage de Jausiers (Alpes-de-Haute-Provence)

Le hameau de forestage de Jausiers était un ensemble de logements préfabriqués destiné à accueillir d’anciens supplétifs de l’armée française et leurs familles après leur départ d’Algérie. Installé dans la vallée de l’Ubaye, dans le département alors appelé Basses-Alpes, il associait un hébergement familial à un emploi des hommes sur des chantiers des Eaux et Forêts. Les familles arrivent le 6 octobre 1962. Le hameau ferme à l’automne 1965 ; ses bâtiments sont entièrement libérés en novembre. [1-3]

Son histoire tient en trois années, mais embrasse plusieurs dimensions de l’après-guerre d’Algérie : l’exil de familles menacées, les insuffisances de leur accueil, le travail forestier, la scolarisation des enfants, les solidarités locales et les déplacements provoqués par la fermeture des structures. Elle montre aussi les limites d’un dispositif conçu pour procurer simultanément un logement et un revenu, dans une région où l’hiver interrompait une partie des activités prévues. [1-5]

Le rapport de l’ingénieur des Eaux et Forêts Rovillain, daté du 3 novembre 1962, donne l’effectif initial le plus précisément daté : 142 personnes, dont 33 hommes en âge de travailler. Il ne s’agit donc pas de 142 anciens combattants, mais d’une population comprenant les hommes, les femmes et les enfants. Les documents mentionnent, suivant les dates et les modes de comptage, de 22 à 26 familles. [2]

1. De la guerre d’Algérie aux hameaux de forestage

1.1. Les hommes désignés comme harkis et leurs familles

Au sens militaire strict, un harki est un membre d’une harka, formation supplétive employée par l’armée française pendant la guerre d’Algérie. Après 1962, le terme prend une acception plus large : il sert couramment à désigner d’autres anciens supplétifs et, par extension, leurs familles. Il convient donc de distinguer les états de service des hommes de l’appellation collective donnée à la population accueillie. Le livret de l’ONAC-VG Parcours de Harkis et de leurs familles souligne cette évolution du vocabulaire. [5]

Les accords d’Évian du 18 mars 1962 et le cessez-le-feu du lendemain ne garantissent pas la sécurité de tous ceux qui ont servi la France. Des anciens supplétifs subissent des représailles, des emprisonnements et des massacres. Les départs vers la France s’effectuent dans un contexte de danger et de restrictions administratives, avec l’intervention de militaires et de réseaux d’assistance. Le dossier historique de la Commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis, ou CNIH, reconnaît les hésitations et les retards de la politique française de rapatriement. [5-6]

1.2. Un dispositif associant logement et travail

Les hameaux de forestage doivent fournir un emploi aux hommes et un logement à leurs proches après le passage par des camps de transit. Dans les Basses-Alpes, les services préfectoraux, le Génie rural et les Eaux et Forêts préparent ces implantations avec les communes et les organismes d’assistance. Yvan Durand intervient dans la recherche des lieux d’accueil, l’organisation et le suivi des familles. [1, 3, 7]

Le principe présente une fragilité : la stabilité du logement dépend étroitement de l’organisation du travail. À Jausiers, les difficultés de construction, l’hiver et l’insuffisance d’activité régulière vont compromettre cette installation. Les sources locales permettent de suivre ce décalage entre le programme administratif et son exécution. [1-3]

2. La préparation de l’installation

2.1. La recherche d’une commune d’accueil

Frédéric Renn retrace les recherches entreprises dans la vallée à partir de juin 1962. Le Lauzet, Les Thuiles et Barcelonnette apparaissent dans les échanges. Aux Thuiles, le conseil municipal s’oppose au terrain envisagé ; les arguments rapportés concernent notamment sa proximité avec le village et le camping, son exiguïté, l’absence d’équipements sanitaires et le danger de la route pour les enfants. [7]

2.2. Un terrain forestier aux Graves des Sanières

Le site retenu se trouve aux Graves des Sanières, dans le quartier Sainte-Anne, près du chemin conduisant aux Sanières. Il occupe un terrain de l’État relevant des Eaux et Forêts, sur l’ancien cône de déjection du torrent des Sanières. Le compte rendu préparatoire du début d’octobre le présente comme exposé à l’adroit, ensoleillé et accessible pour l’alimentation en eau et en électricité. [1-2]

Les superficies et les distances varient selon les documents. Le compte rendu préparatoire évoque un domaine forestier de 23 hectares ; le rapport du 3 novembre décrit un hectare préparé pour les baraques ; la synthèse patrimoniale retient huit hectares pour le site. De même, les descriptions le situent à environ un ou deux kilomètres du chef-lieu. Ces valeurs peuvent correspondre à des périmètres et à des points de départ différents. [1-3]

Les familles ne doivent devenir propriétaires ni du terrain ni des logements. Le projet prévoit une mise à disposition gratuite de l’hébergement par l’État. Cette disposition explique la place centrale des administrations dans l’installation, l’entretien et, plus tard, la fermeture. [3]

2.3. Des tentes avant les maisons

Le 4 septembre 1962, le préfet des Basses-Alpes demande du matériel militaire pour trois implantations. Pour Jausiers, il sollicite 25 tentes Marabout, 134 lits et 270 couvertures. [3]

Le compte rendu de réunion prévoit d’abord 25 familles, puis propose d’en recevoir 26 dans treize bâtiments jumelés. Il annonce une arrivée vers les 4 ou 5 octobre et espère achever les logements avant les grands froids, au plus tard vers la mi-novembre. Il prévoit des bornes-fontaines, plutôt qu’une alimentation individuelle en eau, ainsi qu’un dispositif sanitaire pour chaque logement. Ces dispositions sont des intentions de programme, dont les rapports ultérieurs permettent de mesurer l’exécution. [3]

3. Le 6 octobre 1962 : l’arrivée de 142 personnes

3.1. Des familles originaires principalement de la région de Palestro

L’Inventaire général identifie des familles originaires de Palestro et de Thiers, en Algérie. Il mentionne des passages par le camp de La Cavalerie, sur le Larzac, et par le camp Joffre de Rivesaltes. [1–2]

Le rapport Rovillain fixe l’arrivée à Jausiers au 6 octobre 1962. Au 31 octobre, il dénombre 140 personnes et 30 ouvriers. Il signale une naissance ainsi que le départ de trois hommes vers l’entreprise Pico, à Saint-Auban, le 12 octobre. Deux autres ont travaillé temporairement sur le chantier Gunz, à Digne, du 15 au 20 octobre. La population commence ainsi à évoluer dès les premières semaines. [2]

3.2. Un campement insuffisamment équipé

À l’arrivée, les tentes sont trop peu nombreuses. Certaines abritent jusqu’à dix personnes. Dix tentes supplémentaires, louées à une entreprise parisienne, ne parviennent sur place que le 20 octobre. Le rapport décrit le froid et l’entassement dont souffrent les habitants. [2]

L’eau courante manque à l’intérieur du campement ; aucun bassin ne permet de laver le linge et aucun écoulement n’est prévu pour les eaux usées. Un accord avec l’armée ouvre l’accès aux douches militaires de Jausiers une fois par semaine, moyennant une redevance. Ces constats proviennent d’un rapport rédigé pendant les faits, qui renvoie également à l’alerte sanitaire du docteur Robert du 15 octobre. [2]

3.3. Des soins organisés dans l’urgence

Le docteur Robert reçoit les malades à l’hôpital. Le rapport Rovillain comptabilise cent consultations pendant la première semaine et seize pendant celle du 15 au 21 octobre. Il mentionne six hospitalisations de moins d’une semaine et douze soins à l’hôpital. Les enfants scolarisés font l’objet d’examens et de vaccinations. [2]

L’ingénieur juge l’état sanitaire « assez satisfaisant », tout en décrivant des conditions d’hygiène très insuffisantes.

4. Le premier hiver : évacuation des tentes et retards de construction

4.1. La neige rend le campement intenable

Une chute de neige importante survient le 29 octobre. Le refroidissement conduit les autorités à abandonner l’hébergement sous tente. Dans son rapport du 3 novembre, Rovillain indique une répartition des familles entre la maison Turc à Jausiers, où une école fonctionne déjà, une salle paroissiale et la salle de jeux de la colonie du ministère des Travaux publics à Plan-la-Croix. Il donne respectivement 17, 4 et 5 familles. [2]

Un état du 20 novembre mentionne ensuite dix-sept familles à la caserne Pellegrin de La Condamine, quatre au patronage de Jausiers et cinq dans la colonie de vacances. [1–2]

4.2. Des logements encore inachevés en janvier 1963

Les délais annoncés à l’automne ne sont pas respectés. L’entreprise Gunz, de Digne, construit les préfabriqués ; les habitants participent à leur montage et à l’aménagement du terrain. Au 1er novembre 1962, trois socles seulement sont prêts à recevoir les baraques. [1-2]

Un courrier du Génie rural du 16 janvier 1963 décrit, pour les villages concernés, des défauts de finition, des volets non posés et des installations intérieures inachevées. Il précise qu’à Jausiers le sol gelé interdit de creuser les tranchées nécessaires aux réseaux : les travaux doivent attendre le printemps. [1, document coté 15 W 69]

En mars, l’adduction d’eau, l’empierrement des accès et l’évacuation des ordures figurent encore parmi les problèmes à résoudre. [1, 4]

4.3. Une architecture préfabriquée

Le hameau comprendra alors treize bâtiments en bois de type Digne, posés sur des socles en ciment. Chacun mesure 18,50 mètres de longueur, 4,10 mètres de largeur et 2,40 mètres de hauteur, et contient deux appartements attenants. Les entrées sont orientées au sud. Les couvertures sont en plaques de ciment-amiante ; les fenêtres disposent de volets en isorel ou en contreplaqué. [1, 3]

6. Les habitants : travail, école et vie collective

6.1. Une population familiale et mobile

Les relevés de 1963 confirment la place des femmes et des enfants. Le dossier Borelli compte 22 hommes désignés comme harkis, 27 femmes, 67 enfants de moins de dix ans et 17 de plus de dix ans, soit 133 personnes. Des comptes rendus d’avril donnent des effectifs voisins, avec des variations. Le rapport d’octobre 1963 décrit, pour sa part, huit hommes, huit femmes, un ascendant et vingt-deux enfants : 39 personnes. [1, 4]

6.2. Un travail qui dépasse le forestage

Dès les premières semaines, les hommes préparent leur propre lieu d’habitation : nivellement des plateformes, creusement de tranchées, fondations, socles et installations sanitaires. Ils effectuent ensuite des coupes de bois en montagne, des travaux de terrassement, l’aménagement des accès et différentes tâches d’intérêt communal. [1-2]

D’autres activités les conduisent hors du hameau. En août 1963, un courrier signale que six hommes de Jausiers participent à la construction du foyer rural d’Ongles, et au stade de l’ACBU à Barcelonnette. Le travail des habitants s’inscrit ainsi dans l’équipement de plusieurs communes. [1, dépouillement de 15 W 72]

6.3. L’hiver compromet la continuité de l’emploi

Une note administrative indique que le chantier forestier est resté fermé du 1er décembre au 31 mars pendant l’hiver précédent. Les travaux de montage et d’aménagement peuvent occuper les hommes au début, mais ils ne constituent pas une solution durable une fois le hameau construit. [1]

Dès octobre 1963, Yvan Durand demande la fermeture du hameau, alors que huit familles y résident encore selon l’état cité. L’établissement continue pourtant jusqu’en 1965. L’absence de solution satisfaisante pour le travail hivernal apparaît ainsi comme une difficulté structurelle, connue bien avant la décision définitive. [1]

6.4. Une scolarisation précoce, dans des locaux successifs

Le rapport du 3 novembre établit qu’une école fonctionne depuis le 8 octobre 1962 dans la maison Turc, avec une institutrice affectée et douze enfants de neuf à treize ans. Les projets préparatoires envisagent aussi l’accueil des plus âgés à l’école communale et une classe préfabriquée pour les plus jeunes. La synthèse patrimoniale décrit ensuite une classe dans un baraquement avant l’intégration à l’école de Jausiers. [1-2]

6.5. Les femmes et l’accompagnement social

Les sources administratives rendent surtout visibles les hommes employés et les responsables du chantier. Elles renseignent moins les activités des femmes. Elles signalent toutefois la nécessité d’une aide familiale et les difficultés à assurer cet accompagnement. Le dossier mentionne son obtention au printemps 1963, tandis qu’un rapport ultérieur déplore encore l’absence d’une monitrice. [1]

L’absence initiale de point d’eau aménagé pour le linge, les logements inachevés et les déplacements provisoires concernent l’ensemble de la vie domestique. [1-2]

7. Encadrement administratif et solidarités locales

7.1. Des responsabilités réparties entre plusieurs acteurs

L’installation mobilise la préfecture, la sous-préfecture de Barcelonnette, les Eaux et Forêts, le Génie rural, l’armée, la commune et des organismes d’assistance. Le rapport Rovillain attribue la responsabilité administrative initiale à M. Millet, délégué par l’Association des anciens SAS, et mentionne deux sous-officiers d’encadrement. Auxquels s’ajoute le rôle de coordination d’Yvan Durand. [1-3]

Les rapports ultérieurs évoquent des difficultés d’encadrement et d’unité de commandement. Certains comptes rendus font également état de renvois vers Rivesaltes. [1]

7.2. Une association comprenant des habitants du hameau

Une Association de soutien et de coopération du village franco-musulman de Jausiers est déclarée en décembre 1962. Elle vise l’aide sociale, l’amélioration des conditions de vie et l’éducation des habitants. Le maire Paul Antoni la préside. [1, 4]

Le récit de Borelli indique notamment deux vice-présidents issus du groupe accueilli, Lakdar Bouchelaghem et Ali Hadiouche. Il cite aussi Armand Richaud, secrétaire de mairie et trésorier ; Pierre Millet et Marie-Claire Blanc, secrétaires ; ainsi que plusieurs habitants et intervenants locaux. [4]

7.3. Accueil, entraide et tensions

Rovillain décrit un accueil local favorable malgré les conditions matérielles difficiles. Les sources mentionnent les soins, les dons, le ravitaillement, les locaux de remplacement et l’accès au cinéma militaire le dimanche. [2, 4]

Le même rapport signale un incident survenu le 14 octobre 1962 à Barcelonnette avec des travailleurs algériens employés par des entrepreneurs locaux ; il ajoute que l’incident n’a pas eu de suite. [2]

8. La fermeture de 1965 et les destinations des familles

8.1. Une décision préparée au printemps

Le 30 avril 1965, Yvan Durand informe le responsable du village de la décision préfectorale de fermer le hameau à compter du 1er novembre. Il demande de privilégier les possibilités de reclassement dans les hameaux de Sisteron, Saint-André-les-Alpes et Rosans. Est envisagé également un emploi dans le secteur privé, avec l’accord des familles et des garanties de logement et de stabilité professionnelle. [1]

À l’été 1965, douze familles sont encore présentes . Le maintien sur place de trois familles dans le secteur privé est envisagé, et le transfert de plusieurs autres vers des hameaux voisins. [1]

8.2. Une évacuation achevée en novembre

Les sources évoquent tantôt une fermeture en octobre, tantôt une échéance au 1er novembre. Un document du 9 novembre porte sur l’état des lieux et la remise des clefs. L’enquête de gendarmerie de 1966 indique que les bâtiments ont tous été libérés au cours de novembre 1965. On peut conclure une fermeture à l’automne 1965, avec libération complète en novembre. [1, 3]

Le rapport 2023-2025 de la CNIH apporte une indication sur des parcours ultérieurs : la cité Saint-Martin, devenue les Grands-Prés, à Manosque mentionne des familles provenant de Jausiers et de Saint-André-les-Alpes parmi celles qui y résident à la fin des années 1960. [8]

9. De l’abandon des bâtiments à la disparition du hameau

9.1. Des projets de reconversion sans réalisation établie

À partir de 1965, plusieurs projets sont examinés : centre éducatif et social, centre destiné aux adolescents, utilisation par une collectivité ou cession à la commune. Les échanges de 1966 impliquent notamment l’association Jeunesse Culture Loisirs et Technique et la ville de Sceaux. [1]

9.2. L’enquête sur les dégradations de 1966

La gendarmerie constate des dommages volontaires sur les préfabriqués en 1966. [1, 3]

L’enquête décrit par ailleurs un état général déjà dégradé : peintures écaillées et planchers pourris qui s’effondrent par endroits. Les bâtiments appartiennent au ministère de l’Intérieur, tandis que le terrain relève des Eaux et Forêts. Aucune surveillance n’aurait été exercée depuis le départ des familles. [1, 3]

9.3. La vente et le réemploi

Selon l’Inventaire général, les constructions sont remises aux Domaines le 14 septembre 1968, puis proposées à l’adjudication publique le 10 octobre. Six baraquements et le garage sont démontés et achetés par des particuliers ; des éléments sont remontés notamment à Jausiers, Barcelonnette, Uvernet et Bouzoulières. [1]

Le terrain devient ensuite un espace de loisirs sportifs, dont l’usage se prolonge jusqu’en 1996. L’enquête patrimoniale de 2019 ne signale plus sur place que des traces de fondations. [1]

10. La reconnaissance et la transmission

10.1. Les recherches locales et la stèle de 2016

Les travaux de Borelli en 2007 et de Frédéric Renn en 2014-2015 participent à la constitution d’une histoire locale du hameau. Renn exposera les difficultés rencontrées pour accéder à certaines archives, puis l’obtention d’une dérogation en août 2015. [4, 7]

Une stèle de l’ONAC-VG est inaugurée en octobre 2016. La cérémonie aura lieu le 21 octobre et une exposition sera présentée à la chapelle des Pénitents du 8 au 23 octobre. La stèle rend hommage au parcours et à l’œuvre des anciens supplétifs ainsi qu’aux familles ayant vécu dans les hameaux. [1]

10.2. Les initiatives de 2026

La commune proposera une nouvelle exposition Parcours de Harkis et de leurs familles, organisée avec l’ONaCVG à la chapelle des Pénitents du 17 septembre au 10 octobre 2026. Une conférence de Jean-Christophe Labadie, directeur des Archives départementales, sera programmée le 9 octobre à la mairie. [9]

Margaret Missimilly-Beraho, actrice de l’organisation, relate l’inauguration d’un panneau mémoriel le vendredi 9 octobre, avec la participation d’élèves et un hommage à José Borelli. Franck Jaén en fera le récit dans La Provence le 26 octobre. [10–11]

10.3. La reconnaissance légale

La loi du 23 février 2022 exprime la reconnaissance de la Nation envers les harkis et les autres membres des formations supplétives pour leur engagement au service de la France. Elle reconnaît également la responsabilité de l’État du fait de l’indignité de certaines conditions d’accueil et de vie en France et institue un mécanisme de réparation. Le hameau de Jausiers figure dans la liste réglementaire des structures concernées. [12-13]

11. Chronologie récapitulative

Date Événement documenté
Été 1962 Recherche de terrains et échanges avec les communes de la vallée.
4 septembre 1962 Demande préfectorale de tentes, lits et couvertures pour Jausiers.
6 octobre 1962 Arrivée de 142 personnes selon le rapport Rovillain.
8 octobre 1962 Ouverture de l’école mentionnée dans la maison Turc.
20 octobre 1962 Arrivée de dix tentes supplémentaires louées.
29 octobre 1962 Chute de neige signalée dans le rapport du 3 novembre.
Novembre 1962 Hébergements provisoires répartis entre plusieurs bâtiments.
Décembre 1962 Création de l’association de soutien et de coopération.
Janvier–printemps 1963 Occupation des préfabriqués et poursuite des travaux d’équipement.
Octobre 1963 Difficultés d’emploi et demande de fermeture formulée par Durand.
30 avril 1965 Notification d’une fermeture prévue au 1er novembre.
Novembre 1965 Départ des dernières familles et libération des bâtiments.
1966 Projets de reconversion et enquête sur des dégradations.
Septembre-octobre 1968 Remise aux Domaines et adjudication des constructions.
2007 Récit rétrospectif de Borelli.
2014-2015 Recherche de Frédéric Renn.
Octobre 2016 Inauguration de la stèle ; cérémonie signalée le 21 octobre.
2019-2020 Enquête et rédaction de la notice patrimoniale régionale.
2022 Reconnaissance légale et inscription du hameau parmi les structures ouvrant le mécanisme de réparation.
Septembre-octobre 2026 Exposition, panneau mémoriel et conférence consacrés à cette histoire.

Sources : [1-4, 7, 9-13].

Conclusion

Le hameau de Jausiers fut une installation familiale liée à un chantier de travail, ouverte avant que les logements et les équipements indispensables soient prêts. Les rapports établissent l’insuffisance des tentes, l’absence initiale d’aménagements sanitaires, les effets précoces du froid et la lenteur de la construction. Ils documentent aussi les soins, les initiatives d’entraide, l’école et la participation des habitants à des travaux locaux. [1-4]

L’emploi hivernal constitue le problème durable du dispositif. La fermeture de 1965 entraîne de nouveaux départs ; la disparition des baraquements efface ensuite l’essentiel du cadre matériel de cette histoire. Les recherches, les commémorations et la reconnaissance légale permettent désormais d’en restituer une part importante. L’étape suivante consistera à relier cette histoire administrative aux biographies des hommes, des femmes et des enfants qui ont habité Jausiers, en donnant à chacun sa place.

Sources, bibliographie et recherches complémentaires

Sources principales utilisées

[1] Nathalie Van Bost, Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Inventaire général, « Hameau de forestage de Harkis de Jausiers », dossier IA04003119, enquête 2019, rédaction 2020, mise à jour en 2023.

[2] Rovillain, ingénieur des Eaux et Forêts, rapport du 3 novembre 1962, Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, 15 W 72.

[3] Documents administratifs et judiciaires reproduits dans le corpus, notamment : télégramme préfectoral du 4 septembre 1962 ; compte rendu de réunion transmis début octobre 1962 ; croquis de gendarmerie du 4 octobre 1966 et extraits d’enquête d’octobre 1966. Plans de logements : 15 W 70 ; fonctionnement et fermeture : 15 W 72.

[4] Joseph Borelli, récit sur l’installation du camp de harkis, 2007, archives communales de Jausiers. .

[5] ONAC-VG, Parcours de Harkis et de leurs familles, livret d’exposition, 2014.

[6] CNIH, « Les Harkis après 1962 ».

[7] Frédéric Renn, présentation de l’histoire du hameau de forestage de Jausiers, 2014-2015. Travail local associant témoignages et archives.

[8] CNIH, Rapport 2023-2025 – Les fiches historiques détaillées.

[9] Commune de Jausiers et Ubaye Tourisme, annonces de l’exposition et de la conférence, septembre-octobre 2026.

[10] Margaret Missimilly-Beraho, compte rendu public « Journée commémorative – Les Harkis de Jausiers », relatif au 9 octobre 2026.

[11] Franck Jaén, « Un hameau disparu et 142 harkis accueillis en 1962 : à Jausiers, une histoire longtemps oubliée refait surface », La Provence, 26 octobre 2026.

[12] République française, loi n° 2022-229 du 23 février 2022, notamment articles 1 à 4.

[13] République française, décret n° 2022-394 du 18 mars 2022 et annexe recensant les structures concernées, dont Jausiers.

[14] FranceArchives, « Les sources écrites relatives aux Harkis », mise à jour du 17 février 2026. Guide de recherche et d’orientation dans les fonds publics.