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« Adieu Afrique » : Pascal Lorot dénonce l’impasse de la repentance française
Dans Adieu Afrique. Histoire d’une rupture fatale, qui paraît ce jour aux éditions Fayard, l’économiste et géopoliticien Pascal Lorot dresse le constat sévère du recul français en Afrique. Au cœur de son analyse : une diplomatie enfermée dans la repentance, particulièrement visible dans les relations avec l’Algérie, et incapable de défendre sereinement les intérêts de la France.
« Ce n’est pas l’Afrique qui nous a quittés, c’est nous qui l’avons perdue. » La formule de Pascal Lorot résume le diagnostic développé dans son nouveau livre, Adieu Afrique. Histoire d’une rupture fatale, qui paraît le 26 août 2026 chez Fayard. Un ouvrage de 240 pages consacré à la spectaculaire perte d’influence française sur un continent où notre pays disposait pourtant d’atouts historiques, économiques, culturels et diplomatiques considérables. L’auteur refuse d’attribuer ce recul à la seule offensive de nouvelles puissances. Selon lui, la France porte une part déterminante de responsabilité dans son propre effacement.
La France enfermée entre repentance et paternalisme
Pascal Lorot met notamment en cause une contradiction qui caractériserait depuis des années la politique africaine de Paris : la coexistence de la repentance et du paternalisme. Ces deux attitudes, explique-t-il, ne sont pas contradictoires. Elles procèdent au contraire d’une même manière de considérer l’Afrique : soit la France se place au centre du récit en se présentant comme éternellement coupable, soit elle continue à se comporter en donneuse de leçons. Dans les deux cas, elle peine à considérer les États africains comme des partenaires souverains avec lesquels doivent d’abord se négocier des intérêts communs. Cette critique prend une résonance particulière pour tous ceux qui suivent les débats mémoriels concernant l’Algérie.
L’Algérie, illustration d’une diplomatie de la repentance
Dans un entretien accordé au Figaro Magazine Pascal Lorot cite précisément les relations franco-algériennes. Il estime que les « gestes mémoriels », les commissions consacrées au passé et ce qu’il décrit comme des « rabaissements permanents de nos positions » entretiennent la relation avec Alger sur un terrain affectif et moral, plutôt que de la replacer dans le cadre normal des relations entre États. Pour le géopoliticien, cette politique produit l’effet inverse de celui recherché. Une relation internationale ne peut durablement être construite sur la culpabilité. « On ne bâtit pas une politique étrangère sur la culpabilité », affirme-t-il. Selon lui, les Africains d’aujourd’hui attendent avant tout des relations économiques, de la formation, de l’énergie, des infrastructures et des échanges fondés sur la dignité et la réciprocité.
Pendant que la France se tourne vers le passé, ses concurrents avancent
C’est l’autre constat central d’Adieu Afrique. Tandis que la France consacre une part importante de son discours africain à son passé colonial, d’autres puissances raisonnent en termes d’intérêts, d’investissements et d’influence. La présentation de l’ouvrage résume brutalement ce contraste : pendant que Paris s’enferme « dans ses repentances et ses leçons de gouvernance », la Chine développe des infrastructures, la Turquie vend des équipements militaires et la Russie étend sa présence. Le constat économique est tout aussi sévère : la part française dans le commerce africain aurait été divisée par deux en vingt ans, passant d’environ 15 % à moins de 8 %. Il y voit moins la conséquence inévitable de l’essor chinois que celle d’un désengagement français et d’une absence de stratégie de long terme.
Tourner la page de la « Françafrique » sans tourner le dos à l’Afrique
Pascal Lorot ne plaide pourtant nullement pour un retour à l’ancien système d’influence français. La « Françafrique » est morte et, selon ses propres termes, « tant mieux ». Le problème est ailleurs : la France n’a rien construit de suffisamment solide pour lui succéder. L’auteur propose donc une refondation. Il défend une approche davantage européenne, une politique différenciée selon les régions du continent et, surtout, des partenariats « d’égal à égal », fondés sur des réalisations concrètes et des intérêts réciproques. L’enjeu est considérable, l’Afrique concentre 30 % des minerais critiques de la planète et devrait compter 2,5 milliards d’habitants en 2050. Le voeu de Pascal Lorot est clair : substituer à la culpabilité permanente une relation fondée sur la vérité historique, le respect mutuel et la défense assumée des intérêts français.
Pascal Lorot, Adieu Afrique. Histoire d’une rupture fatale
Éditions Fayard
Parution : 26 août 2026
240 pages
Prix : 21,90 €
ISBN : 978-2-213-73455-2
