Guerre d'Algérie, Notre pays, Rappels historiques

Aux origines du 17 octobre 1961 : la guerre du FLN en métropole

Les origines du 17 octobre 1961 se trouvent dans la guerre menée en métropole : affrontements FLN-MNA, attentats contre les policiers et contrôle de l’immigration algérienne. Retour sur les événements et les controverses entourant leur bilan.

La « guerre des cafés » : des milliers de musulmans victimes du conflit indépendantiste

Avant de s’affronter dans les récits commémoratifs, les nationalistes algériens se sont affrontés entre eux, par les armes. Le Front de libération nationale (FLN) entend supplanter le Mouvement national algérien (MNA) de Messali Hadj. L’enjeu est politique, mais aussi financier : contrôler l’émigration c’est contrôler les « cotisations » destinées à financer la guerre. Un témoin de l’époque, aujourd’hui âgé de 97 ans, raconte que travaillant en métropole il envoyait une grande partie de son salaire à sa famille restée en Algérie. Les collecteurs du FLN lui prélevaient, sous la menace, presque 90 % de ses revenus. Ne pouvant plus subvenir aux besoins de sa famille, il est retourné en Algérie où, confronté à la guerre, aux violences et à l’absence de travail, il a rejoint l’armée française.

Les cafés deviennent alors des lieux d’organisation, de collecte, d’extorsions et de règlement de comptes. Les militants sont visés, mais les ouvriers et les commerçants subissent également cette lutte pour l’hégémonie. Refuser de payer ou demeurer fidèle à une organisation rivale peut coûter la vie. Le ministère des Armées décrit cette stratégie : racket, contrôle de l’immigration, assassinats de militants du MNA et attentats contre les forces de l’ordre. Dans un document communiqué au Sénat en 2021, l’historien Jean-Jacques Jordi recense 4 055 Algériens tués dans la lutte fratricide FLN-MNA en France.

Les policiers pris pour cibles

Le terrorisme du FLN frappe également les forces de l’ordre. Parmi les hommes exposés figurent notamment les policiers français musulmans et les membres de la Force de police auxiliaire. Leur existence hérisse le récit nationaliste algérien. Ces policiers et leurs familles sont traqués et – quand l’occasion le permet – sauvagement assassinés. Un degré extrême est atteint à l’automne 1961. Le rapport Mandelkern recense quatorze membres des forces de l’ordre tués entre août et le début d’octobre.

Le couvre-feu, puis la démonstration de force du FLN

Le 5 octobre, afin de faire redescendre la tension, le préfet de police de Paris décide des restrictions de circulation nocturne visant les « Français musulmans d’Algérie ». Le couvre-feu s’applique de 20h30 à 05h30 ; les débits de boissons ciblés  doivent fermer à 19h00.

La fédération de France du FLN entend profiter de la situation pour attiser les flammes : elle appelle les Algériens de la région parisienne à manifester dans la capitale le 17 octobre au soir. Dans Les Vérités cachées de la guerre d’Algérie, Jean Sévillia souligne l’objectif politique de cette mobilisation : défier le couvre-feu, montrer la puissance de l’organisation et peser sur les négociations avec le gouvernement français. Il ne s’agit donc pas d’un rassemblement spontané. Les cortèges sont organisés et encadrés par le FLN, comme le relate le Musée de l’histoire de l’immigration. Des documents policiers examinés par la mission Mandelkern signalent des pressions sur les hésitants et des menaces contre ceux qui refuseraient de participer.

Le 17 octobre : une répression violente

La police bloque les cortèges et procède à des arrestations. Des violences éclatent en plusieurs endroits. Jean Sévillia décrit des passages à tabac et des coups contre des hommes à terre.

Le bilan de la soirée du 17 octobre dénombre sept morts identifiés, et relève vingt-cinq autres cas à examiner (identité, circonstances et auteurs). L’historien Jean-Paul Brunet, qui décrira l’ampleur et la violence de la répression, retiendra au final une estimation de trente à cinquante victimes des manifestations des 17 et 18 octobre, doutes compris, bien qu’aucune entrée de corps nord-africain n’est à signaler à l’Institut médico-légal dans la nuit du 17 au 18 octobre.

Des historiens pro-FLN tenteront de réunir les morts de plusieurs semaines, sans dates ni critères d’attribution, amalgamant les victimes du conflit FLN-MNA et les assassinats d’opposants, pour laisser croire que des centaines d’Algériens auraient été tués dans la soirée du 17 octobre 1961.