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Le mot du redacteur en chef
L’aristocratie des tranchées
1918-2008 :
quatre-vingt dixième anniversaire de l’armistice d’une guerre déclenchée sous prétexte de venger un archiduc inconnu, assassiné par d’obscurs terroristes et qui a embrasé toute la planète. Cette guerre que tous croyaient devoir être courte dura cinquante et un mois, fit neuf millions de morts dans la population combattante de plus de vingt nations. Placée au cœur des combats, l’Europe en sortit exsangue et bouleversée politiquement, économiquement et socialement. Personne n’a pu expliquer pourquoi des peuples civilisés, de mêmes origines, adhérant aux mêmes valeurs en soient arrivés à un tel degré d’entêtement meurtrier, que rien n’a pu endiguer.
La Légion étrangère vécut ce maelstrom comme un nouveau défi, composant d’emblée en 1914 quatre régiments étrangers avec des volontaires aux aspirations aussi diverses que surprenantes, allant du patriotisme à l’idéologie, en passant par le pur amour de la France. L’amalgame s’est réalisé dans la terre crayeuse de Champagne, la boue de la Somme et les bois de l’Argonne ; la volonté des jeunes engagés volontaires pour la durée de la guerre et l’expérience des anciens ont progressivement fusionné, par le simple partage de la puissante et dure réalité des combats.
Au cœur de cette Légion de 14, des “sans-grades”, des cadres sous-officiers ou officiers ont donné naissance à une véritable aristocratie des tranchées, dans laquelle se mêlaient les “desesperados, survivants de Dieu sait quelle épopée coloniale, mais qui étaient des hommes, tous. Et cela valait bien la peine de risquer la mort pour les rencontrer, ces damnés, qui sentaient la chiourme et portaient des tatouages“ (caporal Sauser, alias Blaise Cendrars). Des légionnaires comme Bikoff le fin tireur, Garnéro le chasseur émérite, et autant d’anonymes se sont battus par honnêteté, par habitude, par force. Parfois avec grandeur, souvent avec une estime portée à l’adversaire car “on honore l’héroïsme, on l’honore partout, et d’abord chez l’ennemi“.
Avec leurs capitaines, tels de Taschner ou Lafitte, qui partageaient la même cagna, le même abri que leurs hommes, ils ont tout enduré, tout supporté, permettant à la Légion étrangère d’accomplir ses exploits de 14-18 et de “continuer sa route, malgré tout et malgré tous”, dans le plus grand choc que le siècle ait vécu.