Accueil arrow Voir, lire, écouter arrow Livres arrow Le Goulag de la Jungle
Le Goulag de la Jungle Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
01-12-2006

Le goulag de la jungle voulait faire naître un homme nouveau.

Publié par "Le Figaro" le 23 novembre 2006

Un très beau livre d'Amédée Thèvenet qui relate la tragédie d'un jeune soldat du corps expéditionnaire français en Indochine.
Note de lecture, Par Hélie de Saint Marc.

AMÉDÉE Thévenet avait 22 ans... Malade, exsangue, immobilisé sur un lit d'hôpital, il témoigne à chaud de la terrible épreuve qu'il vient de subir dans un camp ­­­­viêt-minh. Il y fut détenu après avoir été blessé et capturé lors des ­combats de la RC4, proche de la frontière de Chine.

 

Ressurgit alors pour nous à travers ce récit sobre, pudique, fort, retenu, son précédent ouvrage, Goulag indochinois. Même description des travaux forcés, de l'arbitraire, des coups, de la cage aux buffles, du manque de soins élémentaires, de la lente irrémédiable déchéance physique, de l'homme réduit à l'état de loque, les plus résistants qui s'effondrent. Et les exécutions, une mortalité ­effrayante, plus de 75 % des effectifs, l'enfer... L'enfer au milieu d'une nature somptueuse, d'une végétation éclatante, écrasante, envoûtante comme une drogue. La beauté, la souffrance, le mal.

Mais peut-être y a-t-il pire... L'univers concentrationnaire nazi écrasait brutalement. Le goulag indochinois veut convertir, il faut détruire le vieil homme, faire ­naître l'homme nouveau. Une sorte de messianisme dévoyé, sommaire, cruel, sectaire, où la fin justifie les moyens. Tout est bon pour atteindre le but : la délation, le chantage, l'émulation dans la lâcheté, la menace, l'enfermement ; coûte que coûte, il faut convertir, briser le vieil homme, brutalement ou insidieusement. On n'agit plus sur un corps délabré, mais sur un esprit, ­dernier refuge de la lucidité et du courage.

Thévenet se souvient de ce qu'a écrit l'un de ses amis, dans des conditions à peu près ­semblables : « Je ne peux certifier qu'il existe un Dieu, mais le mal existe : je l'ai vu en face chacun a connu sa part de vérité qui ne ressemble à aucune autre. Je garde l'expérience radicale de la nudité de l'être. »

Et si la résistance s'orga­nisait ? Elle s'organise. Certes, ici ou là quelques lâchetés. Mais l'essentiel tient. Thévenet nous raconte comment ces détenus, à 12 000 km de leur terre natale, à bout de force, n'acceptent pas de se coucher devant le vainqueur du moment. Ce n'est pas une ­résistance frontale vouée à l'échec, mais une résistance intelligente, faite de feintes, d'astuces, de subtilités gauloises. Au plus profond de leur déchéance physique, ces hommes refusent de vendre leur âme. C'est ce ­combat qui nous est sobrement raconté.

 

La souffrance et le courage

Fallait-il remettre en nos ­mémoires ces épisodes tragiques, plus d'un demi-siècle après qu'ils se sont déroulés ? Alors que le Vietnam s'ouvre, recherche la respectabilité ? À l'heure où se ­reconstruit une ­nécessaire amitié franco-vietnamienne ? À l'heure où le Vietnam accueille cordia­lement ceux-là ­mêmes que certains voulaient cruellement convertir ?

À l'heure où il se développe, grâce à un capitalisme débridé, si souvent autrefois condamné par les mêmes qui aujourd'hui s'enrichissent grâce à lui d'une manière ­parfois indécente ? Fallait-il donc remettre en nos mémoires ces épisodes tragiques ? Amédée Thévenet a répondu oui en publiant son livre J'ai survécu à l'enfer des camps viêt-minh. Il sait que le passé est porteur d'une part de l'avenir. L'occulter, c'est injurier cet avenir. Tout se tient.

Peut-être a-t-il aussi voulu ­dire que ces terribles souvenirs n'effacent en rien cette émotion affective, esthétique, qu'il éprouva et éprouve toujours pour ce pays et l'amitié qu'il porte à ce peuple, singulièrement à ces hommes qui se sont battus à ses côtés et qui ont connu les mêmes épreuves que lui.Il termine son témoignage en paraphrasant la Bible : « J'ouvre la bouche pour les 29 954 soldats français morts de 1945 à 1954 dans les camps du Viêt-minh, sur les 39 880 faits ­prisonniers, ainsi que pour les Vietnamiens morts eux aussi dans les camps de rééducation, et en particulier pour Marcel Van, ­jeune catholique mort le 10 juillet 1959 au camp n° 2 à Yen-Binh (Nord-Vietnam). » Lisez ce ­livre. Il se veut modeste... Mais il parle de l'essentiel : de l'homme, de la souffrance, du mal et du courage.

 

"J'ai survécu à l'enfer des camps Viêt-minh"  Amédée Thévenet

Editions France Empire, 225 pages - prix = 19 Euros

 

Commentaires (4)Add Comment
question
Ecrit par pierre BERNARD, février 05, 2008
pourriez vous me donner des nouvelles de jean marie LAURENT, scout 1958 1959 st pierre NANCY
pierre BERNARD 0383465330
portable 0677601908
question
Ecrit par pierre BERNARD, février 05, 2008
pourriez vous me donner des nouvelles de jean marie LAURENT, scout en 1958 1959 Pierre BERNARD 9ème st pierre NANCY 54
e mail : Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
tel : 0383465330
portoble 0677601908
Magnifique
Ecrit par Roger Saboureau, décembre 16, 2006
Ce texte d'Hélie de Saint Marc rappelantà propos de ce livre les souffrances trop oubliés des prisonniers du viet minh est magnifique . Comme d'ailleurs tout ce qu'il écrit
...
Ecrit par leveque, décembre 16, 2006
suberbe analyse de ce livre qui donne, avant de l'avoir lu , la dimension du drame vcu par ces "soldats oublis" merci, une fois de plus mon commandant...

Ecrivez un commentaire

security code
Entrez les caractères affichés


busy
 
< Précédent

Notre adresse

Secours de France

29 rue de Sablonville

92200 NEUILLY S/S

Tél 01 46 37 55 13