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La sélection de notre ami Maurice Faivre Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
21-04-2008




Notre ami, général et historien, Maurice Faivre nous livre ici ses réflexions pleines de sagacité sur les derniers livres écrits par des amis sur l'histoire militaire ou l'histoire de l'Algérie.




Michel Delenclos. Les Mots des uns…les Maux des autres, La France et l’Algérie.
Godefroy de Bouillon, 2008, 626 pages, 44 euros
Fils d’un militaire de carrière, Michel Delenclos se trouve à Oran en 1949. A  la suite de l’assassinat d’une institutrice qu’il connaissait, il s’engage dans la formation des jeunes musulmans. Il reste marqué par son expérience d’enseignant, que les menaces du FLN l’ont contraint d’abandonner en 1962.
Ayant atteint l’âge de la retraite, il ne se contente pas de cultiver son jardin, mais il s’attache à faire revivre les évènements passés de l’Algérie. Avec la minutie du bénédictin, il publie en 2003 : «Algérie : la guerre des sigles », dans lequel il caractérise chacune des 1.200 abréviations militaires et administratives en usage.
Le même souci de rigueur intellectuelle, et l’absence de parti pris, lui ont permis de restituer dans ce nouvel ouvrage les déclarations des protagonistes de tout bord. Cette accumulation de citations, reproduite en 478 articles allant de « abandon » à « voyou », est impressionnante. Les citations sont empruntées à 388 auteurs, d’Abane et Agius à Weygand et Zirout Youssef.
Ces citations sont suivies de courtes biographies des auteurs, et des listes des substantifs évoqués et des sigles. Dans une postface, Thierry Rolando souligne que cette approche nouvelle de l’histoire a le mérite de ressusciter des déclarations oubliées...et de rappeler ainsi le courage des uns, les contradictions et les reniements des autres.
De 1830 à 2006, ces paroles accompagnent toutes les phases des relations franco-algériennes. Les mots peuvent exprimer des vérités ou des mensonges, ce sont souvent les armes de la propagande. Certaines paroles sont réconfortantes, d’autres sont écoeurantes ou stupides. Il y a des mots qui tuent et qui engendrent le malheur. C’est ce que démontre ce texte très dense, illustré par le beau titre de l’ouvrage.

Maurice Faivre, le 14 avril 2008

Général Raymond Boissau. Ladislas Bercheny, Magnat de Hongrie, Maréchal de France

Institut hongrois de Paris, 2006, 235 pages dont 10 pages de photos. Diffusé par le musée Massey de Tarbes.
Ayant commandé le 1er Régiment de Hussards parachutistes, dans lequel il a servi à  plusieurs reprises, le général Boissau a consacré ses années de retraite à l’histoire des Hussards, dans le cadre de la revue Vivat Hussar. Cinq années de recherches dans les archives nationales, départementales, communales, et l’aide de l’Institut hongrois de Paris, lui ont permis de publier la biographie de cet ancêtre des Hussards-Bercheny.
Né en 1689 dans une grande famille hongroise, Laszlo Bercsényi est le fils de Miklos II, qui a pris parti en 1698 pour le prince Rakoczi, dans sa lutte pour l’indépendance de la Hongrie contre l’empire d’Autriche. Capitaine dans la Compagnie des Gardes nobles, Laszlo participe lui-même à ce soulèvement avant que les insurgés ne soient contraints de se réfugier en Pologne sous la protection du roi Stanislas Leszczynski.
En 1712 , il gagne la France, ennemie des Habsbourgs, est nommé lieutenant-colonel-réformé dans le régiment de Rattky, composé de hussards déserteurs. Lors de la guerre de succession d’Espagne, il se distingue au combat de Herrsheim en 1713, puis au siège de Rozas en 1719. Dans le même temps, il fait trois voyages en Turquie, alliée de la France, et y recrute des hussards, réfugiés de Hongrie. Cela lui permet de constituer un nouveau régiment qui prend ses quartiers à Haguenau.
Il devient en 1725 Premier chambellan du roi Stanislas (en exil à Lunéville), est naturalisé Français et se marie avec une roturière de Haguenau, dont il aura 12 enfants. Il achète en 1729 la seigneurerie de Luzancy en Brie.
Pendant le guerre de succession de Pologne, il combat dans la région de Mayence sous les ordres du maréchal de Belle Isle, est nommé Brigadier, puis maréchal de camp en 1738. La guerre de succession d’Autriche le conduit en Hongrie à la tête de deux régiments de hussards, renforcés de dragons et de fantassins. Encerclé dans Prague en 1741, il fait retraite par la Bavière. Il combat contre lord Stair sur le Main en 1743, avant de rétablir l’ordre en Sarre, puis de participer à la campagne de Flandre sous le maréchal de Saxe. Devenu Inspecteur général des Hussards, il contrôle leurs effectifs et leur organisation, et confie son régiment à son fils Nicolas.
La guerre de sept ans est sa dernière campagne, il commande l’aile droite de l’armée sur la Weser en 1757, est promu maréchal en 1758 et se retire à Lunéville, puis à Luzancy. Il obtient la grâce de l’impératrice Marie-Thérèse en 1760, avant de mourir en 1788. Il ne verra pas l’émigration en 1792 des Bercheny-Hussards qui se trouvent dans le camp opposé au 1er Hussards à Valmy.
Cette biographie très complète nous donne l’image d’un grand soldat, apprécié des maréchaux de Belle-Isle et de Saxe, et qui est en même temps un homme des Lumières. Son souvenir est célébré à Tarbes et en Hongrie.                                                                                Maurice Faivre, le 9 avril 2008

Jacques Valette. Le 13 mai du général Salan.
 L’esprit du Livre, 2008, 145 pages dont 25 annexes reproduisant les échanges de messages entre Salan, de Gaulle et les autorités militaires.

Inventoriées par Jacques Valette, les archives du général Salan constituent une source précieuse pour les historiens. Après avoir rappelé le déroulement de l’occupation du Gouvernement général par des émeutiers, l’auteur éclaire les données d’une situation aux apparences complexes. Son analyse porte successivement sur : - l’attitude de l’armée – les contradictions du gouvernement - les obscurités des gaullistes  - les équivoques finales du Chef de l’Etat.

Les documents reproduits montrent à l’évidence :

- qu’il n’y a pas eu de complot militaire le 13 mai, ni de putsch anti-gouvernemental. Commandant supérieur avant d’être nommé Commandant en chef, Salan maintient un semblant d’ordre républicain,
- qu’ayant obtenu les pleins pouvoirs de MM Gaillard et Pflimlin (reconnus par le préfet d’Alger, mais récusés par neuf préfets), Salan a fait appel à de Gaulle sous l’influence des réseaux gaullistes, et en particulier du général Petit, envoyé par Ely,
- qu’il a monté alors avec Massu et Miquel l’opération Résurrection, comme une menace (approuvée par de Gaulle), visant à « accélérer le processus » de prise du pouvoir,
- qu’il a poursuivi la lutte contre le FLN, et plaidé avec conviction la thèse de l’intégration, comportant égalité des droits et des devoirs, et émancipation de la femme,
- qu’il a finalement été confronté à l’attitude équivoque du Chef de l’Etat, qui après avoir contré à maintes reprises l’action du Délégué général, lui écrit le 25 novembre : « Au point de vue militaire, de beaucoup le principal, vous avez très bien réussi…Vous m’avez aidé le mieux qu’il était possible », avant de le limoger le 19 décembre.

Il est pour le moins cocasse d’observer l’importance que les médias accordent à mai 1968, qui n’a rien changé à l’Histoire, alors que mai 1958 a mis en place un nouveau régime et modifié profondément la politique africaine, européenne et mondiale de la France.

Maurice Faivre, le 8 avril 2008


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