
Le Président de l'assemblée nationale, Bernard Accoyer conduit une réflexion sur les questions mémorielles et nous vous invitons à lire l'exposé du général Maurice Faivre lors du congrès de l'A.N.O.C.R. le 16 avril 25008. Espérons que les idées exprimées par notre ami seront entendues.
Général
(2S) Maurice FAIVRE Paris le 23 avril 2008 2 rue
Michel-Ange 75016
Vice-président
de la Commission Française d’Histoire militaire Membre
de l’Académie des sciences d’outre-mer
DEVOIR D’HISTOIRE -
DEVOIR DE MEMOIRE Exposé au Congrès de l’ANOCR, le 16 avril 2008
Le
devoir d’Histoire impose aux chercheurs en
Histoire de comprendre et d’expliquer les faits du passé, en les replaçant dans
leur environnement politico-social, culturel et international, sans parti-pris idéologique, c’est-à-dire
sans prononcer de jugement ni expliquer le 19ème siècle avec les
idées du 21ème siècle.
La
découverte de nouveaux documents conduit à remettre en cause certaines
interprétations des historiens précédents. L’historien ne saurait cependant nier
des faits évidents, il n’est pas négationniste, mais il est révisionniste par
nécessité et par devoir. L’Etat n’a pas à lui imposer une interprétation.
Liberté pour l’histoire, telle est sa
devise .
Le
devoir de mémoire comporte plusieurs
niveaux :
-
- le devoir de mémoire nationale a pour objet de commémorer des actions héroïques,
d’exalter le souvenir des victimes et de
célébrer les valeurs qui sont partagées par toute la nation. Il appartient aux autorités de l’Etat
et au Parlement de fixer les conditions de leur célébration.
-
- la mémoire individuelle ou la mémoire de groupe en revanche est unilatérale. Elle est souvent
entachée d’oublis et d’erreurs de jugement. Les faits peuvent être noircis ou au
contraire exaltés. Il y a autant de mémoires que de groupes, qui peuvent
s’opposer à la mémoire nationale. C’est le rôle des familles et des associations
de la maintenir, de façon aussi objective que possible, sans intervention de
l’Etat.
-
- il y a également
un travail sur la mémoire,
conduit par des chercheurs qui font des études sur les comportements sociaux ou
qui confrontent les mémoires individuelles aux documents d’archives. C’est une
annexe de la recherche historique.
-
L’Histoire fait souvent l’objet de désinformation , mot qui n’existait pas dans le dictionnaire
français avant 1954, mais qui était
employé par le KGB soviétique sous la forme des mesures actives, officielles
ou clandestines, destinées à influencer les pays étrangers. Le Robert
le définit aujourd’hui comme l’utilisation des techniques de l’information de
masse, pour induire en erreur, cacher ou travestir des faits. Elle a généralement pour but de soutenir des
groupes politiques, religieux ou
syndicaux.
-
Nombreux sont les domaines qui font l’objet de désinformations
dans des ouvrages, des articles, des films ou des émissions de télévision. De
nombreux exemples peuvent être cités comme : - de considérer la colonisation
comme un crime contre l’humanité (extermination, pillage) – de déconsidérer le
combat des harkis (collaborateurs et tortionnaires) – de multiplier le nombre
des exactions des forces de sécurité, des tués et des disparus (génocide à
Madagascar et lors de Turquoise) – d’exagérer les incohérences du gouvernement
ou de l’administration – - d’ignorer les actions terroristes du FLN et
l’épuration ethnique des pieds noirs…etc.
-
.Les écrits de P.Rotmann, Einaudi, Manceron, D.Kerchouche, Le Cour
Grandmaison ; les films de Yves Boisset, Mehdi Charef, Alain Tasma et Emilio
Siri sont en particulier criticables.
S’agissant des conflits coloniaux, on a assisté
depuis les années 2000 à des campagnes
de presse et à une succession de films
orientés contre l’action de l’Etat et de
l’armée, qui sont en outre nuisibles pour l’intégration des
immigrés.
Pour en donner un exemple, le film de Faouzia
Fekiri sur les porteuses de feu (FR3 du
26 janvier 2008) présentait une somme de
contre-vérités :
- les poseuses de bombes à Alger ne combattaient pas
contre l’armée française, elles étaient des terroristes qui tuaient des civils
innocents dans les rues, les stades et les autobus. Selon le maire d’Alger, ces
attentats ont fait en 14 mois 314 morts et 917 blessés. Des enfants ont été
amputés des jambes et des bras.
- ces attentats n’étaient pas une réplique au napalm
de l’armée, qui n’a été utilisé que contre les bandes armées du FLN, et jamais
contre la population civile,
- la bombe des activistes européens ( le 12 août 1956
rue de Thèbes) avait été précédée des bombes du FLN : - le 17 juin 1955 à
Philippeville – le 12 décembre 1955 dans deux cinémas d’Alger. Des ateliers de
fabrication de bombes ont été découverts en avril 1955 à Constantine et en
juillet 1955 à Blida-Sidi Salem (source le SLNA du colonel Schoen).
- l’émancipation de la femme algérienne, reconnue par
l’ordonnance de Gaulle du 4 février 1959, a été abrogée en 1973, et remplacée par le Code de la
famille en
1984,
- très rarement des femmes ont été torturées, Zorah
Driff l’a reconnu,
- le sous-officier français, servant de faire-valoir
et de témoin à ces terroristes, est considéré comme un imposteur par ses chefs
et ses camarades. Ses déclarations à Florence Baugé du Monde sont
mensongères.
A une époque où le terrorisme de l’Islam radical se
développe, il est regrettable que la télévision française glorifie les poseuses
de bombes et falsifie leur véritable histoire.
La lutte
contre la désinformation est possible. Elle
doit mettre en valeur les ouvrages d’historiens sérieux, intervenir dans les débats et les colloques,
soutenir le projet de Fondation pour la Mémoire. Peu à peu la vérité chemine, on ne conteste plus
le massacre des harkis et les enlèvements de Français d’Algérie. Ce mouvement
doit être amplifié.
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