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Un des nôtres est tombé en Afghanistan Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
18-12-2006

Le maître principal Loïc Lepage des commandos marine, qui servait en Afghanistan dans le cadre des forces spéciales sous commandement américain a été tué lors d'un accrochage avec les talibans.

Il était le père de deux très jeunes enfants et le fils du général Maurice  Lepage , lui- même créateur du commandement des opérations spéciales ( C.O.S )dans l'armée française.

Celui-ci , avec beaucoup de pudeur , raconte la façon dont les américains ont traité cet evénement et il en profite pour élargir la réflexion à la notion de sacrifice et à la la nécessaire distinction à effectuer  entre les vrais combattants , ceux qui meurent au combat ,et les autres .

 

 

Nos Amis Américains.

Ce que j’écris ici rapidement est le fruit d’un constat et de quelques réflexions « en cascade » ! Je ne voudrais me laisser entraîner ni par la passion ou le chagrin ni par un manque d’objectivité. Je vais essayer d’éviter cet écueil en me tenant à des faits  précis, mais en élargissant ma réflexion à partir de ceux-ci.

Je ne veux pas non plus me livrer à une quelconque comparaison entre la façon dont nos amis français ou américains ont tenu à nous manifester, chacun à leur manière,  amitié,  soutien, sympathie dans le drame qui a frappé notre famille.. Tous ont été remarquables et ces manifestations furent exceptionnelles de part et d’autre.

Non, ce n’est pas là que se situe la question.

Je veux simplement dire que les  autorités Américaines, civiles ou militaires, appréhendent la mort d’un soldat, notamment d’un pays allié, de la plus noble façon qui soit. Elles savent rendre hommage à son sacrifice et lui donnent un sens.

Les Américains savent faire la différence entre un héros, un homme brave, et les autres. Je doute que nous sachions faire très exactement la même chose en France. Il suffit pour s’en convaincre de constater que les morts « en service » sont bien  souvent honorés chez nous sur une base unique, quelles que soient les circonstances ayant entraîné le décès…

Mais les guerriers, unis par la fraternité qui leur est propre, ne se laissent pas tromper !

Dans le cadre de ce qui précède, voici quelques unes des manifestations de respect et d’amitié (Aude, la veuve de Loïc et leurs enfants étant  toujours étroitement associés) dont les autorités américaines ont tenu à saluer la mort de Loïc :

  • Loïc fait tout d’abord l’objet immédiat d’une proposition d’attribution de la Bronze Star Médal, with  « V » device for Valor
  • Son départ du sol Afghan  le 7 mars 2006, est salué par mille hommes des forces alliées formant une haie d’honneur, sous la pluie et de nuit, jusqu’à l’avion  qui le ramène en France,
  • Un drapeau américain flotte sur Kaboul en son honneur le 8 mars. Il me sera adressé avec une lettre magnifique du général US commandant l’opération Enduring Freedom.
  • L’épouse de ce même général (habitant Hawaï), nous adressera deux correspondances à la hauteur de la profondeur des écrits de son mari.  Elle joint  à notre intention un splendide CD de musique classique réalisé par une de ses amies pour apaiser notre peine. Je dois avouer que cette musique a quelque chose d’effectivement « céleste ».
  • Le SACEUR en personne, le général J. JONES, adresse des lettres très fortes à notre famille. 
  • Le 17 avril, frappé par la mort au combat de Loïc, le  général SULLIVAN, ancien CEMA US, écrit un remarquable article de fond : "Pourquoi il faut promouvoir le retour du courage et de l'esprit de sacrifice ».

 

Je lui écris pour le remercier et le féliciter après avoir communiqué le texte à la Ministre de la Défense avec quelques « recommandations » personnelles...

- En Afghanistan, les Américains  inscrivent le nom de Loïc sur le mémorial des Forces Spéciales du  CJSOTF (Etat major combiné des Forces Spéciales sur place) 

- En octobre 2006, je suis informé que le Président des Etats-Unis a décerné à Loïc à titre posthume  et pour acte de bravoure la Bronze Star Médal, with  « V » device for Valor. 

«  C’est lors de la Seconde Guerre mondiale que le Président Franklin Roosevelt approuve la création de la Bronze Star Medal. Cette médaille est décernée aux militaires pour actes de mérite ou d’héroïsme lors de combats contre l’ennemi. La lettre « V» ou « Valeur » signifie que cette décoration est attribuée pour acte de bravoure au combat. Parmi ceux qui ont reçu cette médaille, beaucoup ont trouvé la mort lors des combats qui justifient leur distinction. Le Maître principal Le Page en fait partie. ».

- Le 8 novembre 2006, une cérémonie est organisée par les Américains dans leur ambassade à Paris en présence de hautes autorités civiles et militaires.

Je note que :

- l’ambassadeur en personne a tenu à recevoir ma famille pendant trente minutes avant la cérémonie,

- le SACEUR, le Général JONES, qui devait y assister mais, mis dans l’obligation d’annuler au dernier moment, a écrit deux lettres personnelles dont l’une (remarquable encore une fois) fût lue en publique,

-  le Général  Kearney, commandant des Opérations Spéciales du CENTCOM avait fait tout exprès le déplacement de Tampa en Floride pour remettre lui-même cette décoration à Aude, la femme de Loïc.

Cette cérémonie fût sobre, émouvante, empreinte de recueillement mais le cérémonial fût à la hauteur : précision, rigueur et panache !

L’émotion fût intense quand l’assistance se leva pour écouter le texte de la citation  motivant l’attribution de cette médaille à Loïc (la quatrième plus haute distinction militaire américaine).

 

L’ambassadeur a remis également un drapeau américain à Aude.

Voici un extrait de son propos :

« Il y a seulement trois semaines, les Etats-Unis et la France commémoraient le 225e anniversaire de la victoire de Yorktown, qui a uni, pour toujours, nos deux nations par le courage, la détermination, le sacrifice et la notion de liberté. Chaque fois que ces valeurs ont été remises en question, nous avons fait bloc. Des générations successives de soldats, de marins et d’aviateurs américains et français ont fait honneur à cet héritage le plus précieux et l’ont défendu au péril de leur  vie.
C’est avec reconnaissance que nous nous souvenons que le Maître principal Le Page était à nos côtés dans la lutte contre la menace terroriste et contre la montée de l’intolérance. Nous exprimons toute notre gratitude pour son abnégation aussi totale que celle dont ont fait preuve ceux tombés au combat avant lui, ainsi que pour son entier dévouement à notre cause commune.
En témoignage des sentiments d’admiration du peuple des Etats-Unis d’Amérique envers le Maître principal Le Page, je voudrais remettre à Madame Aude Le Page ce drapeau américain, qui a été hissé et baissé sur l’Ambassade des     Etats-Unis.
Comme l’a écrit un poète américain, « un esprit fin, en voyant le drapeau d’une Nation, ne voit pas seulement le drapeau, mais la Nation elle-même ». Au nom d’une nation reconnaissante, je vous prie de bien vouloir accepter ce drapeau comme symbole de notre gratitude pour les services rendus par votre mari. »

Tout est dit et… de si belle façon ! Nos amis  américains ont été une nouvelle fois « à la hauteur » et je leur en suis infiniment reconnaissant.  J’ai d’ailleurs eu l’occasion de m’exprimer en ce sens à la fin de la cérémonie.

 

La mort d’un soldat sur sa terre natale est sans ambiguïté. Le combat continuera après lui jusqu’à ce que l’ennemi soit repoussé hors des frontières. Mais pour tous les autres, ceux qui se sont fait tuer et continuent à se faire tuer hors de France, au nom de grandes idées, la Paix, la Liberté, la Démocratie, etc.…la notion même de sacrifice est plus difficile à appréhender et à admettre.

 

Le combat n’est en effet jamais fini pour ceux-là puisqu’il ne s’agit pas de défendre un espace géographique mais un ensemble d’idées  et de valeurs qui fondent notre société occidentale et qui doivent donc perdurer.

Renoncer à les défendre alors que nous sommes au milieu du gué me fait penser à l’attitude regrettable de certains pays au moment des accords de Munich en 1938 : la paix à tout prix, même celui de la lâcheté (le retrait récent des contingents espagnol et italien d’Irak me parait aller dans ce sens).

La lutte contre le terrorisme doit se poursuivre et je trouve profondément choquant d’abandonner nos alliés et de faire ainsi bien peu de cas des pertes que nous avons eu à déplorer en Afghanistan depuis le début de notre engagement aux côtés des forces spéciales US. A quoi donc aurait servi le sacrifice de Loïc et de tous ces jeunes hommes ?

 Je termine ces réflexions libres et en cascade, en regrettant (mais je ne suis pas le seul en ce moment) que notre pays ne sache pas célébrer ses héros, comme le font si bien les Américains.

Force est de constater en effet que nous ne savons plus (ou ne voulons plus…) faire la différence entre ceux qui sont mortellement frappés en accomplissant leur devoir - mais sans acte de gloire particulier- et ceux qui tombent en héros les armes à la main, en s’engageant personnellement et en combattant jusqu’au bout.

 

Certes, le sacrifice des uns a la même valeur que celui des autres et il n’est pas question d’attenter au caractère sacré qu’il revêt. Mais ceci n’exclut pas pour autant une différence d’appréciation entre les morts glorieuses et celles qui le sont moins, entre celui qui tombe en risquant sciemment sa vie et celui qui est frappé sans la risquer.

 

         En ce sens on peut regretter que notre système actuel de « reconnaissance » repose essentiellement - de façon très codifiée et lourdement encadrée - sur l’attribution quasi systématique d’ordres nationaux et sur les seules « citations » accompagnant les croix de guerre ou de la valeur militaire, citations dont on sait pertinemment qu’elles reflètent imparfaitement la réalité des faits, tant les louanges qui les accompagnent manquent souvent d’une élémentaire mesure.

 

Ainsi, sont « reconnus » de façon identique, la victime d’un attentat ou d’un bombardement et le soldat qui se dresse sous le feu ennemi pour monter à l’assaut. Et pourtant, il ya bien là une différence fondamentale, car de même que les lois de la physique différencient l’énergie potentielle de l’énergie cinétique, il y a héroïsme s’il ya courage personnel et engagement volontaire.

 

Peut-être devrions nous prendre exemple sur nos amis américains qui eux font bien la différence…et créer une médaille spécifique pour distinguer les héros des autres. Mais cela n’est sans doute pas politiquement admissible et donc pas dans l’air du temps…

La France honore ses « victimes » et se repent. Elle n’a plus le culte du grand et du solennel. On revient sans cesse sur les « atrocités » de notre « affreux » passé colonial, l’esclavage dont nous serions seuls responsables, les guerres de libération et d’indépendance etc. etc.

Les films récents, produits et mis en scène par notre intelligentsia de gauche bien pensante, vont malheureusement tous dans ce sens et conditionnent intellectuellement ceux qui ne demandent déjà qu’à être convaincus et les autres, ceux dont le niveau de connaissances ne prête pas manier l’esprit critique.

Les Américains, même s’ils n’hésitent pas à sortir des films forts qui peuvent leur faire très mal, ne se complaisent pas dans ce genre unique.

Ils savent, mieux que tout autre, célébrer le courage et la bravoure, l’amitié et la camaraderie au combat, la grandeur de l’Amérique et de son peuple !

Ils sont fiers d’être Américains comme je suis fier d’être Français.

 

Réflexions personnelles

Agde 16 novembre 2006

Maurice LE PAGE

Commentaires (4)Add Comment
mes repects les chevaliers....
Ecrit par jean-jacques houiller, décembre 09, 2007
je tenais humblement à honorer la mort de touts nos chevaliers qui meurent loint de notre patrie, et, qui savent par leurs devouement et leurs courages ecrirent les pages de notre histoire. merci.( signé: un soldat)
Réponse à Jen
Ecrit par Secours de France, janvier 11, 2007
Réponse au message de Jen
Si nous sommes d'accord pour dire que ce qui nous rapproche des Américains est plus important que ce qui nous sépare, en revanche, la France existait déjà depuis quelques siècles à la naissance des Etats-Unis et peut être que l'on peut inverser la proposition. Sans la France (Louis XVI, La Fayette, Napoléon Ier et bien d'autres) les Etats-Unis n'existeraient peut être pas ou seraient différents!
Amerique.
Ecrit par Jen, janvier 11, 2007
L'Amerique est notre amie, elle se sait.
Sans elle nous ne serions pas Franais.
l\\\'Amrique et ses soldats
Ecrit par Fradet, décembre 18, 2006
Superbe texte plein de pudeur et d'motion .quelques soient nos diffrences , on ne peut qu'admirer une nation qui a un tel respect de ses soldats , ceux qui d驩fendent la cit .

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