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Mai 2008: le mois des anniversaires Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
22-04-2008

Il y a quarante ans, c’était la révolte estudiantine de mai 1968 : point n’est besoin toutefois de rappeler cette période dont on nous rebat les oreilles de façon régulière.

Mais qui se souvient, en revanche, de mai 1958 ?

Un très beau texte de notre ami Roger Soncarieu!

Il y a cinquante ans en effet, c’était une autre révolte, pacifique celle-là, avec un 13 mai 1958 qui reste l’un des moments forts de l’histoire tourmentée et de la France, et de l’Algérie.

Dans l’Algérie française d’alors, c’était le 13 mai de la fraternisation !

Le 13 mai et les jours qui suivirent virent en effet quelque deux cent mille personnes, Français de souche européenne et Français de souche nord-africaine se rassembler sur le Forum d’Alger, main dans la main, pour manifester leur souhait que la terre d’Algérie reste à jamais française.

Partout en Algérie, les deux communautés, pied-noire et musulmane ont ainsi, pendant plusieurs jours, vibré à l’unisson. Le 13 mai, ce sont des milliers de drapeaux tricolores, la « Marseillaise » et le « Chant des Africains » repris par une foule en délire, des « Vive l’Algérie française » scandés par tout un peuple à l’adresse du pouvoir militaire comme du pouvoir politique.

Que de grandes choses auraient pu alors être faites pour la construction d’un avenir meilleur, et pour la France, et pour l’Algérie ! Le 13 mai, c’était la chance de tout un peuple rassemblé dans un même élan de fraternité.

« Le Comité de salut public du 13 mai 1958, conscient de l’union qui existe entre toutes les communautés vivant sur le sol de l’Algérie, affirme à la face du monde que désormais rien ne pourra entamer cette unité et déclare à l’unanimité que tous les citoyens de cette province sont Français à part entière ». Voilà ce que disait le serment du 13 mai !

On sait maintenant comment finira l’Algérie française : elle ne servit finalement qu’à ramener De Gaulle au pouvoir. Quatre ans plus tard, en effet, le même De Gaulle séparera l’Algérie de la France dans les pires conditions qui soient malgré les promesses faites lors d’un périple triomphant à Alger, à Oran, à Bône ou encore à Mostaganem. Car en Algérie, c’est bel et bien une Algérie française que promet De Gaulle : il en donne sa parole et engage aussi celle de l’armée française et des officiers, des officiers qui, par la suite, préféreront souvent la désobéissance dans l’honneur plutôt que reniement et déshonneur.

« A quelles hécatombes condamnerions-nous ce pays si nous étions assez stupides et assez lâches pour l’abandonner » disait De Gaulle lors d’une conférence de presse, le 23 octobre 1958.

Malgré les objurgations des plus hauts dignitaires de l’armée – et notamment du maréchal Juin –, malgré les objurgations d’un grand nombre d’hommes politiques – dont notamment Jacques Soustelle, Georges Bidault ou encore le bachaga Boualam, vice-président de l’Assemblée nationale – rien ne fera infléchir la politique d’abandon suivie par De Gaulle.

De Gaulle mystifiera ainsi aussi bien les militaires que le peuple d’Algérie, pieds-noirs et musulmans, qui croyaient en la France. Il n’est donc pas de plus grande trahison que celle de celui que certains s’évertuent encore à qualifier d’homme providentiel alors que d’autres voient en lui le plus cruel félon de toute l’Histoire de France.

La signature des accords d’Evian parachèvera l’abandon gaullien : des accords d’Evian que De Gaulle ne sera même pas capable de faire respecter ! Car si, l’Etat français et De Gaulle ont libéré les détenus algériens du FLN qui se trouvaient dans les prisons françaises, ce même Etat français et ce même De Gaulle n’ont pas su faire face à la vague de violences et d’enlèvements qui s’est opérée en Algérie après le 19 mars 1962 : cent cinquante à deux cent mille harkis et leurs familles tués et torturés dans des conditions abominables, plusieurs milliers de pieds-noirs également tués et torturés tandis que d’autres étaient enlevés et jamais rendus à leurs familles, enfin des centaines de militaires français prisonniers, eux non plus, jamais rendus à leurs familles. « Qu’ils se débrouillent avec l’Etat algérien » dira même, cynique, le général De Gaulle.

Ainsi à l’espoir suscité par la fraternisation du 13 mai 1958, à l’espoir suscité par le vote massif exprimé en septembre 1958 pour une France de Dunkerque à Tamanrasset (vote massif exprimé aussi bien par les Français de souche nord-africaine que par les Français de souche européenne), à l’espoir suscité par la mise en oeuvre du plan de Constantine – effort financier sans précédent de la France pour ses départements algériens –, à l’espoir suscité par une guerre gagnée militairement sur le terrain, ainsi à l’espoir de toute la population d’Algérie n’a succédé qu’un immense gâchis avec des milliers de morts inutiles.

Les jeunes générations se doivent de connaître la vérité et ce cinquantième anniversaire est l’occasion de rappeler ce que fut cette période.

Roger Soncarrieu (*)


Roger Soncarrieu, auteur de « Ma vérité sur la guerre d’Algérie » et de « Guerre d’Algérie : j’en ai assez ! » (éditions Dualpha)


 

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