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L'église peut-elle parler d'éthique? |
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12-04-2008 |

Les évêques dans le collimateur du Monde
■ Le Monde soupçonne les évêques de
France de « préparer leur lobbying en vue de la révisions des lois de
bioéthiques ». Une information rédigée en forme de mise en garde.
Pour preuve, le journal cite l’intervention de Mgr Vingt-Trois à
l’ouverture de l’assemblée plénière de la Conférence des évêques de
France, et sa condamnation de la campagne orchestrée « pour faire
passer dans l'opinion le sentiment qu'il y aurait urgence à délivrer
légalement un permis de disposer de sa vie ».
Il est vrai que les évêques ont tapé fort. Le cardinal avait conclu son
discours en rappelant que « la société n'a pas vocation à organiser la
mort : ni celle de l'enfant à naître, ni celle du grand malade en phase
terminale, ni celle des vieillards en fin de vie ». De son côté, Mgr
Pierre d’Ornellas, président du groupe de travail des évêques sur la
bioéthique, avait présenté les travaux du groupe de la manière suivante
: «
Notre groupe de travail a souhaité attirer l’attention des évêques sur
quatre points : premièrement, il nous faut établir un dialogue avec
tous ceux que ces questions intéressent parce que, tout simplement, le
principe de la dignité intangible de la vie humaine est accessible à la
raison humaine.
Deuxièmement, le statut de la loi civile : celle-ci ne peut pas
contredire des valeurs de la démocratie. Or, si des législateurs
autorisent la suppression de la vie, cela veut dire qu’ils ne croient
pas en l’homme et en ses ressources devant la souffrance. [...]
Le troisième point d’attention concerne précisément la souffrance :
celle de la stérilité, du handicap, de la vieillesse, de la maladie
[...]. Car ceux-là se sentent parfois jugés, insultés par le discours
ambiant. [...]
Le dernier point, c’est la recherche, la question étant de savoir
comment aider les chercheurs à être libres et responsables, à vivre
selon la dignité humaine. De fait, la recherche est aujourd’hui le lieu
d’une immense tentation : celle de vouloir percer le mystère. Connaître
le commencement, ce n’est pas maîtriser l’origine. La vulnérabilité et
la limite sont constitutives de la dignité humaine. » Le Monde réagit en citant à l’appui de ses reproches voilés, son confrère La Croix, selon
la tactique habituelle quand il s’agit de critiquer une position
catholique (un point de vue qui ne fait pas l’unanimité au sein de
l’Église, etc.) : « L'opportunité de ces prises de parole est débattue
au sein même du monde catholique. Selon un sondage Ifop réalisé les 6
et 7 mars auprès de 959 personnes, et publié le 22 mars dans La Croix,
65 % des catholiques pratiquants estiment que “les autorités
religieuses ne devraient pas prendre position publiquement sur les
grands enjeux de société”. »
En clair : « Messieurs les évêques, mêlez-vous de ce qui vous regardent
! » Manifestement, ce n’est pas l’intention du président de la
Conférence épiscopale, qui s’estime très concerné. Pour lui, « les
autorités religieuses doivent prendre position publiquement sur les
grands enjeux de société ». Et il défend l’idée que « si les évêques
peuvent aider les parlementaires à une réflexion plus large, dégagée de
la pression ambiante, cela peut faire avancer le bien commun ».
Quelle leçon tirer de ces escarmouches ? Apparemment, la conférence des évêques a choisi la stratégie du dialogue, qualifié par le Monde
de “lobbying”, comme si c’était un péché. La question peut aussi se
poser de savoir s’il suffit d’en rester à ce dialogue ou si l’Église de
France, comme d’autres églises locales, est prête à tenir un discours
prophétique sur la culture de vie avec le soutien des 45 % de
catholiques qui estiment que « les autorités religieuses doivent
prendre position publiquement sur les grands enjeux de société », sans
avoir peur des critiques et même de la persécution. D’autres
épiscopats, comme l’épiscopat italien ou espagnol, se sont engagés dans
cette voie.
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