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31-05-2008

Il est à Paris un Temple de la pensée structurante et démocratique au sens de la fin  du 19ème et début 20ème siècle, mais détrompez vous, il n'est pas situé Place du colonel Fabien dans un arrondissement excentré de la capitale, mais en plein centre.

Il s'agit de l'Hôtel de Ville de Paris!

Les 26 février était organisé un débat sur l'histoire des harkis à la suite de la publication d'un livre sur le sujet de Fatima Benasci-Lancou où, le général Maurice Faivre et quelques représentants de la communauté harkis, ont été réduits au silence par les détenteurs de la vérité historique, Gilles Manceron et Benjamin Stora pour ne citer que les plus connus.

Gilles Manceron et Benjamin Stora, sont des "historiens" qui disent la VERITE et ne supportent aucune contradiction et vont jusqu'à falsifier les faits pour leur faire dire l'HISTOIRE.

 En ces temps où, 45 ans après, il semble que les choses se décantent et que le travail des analystes sérieux permet de mesurer et relativiser les actes des uns et des autres, au moment où nous aurions besoin de faire la paix des deux côtés de la méditerranée et regarder les évènements avec hauteur, nos révolutionnaires jettent leurs derniers feux et se répandent partout pour dicter aux générations qui n'ont pas connues cette époque ce qu'il convient de penser.

Le 26 mai, le thème du "débat" était: "Algérie 1962: de quoi les Pieds-noirs ont-ils eu peur?" Y avait-il des Pieds-Noirs dans la salle? Ont-ils été conviés? Ont-ils eu droit à la parole?

Lire ci-après le compte-rendu des débats de la séance par Jean-Pierre Lledo, réalisateur d'un film remarquable à voir et revoir: "Algérie, histoires à ne pas dire" dont nous avons fait une critique sur ce site il y a de cela quelques semaines.


Jean-Pierre LLEDO

A propos du Débat (difficile)
du lundi 26 mai 2008 à 19h
Organisé à la Mairie de Paris par la Ligue des droits de l’Homme,
la Section de Paris des Amis du Monde diplomatique
et présidé par Georges Morin, pdt de l’Association Coup de soleil
A l’occasion de la parution dans Le Monde diplomatique de mai 2008
du reportage de Pierre Daum et de Aurel :
« Sans valise ni cercueil, les Pieds-noirs restés en Algérie »
et après la sortie du film de Jean-Pierre Lledo,
« Algérie, histoires à ne pas dire »
avec
Pierre Daum, Mohammed Harbi, Jean-Pierre Lledo, Gilles Manceron et
Benjamin Stora,

Malgré l’importance de la question, le débat n’a pu, comme je le craignais,
avoir vraiment lieu.
Les historiens invités partageaient une même vision de cette partie de
l’histoire franco-algérienne. Or pour qu’il y ait débat, il faut des avis
divergents, voire opposés.
Les Pieds-Noirs présents dans la salle, lorsqu’ils prirent la parole, furent
souvent interrompus - bien qu’ils fussent le sujet même de la rencontre ! -
par le président « modérateur », lequel ne fut par contre aucunement
perturbé par des logorrhées démagogiques pourtant hors sujet.
Partialité à la tribune, partialité dans la salle, les conditions étaient créées
pour que la sérénité soit exclue du débat. Au lieu d’écouter
respectueusement les témoins, et d’essayer de réfléchir ensemble, on eut
donc droit à des affirmations, des parti-pris idéologiques et des envolées
coulées dans des effets oratoires régulièrement salués. Mais en
confondant histoire et idéologie, les invitants n’avaient-ils pas ouvert la
voie à ces dérapages ?
Ayant dans un premier temps refusé d’y participer, j’étais revenu sur ma
décision contre l’assurance de bénéficier d’un temps suffisant pour
exprimer de la tribune ma différence. Ce contrat n’a pas été respecté.
Je tiens aussi à m’élever contre la préparation non-démocratique de cette
rencontre, à laquelle je n’ai pas été associé, et dont je n’ai connu le
déroulement prévu que le jour même, dans un mail de Coup de Soleil qui
insistait par ailleurs lourdement sur le fait que des « menaces » pèseraient
sur la rencontre. Mail largement diffusé aux adhérents, comme un appel
aux troupes pour défendre la citadelle qui allait être prise d’assaut, ce qui
n’a pas peu contribué à alourdir l’atmosphère avant même le début d’une
rencontre « publique » mais où pour y participer, il fallait préciser par mail
si l’on appartenait « à une Association ».

Il reste, il est vrai, que la question-taboue dans les milieux
algérien et de la gauche française « De quoi les Pieds Noirs ont-ils
eu peur en 1962 ? » est ainsi pour la première fois un sujet mis
(difficilement) en débat en leur sein (à Paris).
Et peut-être est-cela le plus important, comme me le font
remarquer beaucoup d’autres participants ?

Ci-après un compte rendu non-exhaustif, sélectif, subjectif, à chaud.
L’in-extenso, objectif, du débat filmé sera visible sur le site du Manifeste des Libertés.
J’y ajouterai en italique les commentaires que j’aurais bien aimé faire.

TRIBUNE
Georges Morin
Il présente la soirée, les intervenants, les règles du débat, et invite au
respect.
Il donnera la parole en priorité aux auteurs de l’article et du film, qui ont
fait « des enquêtes ».

Donner le même statut à un article de 2 pages, fondé sur moins d’une
dizaine de témoignages, réalisés en quelques semaines et à un film qui
nécessita un an de préparation et 10 mois de tournage, me semble osé.

Pierre Daum
Il nous explique qu’après avoir accompagné un groupe de Pieds-Noirs
revenant en Algérie, il eut une illumination : tous les P-N n’étaient pas
partis, en 1962 ; il en était resté 200 000, et par conséquent « ceux qui
étaient partis avaient dû avoir quelque chose à se reprocher ». Son
papier serait aussi le fruit « de longues recherches », pendant lesquelles il
prit aussi connaissance d’un film, dont il ne sut nous donner ni le titre ni le
nom du réalisateur.

Jean-Pierre Lledo
J’ai l’intention de commencer par dire ce que je pense de l’article de P.D.,
mais Georges Morin m’en empêche : je dois dans un premier temps ne
parler que de mon film. Ce que je fais, tout en signalant - Morin n’ayant
pas cru nécessaire de le faire - qu’il était toujours interdit de projection en
Algérie. Et que suite à cela, les autorités algériennes, malgré leur pression,
n’ayant pu susciter dans la presse que très peu « d’attaques », allaient
chercher des appuis notamment de Français : l’historien J-L Planche, très
proche de l’histoire officielle en ce qui concerne les événements de 45,
venait en effet de me dire juste avant la rencontre qu’il avait envoyé à
Alger un avis « très méchant » sur le film à « un ami membre du FLN », et
que ce dernier sans lui demander son avis l’avait fait publier dans un
hebdo arabophone !
J’informai aussi le public, que P.D, m’avait contacté en Novembre, que je
lui avais remis de nombreux contacts de P-N « restés », et même, après
son insistance, un DVD du film bien avant sa sortie. Je dis aussi mon
étonnement qu’il n’en ait fait aucunement mention, alors que mon film
pourrait se résumer précisément par le thème du débat : « de quoi
avaient eu peur les P-N ? », (sauf que ce sont des Algériens d’origine
berbéro-arabo-musulmans qui répondent), et que mon film fut une
seconde fois interdit de projection alors qu’il se trouvait en Algérie.
J’expliquai aussi mes 2 réserves quant à cette rencontre :
- La LDH Toulon venait de censurer ma réponse à une attaque de
Brahim Senouci (soulignant qu’en Algérie mes droits de réponse ont
toujours été jusque-là publiés.)
- des historiens ayant travaillé sur l’exode et ses raisons en avaient
été exclus.
Je signalai enfin que le film cité par P.D, d’Asselmeyer, un réalisateur
français, s’intitulait « Ils ont choisi l’Algérie » et donnait la parole à des
P-N qui s’étaient engagés dans la lutte pour l’indépendance. J’informai
aussi que ce film produit par le Ministère de la Culture fut présenté le jour
de la Première, dans une version doublée en langue arabe, tous les
personnages ayant parlé en français, sans que le réalisateur en soit averti.
Et qu’à la sortie, le réalisateur fut accosté par une personnalité :
- Votre film est excellent. J’espère que dans le suivant, vous parlerez
des Algériens.

Sans commentaire !

Historiens

Gilles Manceron.
Il prend la défense de LDH Toulon.
Il aurait bien invité JJ Jordi si je le lui avais demandé.
Il trouve « intéressant » l’article de P.D. Mais ajoute que dans les années
70, il y eut des départs de P.N suite « à des déceptions ». Quant à mon
film : « il s’en prend avec talent à des tabous de l’histoire officielle »,
mais :

- On ne peut en conclure comme Lledo à une volonté d’épuration
ethnique de la part du FLN pour expliquer le départ des P-N. Ce
courant était minoritaire, comme l’a dit Harbi

- L’OAS a joué aussi un rôle

- On ne peut faire l’histoire de l’Algérie avec ce film. La Calère d’Oran
n’est pas représentative de toute l’Algérie

- L’art ne fonctionne pas avec du globalisant, mais avec de la
métonymie. Je n’ai jamais eu l’intention de faire de « l’histoire ».
Mon film est sur la Mémoire, un domaine bien spécifique de
l’histoire, de plus par le biais d’une structure narrative proche de la
démarche romanesque. Rien à voir avec la méthode compilatrice
utilisée par Stora, par ex. dans « Années Algériennes ».

- Les personnages nous font pénétrer dans la grande histoire par le
biais de faits de guerre qui mettent en oeuvre, 4 fois de suite, autour
de dâtes marquantes de la guerre, une logique ethnique. On y tue
du « gaouri » ou du « Ihoudi ». Ce n’est pas moi qui l’affirme. Mais
des Algériens d’origine berbéro-arabo-musulmane ! Pas une, pas
deux, pas trois, mais une bonne douzaine de personnes ! « Les
partisans du nettoyage ethnique étaient minoritaires, comme l’a
affirmé Harbi ? Je veux bien. Mais qu’on me laisse constater que
c’est ce courant qui s’est imposé, tout au long de la guerre puis
après l’indépendance.

- Qui nierait que l’OAS a joué aussi un rôle dans l’exode ?! Encore
qu’il faudrait ajouter que l’OAS, a aussi tenté dans un premier temps
d’empêcher l’exode des Européens paniqués, allant même jusqu’à
tuer pour en freiner le flux. En vain. Constatons juste que le
terrorisme du FLN à balles, à bombes et à kidnapping contre des
civils, a commencé avant son existence et après sa disparition.

- Manceron n’a qu’à faire son enquête et il verra comment dans tous
les endroits où ont habité de simples P-N, les souvenirs sont positifs.
En présentant mon film dans différents pays du monde, j’ai
rencontré des Algériens et tous m’ont cité de tels souvenirs, même
dans le Sud des Aurès. Faut pas confondre le vécu des gens, avec
l’analyse du système.

Georges Morin, président de séance.
Il ironise : « Y a tellement d’Arabes qui sont partis après 62, on n’allait pas
demander aux Pieds-Noirs d’être plus patriotes ! »

Benjamin Stora
A chaque fois que quelqu’un fait quelque chose sur l’Algérie, il a
l’impression de casser des tabous. Alors que des tonnes de choses ont été
écrites. Et notamment sur la violence.
Il se met alors à énumérer longuement toute une historiographie, (dans
laquelle il figure en bonne place), qui m’oblige à demander à Morin puis
directement, si ce n’est pas hors sujet…

film J-P.L :
- il est tombé dans le défaut majeur des novices : l’anachronisme,
lequel en expliquant le passé par le présent, nous ramènerait à faire
une anthropologie de la sauvagerie…
- Et Stora de nous faire la leçon : en histoire, il n’y a pas que des
continuités, mais aussi des ruptures…. Il aurait donc pu y avoir
d’autres histoires possibles… Car si ca se répète, c’est qu’il n’y a pas
d’histoire… mais un intemporalité archaïque.

article P.D :
Stora n’en dit rien de précis (parce qu’il y est cité comme « meilleur
historien » ?).
Par contre, il poursuit sans doute à propos de mon film :
- il faut mettre fin aux guerres de mémoires, arrêter de jeter de l’huile
sur le feu et arriver à des compromis mémoriels. Il appelle les
historiens pro « Algérie française » à nous expliquer le sens de ce
combat.

Si tout a été dit sur l’Algérie, notamment par Stora lui-même, si rien de
nouveau ne peut donc être dit, là où il est passé, si donc mon film ne fait
qu’enfoncer des portes que lui a déjà ouvertes depuis longtemps, alors
Stora peut-il nous expliquer pourquoi ses livres se vendent à
Alger, tandis que mon film, lui, est interdit ?

Ne devrait-il pas réfléchir aux propos de son aîné Marrou qu’un autre de
ses aînés Vidal Naquet aimait répéter : on ne peut plus parler de la
résistance aujourd’hui (années 50) comme on en a parlé juste après ?

L’histoire se renouvelle-t-elle uniquement avec la découverte de nouvelles
archives ? Ou aussi grâce à de nouveaux questionnements qui sont
presque toujours liés à l’actualité ? Notre historien ne devrait il pas savoir
que le temps humain est un temps télescopé, et qu’il ne vit le passé qu’au
travers de son présent, lequel ne fait jamais que raviver les traumas
refoulés ?

Et si les causes de l’armée française et de l’ALN sont certes opposées, que
faire si la torture de Massu ressemble à s’y tromper à celle d’Amirouche ?

Et si les causes de l’ALN et du GIA ne sont pas identiques, quelle
différence y-a-t-il pour le catholique et le juif d’hier ou le musulman
d’aujourd’hui, tous trois pareillement étêtés ? La bombe qui arrache le
bras d’une petite algéroise arabe en 1995, serait-elle différente d’une
bombe qui arrache le bras d’une petite algéroise pied-noire en 1956 ? Et si
les causes des gouvernements français et algérien sont certainement
inassimilables, que faire si les mêmes lieux de torture resserviront après
l’indépendance, un tortionnaire de la Sécurité militaire bien connu en
Algérie, dit le Rouget, allant même jusqu’à dire : « Si Alleg nous
tombait entre les mains, nous, on saurait le faire parler ! » ?

Un historien doit-il tenir compte des faits gênants, et inventer de nouvelles
catégories pour les comprendre, ou les faits doivent-ils être aseptisés afin
d’entrer dans ses anciennes catégories ?

Oui, bien sûr, toutes les histoires sont possibles, et personne n’en connait
à l’avance la fin, sauf qu’il y en a une qui s’impose ! Et que c’est celle-là
qu’il faut prendre en compte.

Il n’y a de guerres de mémoire qu’entre les partis, officiels, états. J’ai
constaté au contraire que sur des événements tragiques où le sang a
coulé, il y avait au contraire concordance de mémoires entre les
simples gens qu’ils soient P-N ou berbéro-arabo-musulmans!

Est-ce le boulot des historiens « d’éteindre le feu »… et celui des
pompiers de chercher la vérité ? Pour éteindre le feu, en tous cas moi je
préfèrerai un vrai pompier. Et pour la vérité historique, un historien digne
de ce nom.

Stora se défend de faire de l’histoire idéologique, ce serait l’insulter. Mais
ne se contredit-il pas alors en demandant à un historien pro-OAS de faire
l’histoire de cet engagement ?!!!

Mohamed Harbi
Il n’intervient ni sur l’article de P.D, ni sur le thème de la soirée, ni
directement sur le film auquel il réaffirme son soutien (il s’en était
longuement expliqué dans le débat filmé du 14 Mars, cf site du film :
http://algeriehistoiresanepasdire.com)

Par contre, avant de se déclarer en accord avec Stora sur les travers du
finalisme en histoire, et le danger pour les cinéastes de ne pas tenir
compte de cela, il développe une série de considérations qui visent à
expliquer la violence de l’ALN :

- c’est le colonialisme qui a empêché un développement pacifique de
la lutte
- les initiateurs de la lutte armée avaient peur de l’échec

- la répression a laminé les élites politiques, ouvrières et
estudiantines.

- Le FLN était plus une conjonction de forces diverses, qu’un
ensemble cohérent

- Le courant d’épuration ethnique a été minoritaire

Le colonialisme aurait empêché un développement pacifique de la lutte
anticoloniale ? Je crois que c’est exactement l’inverse. C’est le
colonialisme qui produit un mouvement et une pensée que l’on appelle le
nationalisme. Je ne sais si une étude quantitative du mouvement national
a été faite mais sans risque de me tromper, je peux affirmer que durant
les 50 premières années, ce mouvement n’a fait que croître (nombre
de partis, militants, journaux, reunions, meetings, actions,
syndicalisations, etc… ). Ce qui a arrêté cette croissance, c’est
précisément la guerre ! Et la conséquence : la fin du pluralisme. Et le
putsch contre toutes les autres forces politiques, acte fondateur du FLN,
deviendra vite la « tradition » des nouvelles élites.

Le colonialisme aurait généré la lutte armée, nécessairement ?
Comment expliquer alors que d’autres formes de résistance ont aussi été
générées ? Ne faudrait-il pas dire que cette résistance au système colonial
a généré diverses pensées politiques, dont une a été le nationalisme
plus ou moins « radical » ?

La lutte armée n’a-t-elle pas aussi été une manière de dépasser la crise
politique du MTLD, comme nous l’ont expliqué ses initiateurs ?Mais
depuis quand les armes ont-elles permis de mieux penser et de trouver
de nouveaux concepts politiques aptes à faire sortir d’une crise
politique ? Les initiateurs de cette fuite en avant n’en ont-ils pas été les
premières victimes (ce que l’on appelle chez nous, la victoire du militaire
sur le politique).

Peut-on expliquer le recours à la violence ethnique par le fait de la
montée des élites rurales prenant la place des élites citadines plus
politisées ? La violence ethnique est-elle une explosion de violence
spontanée populaire ou l’expression d’une pensée ethnique, laquelle
est élaborée par des intellectuels ? Reda Malek, Ben Khedda, Ben Tobbal
étaient-ils des ruraux illettrés ? N’ont-ils pas dit dans l’ordre :
« L’Algérie n’est pas un manteau d’arlequin » (R. Malek ds une
réunion d’étudiants avant la guerre)…
« Heureusement, le caractère sacré arabo-musulman de la
nation algérienne était sauvegardé. » (R.M - « Accords d’Evian » -
Le Seuil, 1990) :

« En refusant notamment la nationalité algérienne automatique
pour un million d’Européens, nous avions prévenu le danger
d’une Algérie bicéphale » - (« La fin de la guerre d’Algérie », Casbah
Ed. 1998 - Ben Khedda, qui fut président du GPRA)

« Ces textes sont purement tactiques. Il n’est pas question
qu’après l’indépendance, des Juifs ou des Européens soient
membres d’un gouvernement algérien. » (Ben Tobbal, grand
dirigeant de la Révolution algérienne, s’adressant en 1961 à des
militants du FLN au Maroc, mécontents des Appels du FLN et du GPRA,
invitant les Juifs et les Européens à se considérer Algériens et à rester
dans leur patrie.

- Archives du FLN par M. Harbi)
Cette constance à refuser d’entrevoir théoriquement et pratiquement la
possibilité d’une Algérie multiethnique, est-ce en raison de la montée en
puissance des ruraux, ou le péché congénital de toute pensée
nationaliste qui se fonde sur des critères ethniques, lesquels ne peuvent
mener qu’à une seule stratégie et tactique, celle de l’épuration ? Dans le
cas algérien, l’Algérie qui avait été « arabo-musulmane » avant la
colonisation devait le redevenir après. La nouvelle géographie humaine ?
Une population « coloniale » à éradiquer !

                            DEBAT avec PUBLIC.

En prenant dès le début le parti d’interrompre brutalement notamment 3
intervenants, très divers, Morin, ne contribue pas à ce qu’un débat serein
s’instaure :

Maurice Faivre, ex-général qui pourtant n’avait tenté que d’énoncer
quelques chiffres, contredisant notamment celui de 200 000 présents en
62. Selon le Comité des Affaires algériennes, il restait en Algérie en
Septembre 62, 100 000 personnes dont 50% n’étaient pas P-N. Ceux qui
arrivent à obtenir la feuille de données dont la diffusion est aussi
interrompue pourront connaitre son point de vue.

Dominique Cabrera, cinéaste P-N dont les parents ont quitté l’Algérie en
62, la première à avoir réalisé un film sur les P-N restés (« Rester là-bas »).
Elle signale elle aussi que P.D a pris contact avec elle. Il se gardera
d’évoquer ce film. Forcément puisqu’il censure notamment le récit d’un de
leurs témoins communs.

Fanny Colonna, prof de sociologie, algérienne, engagée dans la lutte
pour l’indépendance, et ayant vécu en Algérie jusqu’en 93, raconte
notamment comment au moment de l’indépendance, les maisons ont été
investies par des moudjahidine fracassant les portes, y compris chez elle.
« Pourquoi ne dites-vous mot de l’endroit où se trouvent les enfants des
témoins « restés » ? L’Algérie comme maison de retraite, était-ce l’horizon
pour les P-N ? » s’exclame-t-elle ! Enfin elle demande à P.D, pourquoi cet
article subitement, ce qui l’a motivé….

D’autres P-N arriveront quand même à faire entendre leurs voix, Mr
Shapira, Mr Spina, Mme Ferrandis, Mr Ayache, et à énumérer les
raisons du départ de leurs familles : nombreuses, diverses, mais toutes
résumées par la Peur. Une peur objectivement fondée : le beau-père de Mr
Bonnier, viticulteur de Bel Abbes, estimé par ses ouvriers, et voisins est
égorgé chez lui, fin Juin 62, par, dit-on, des gens d’ailleurs… et non par
racisme congénital comme le disait avec le concours de la « chercheuse »

Branco, l’article de P.Daum. Peurs auxquels il faut ajouter diverses
tracasseries et autres harcèlements administratifs visant à décourager de
rester.

Il faudra que plusieurs personnes lui demandent pourquoi ses parents sont
partis, pour qu’agacé Stora, juif constantinois, veuille bien daigner
répondre :

- J’étais petit et j’ai suivi mes parents. Mes parents sont partis parce
qu’ils aimaient la France et comme la France est partie, ils sont
partis avec elle ! tente-t-il d’ironiser.

Mr Spina, constantinois aussi, plus âgé, lui rappelle alors que sa famille
est partie après l’assassinat de Cheïkh Raymond, ce qui a le don de le
faire sortir de ses gonds.

« D’où tu connais mon histoire ?! » s’écrit hargneusement en quittant la
salle, l’historien qui quelques instants plus tôt appelait à la pacification des
mémoires.

Et si, puisque de ce pas il nous quitta, on allait voir dans un de ses
derniers livres « Les trois exils » ?

« L’heure terrible du choix arriva dans l’année 61. L’assassinat de
Cheïkh Raymond fut ressenti très douloureusement par toute la
communauté juive d’Algérie. En 61, les violentes manifestations du
FLN dans les villes à forte majorité juive soulevèrent un vent de
panique. En quelques semaines, les communautés juives et
chrétiennes se vidèrent comme par enchantement. » (page 135. Les
Trois Exils).

Cet « enchantement » est ainsi vécu par sa propre mère : « Raymond a
été assassiné en 1961. On l’a tué dans un marché, à Constantine. Tout le
monde a été horrifié. ». (page 159, idem).

Les parents de Stora sont-ils donc partis parce qu’ils « aimaient la
France » ou bien à cause de ces mots, qui n’étaient pas que des mots
« Horrifié… panique… heure terrible du choix… se vidèrent… » ? Et ceci
avant même que ne se manifeste l’OAS.

Et c’est d’ailleurs, avec son autorisation, que nous irons chercher dans un
autre passage de ce même livre (page 139) la réponse à Maître Gonon
qui à 2 reprises posa avec véhémence la rhétorique question : « Et l’OAS
n’a-t-elle pas été la responsable du départ ?! ».

« Dans les premiers mois de l’année 56, les agressions se multiplient, le
samedi de préférence : contre le rabbin de Batna, en mai 56 ; contre les
cafés juifs de Constantine, et en Juin 56, contre la synagogue
d’Orléansville qui est incendiée. En Novembre de la même année, une
bombe placée dans la maison d’Isaac Aziza, rabbin de Nédroma, le tue
ainsi que plusieurs membres de sa famille. ».
Liste concernant uniquement nos « frères juifs indigènes », non
exhaustive, et seulement pour les premiers mois de l’année 56, soit 5
années avant la création de l’OAS.

Boualem Makouf, ex-responsable de la JFLN après l’indépendance, et
opposant au coup d’Etat de Boumediene, apparemment ulcéré par
l’intervention de Fanny Colonna disant comment enceinte elle dut
affronter des moudjahidine en armes qui s’étaient installés chez elle, se
lance avec beaucoup de pathétique dans une longue description des
tortures que d’autres patriotes algériens que lui subirent dans des bagnes.

Agacé dans un premier temps que le président de séance ne lui fasse pas
remarquer qu’il était hors sujet, il m’a bien fallu me rendre à l’évidence. Il
y avait bien pour l’orateur, un lien de cause à effet entre les exactions
commis par l’armée française, et celles de l’ALN contre les Pieds Noirs.

Makouf, comme pour beaucoup d’autres, doit ignorer la remarque de bon
sens de Camus : « Une grande, une éclatante réparation doit être faite,
selon moi, au peuple arabe. Mais par la France tout entière et non
avec le sang des Français d’Algérie » (« La bonne conscience »,
l’Express, 21 Oct 55).

Comme il semble aussi ignorer, malgré « La Question » d’Alleg, que le
pathos ne fait que diminuer l’horreur de la torture. Même quand il s’agit
de décrire celle des autres.

Le coup de grâce à la thèse de Pierre Daum (qui n’en pouvait,
mais… ) selon laquelle n’étaient restés que ceux qui n’avaient rien à se
reprocher, viendra, (involontairement ?), de Mohamed Harbi, lorsque
répondant finalement à la question du débat, il souligne en conclusion
que « l’ex-Maire de Skikda qui se rendit coupable de crimes de sang en
Août 1955 » reviendra tranquillement s’installer à Skikda pour ….. faire
des affaires….. avec d’anciens moudjahidine………

Comment ne pas terminer enfin avec le vibrant et pathétique appel qu’une
militante de la cause féminine, Sanhadja Akrouf, crut devoir lancer « à
ses frères pieds-noirs».

Me tournant le dos sans doute pour que je ne me sente pas gêné, elle
appela donc « ses frères pieds-noirs qui, hier encore de notre côté… »,
mais si profondément traumatisés par la violence de l’islamisme qui s’était
abattu sur notre pays, poussés eux-mêmes à l’exil, ne feraient plus la
différence entre la violence (sacrée) hier de l’ALN et celle (honnie)
aujourd’hui du GIA, et en conséquence de quoi étant donc aujourd’hui « …
passés à l’ennemi »… elle les appelait du fond du coeur à se ressaisir, et
leur tendait même la main pour les sortir de cette mauvaise passe.

Heureux malgré tout que nos combats passés pour les droits de l’homme
aient laissé quelques traces de charité, et tout en te remerciant pour ta
grandeur d’âme, permets moi Sanhadja de te confier deux ou trois choses.

L’ennemi pour moi, c’est ce territoire où la pensée n’a jamais besoin
d’autorisation.

Après tant d’années passées loin des poseurs de bombes, et autres amis
gardiens de temple, ose donc aussi passer à l’ennemi, et va là où se poser
quelques questions dérangeantes, vaut toujours mieux que rester
prisonnier de ses vieilles certitudes, surtout quand on est déjà une très,
très, très grande fille…

Vouloir sauver les autres, n’implique-t-il pas d’abord de se sauver soimême
?

PS.

Jacky Malléa,
est venu de Perpignan pour annoncer la création d’une
Association des pieds noirs progressistes et de leurs amis (PNPA). Il
précise qu’elle sera « solidaire du peuple algérien ».

Moi, je croyais qu’un « Pied-noir progressiste » c’était quelqu’un qui se

considérait « algérien » et qu’à ce titre, un de ses premiers devoirs serait
de réclamer son droit à la Nationalité dont il a été exclu depuis l’adoption
en 1963 du Code de la Nationalité, qu’en France, l’on qualifierait
« d’extrême-droite », puisqu’il y était stipulé que pour être
automatiquement algérien, il fallait avoir des ascendants…
« musulmans » !

Mais pas un mot du problème dans la déclaration d’intention.
Malléa a dit que cette Assoc serait « solidaire du peuple algérien ». De
quel peuple s’agit-il ? Celui de Tahar Djaout assassiné par le GIA ? Ou celui
d’Ali Benhadj qui l’ordonna ? Celui qui sauva des Européens le 20 Août 55
et le 5 Juillet 62 à Oran ou celui qui les arrosa d’essence, comme il le fit
aussi des harkis et leurs familles ?

Un de ceux qui appelle à la constitution de cette Association, est Jean
Philippe Ould Aoudia, le fils d’un des enseignants assassinés à Alger,
aux côtés notamment de Max Marchand et de Mouloud Feraoun, par le
Chef des commandos Deltas de l’OAS, 3 jours avant les Accords d’Evian.

Cette abomination à l’endroit du père autoriserait-t-elle le fils à devenir
censeur, et même à se déclarer fier de l’être, lorsqu’à la sortie, je
protestai vivement que le site LDH Toulon dont il est un des animateurs,
ait censuré ma réponse à Brahim Senouci ?

Paris 28 Mai 2008
Jean-Pierre Lledo

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