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Le journaliste Jean Mauriac nous fait découvrir un Charles De Gaulle gentil et un François Mauriac gai.
Qui l'eut cru en son temps?
Les morts ont plusieurs vies.
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De Gaulle-Mauriac: Jean Mauriac se souvient de ses grands hommes
Il y a 5 jours
PARIS (AFP) — Le journaliste Jean Mauriac a côtoyé deux grandes figures du XXè siècle: son père, l'écrivain François Mauriac, et le général de Gaulle, qu'il a suivi pendant 26 ans pour le compte de l'AFP.
Il livre dans "Le Général et le journaliste" (Fayard) des portraits passionnels des deux, entre confidences intimes et saga gaullienne.
"En tant que journaliste, j'ai toujours détesté la langue de bois. Ce livre n'avait d'intérêt que de dire la vérité", souligne-t-il, mémoire vive et cheveux d'argent, dans un entretien à l'AFP.
Son père d'abord, qu'il appelle toujours "François Mauriac" (1885-1970). Froid, distant, indifférent. "Ca me rendrait malade de le traiter injustement", mais "au fond je n'ai pas eu véritablement de père", écrit-il.
Un sujet "inquiétait les biographes" du prix Nobel de littérature 1952, peintre de la bourgeoisie catholique provinciale : "J'ai 84 ans, dit-il. J'avais l'occasion de faire le point sur l'homosexualité de François Mauriac. Il est certain qu'il a eu des tendances homosexuelles, mais c'était son coeur. C'était une passion pour certains de ses amis hommes. Je ne pense pas que mon père ait eu des relations sexuelles avec des hommes. J'en suis certain".
Le fils conserve une "admiration absolue" pour le style et les engagements de son père : "Il a toujours été du bon côté, contre le fascisme, contre Hitler, Résistant pendant la guerre, un des premiers intellectuels français pour l'indépendance de l'Algérie..."
En 1944, Jean Mauriac entre à l'AFP, qui succède à l'agence Havas, et rencontre De Gaulle, l'autre grand homme de sa vie.
Plus gaulliste que son père, il suivra le Général comme "correspondant politique" jusqu'à sa mort, en novembre 1970. "Il m'aimait bien, parce que j'étais le fils d'un écrivain qu'il admirait", reconnaît-il.
Pendant 26 ans, il tente de concilier son honnêteté journalistique et son admiration pour De Gaulle. Il raconte dans son livre comment le Général, revenu au pouvoir, lui réserve des "confidences explosives" sur des dossiers cruciaux, alors qu'il martèle le contraire en tribune.
En 1958, il lui révèle qu'il ne croit pas à la "Communauté" de l'Afrique francophone, sorte de Commonwealth à la française qu'il est en train de bâtir. "Il me dit : +Cette Communauté c'est de la foutaise+", raconte Mauriac.
Et dès le mois d'août 1959, il lui confie à propos de l'Algérie : "Ecoutez-moi, Mauriac, et n'allez pas déflorer ce que je vais vous dire (...) Voilà ce que je leur propose : je leur donne l'indépendance, s'ils la veulent".
"Pourquoi m'a-t-il dit ça ? Mystère", s'exclame Mauriac qui n'a jamais osé le lui demander, parce qu'"on ne posait pas de questions à De Gaulle".
Fasciné par le style de l'un, la stature de l'autre, il les débusque dans leur quotidien, loin des images figées et des poncifs.
François Mauriac était "drôle, gai", derrière son visage austère : "Il adorait la vie de manière inimaginable. Je n'ai jamais connu un homme plus gourmand que François Mauriac". Et De Gaulle, l'homme du 18 Juin, était "la gentillesse même, l'indulgence même, comme tout les gens qui rudoyent".
Mauriac gai. De Gaulle gentil. A découvrir sous la plume de Jean Mauriac.
("Le Général et le journaliste" de Jean Mauriac - Conversation avec Jean-Luc Barré - Fayard - 304 p. - 20 euros)
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