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Charlton Heston est mort! |
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12-04-2008 |

Charlton Heston, la mort d’un acteur conservateur et chrétien
Nicolas Bonnal
Le grand Charton Heston est mort et nous ne pouvons que le pleurer.
Avec sa haute taille, ses mâchoires d’acier, son regard bleu et sa voix
résonnante, il nous a fait entrer plus qu’aucun autre dans la magie de
la Bible et du christianisme, que ce soit dans les Dix Commandements, où il incarnait le Moïse le plus convaincant de l’histoire, ou bien sûr dans Ben Hur,
le chef d’œuvre de William Wyler, dix fois couronné aux oscars. Je me
rappelle enfant ce film-fleuve, de près de quatre heures, qui nous
transporte de cirques romains en galères, de Rome en Judée, de palais
en léproseries, de miracles en émerveillements.
Heston fut aussi la star du remarquable et oublié Cid,
d’Anthony Mann qui raconte avec objectivité la lutte et aussi l’amitié
des musulmans et des chrétiens au cours des siècles troublés de la
Reconquista de la péninsule ibérique. Ce film serait sans doute comme
beaucoup d’autres classiques (je pense à l’inoubliable Prisonnière du désert) impossible à tourner aujourd’hui. Pour des raisons politiquement correctes.
La passion biblique et chrétienne de Charlton Heston lui a valu dès le
début beaucoup d’ennemis. Pourtant, comme toutes les très grandes stars
traditionnelles, aux antipodes des peluches idiot-visuelles
d’aujourd’hui, il a été capable de se remettre en question dans les
années 60. Et il est devenu le père des films apocalyptiques et
d’anticipation rationnelle (car il y a beaucoup de films d’anticipation
irrationnelle) : ainsi il fut la star de la Planète des Singes,
où l’on voit l’humanité réduite à l’esclavage et sa dimension
néo-reptilienne, liée au développement épuisant des médias et de la
société de consommation.
En 1973, il est aussi un éveilleur dans Soleil Vert
(“Soylent green”) qui nous décrit avec froideur un monde d’épouvante
dont nous nous rapprochons vraiment cette fois avec cette
mondialisation dévoreuse du monde : dans une société contrôlée par des
oligarques mondialisés, soumise à une crise frumentaire gravissime (que
l’on pense à nos prix fous du blé, du soja, des matières premières qui
affament les pauvres du tiers-monde et angoissent les classes moyennes
des pays dits développés), se développe le cannibalisme sophistiqué du Soylent.
On dévore les petits vieux recyclés ou les prisonniers (la Chine
olympique livre en pièces détachées les corps des milliers de condamnés
à mort de son système stalino-libéral pour une consommation interne ou
extérieure) après leur avoir montré sur écran, comme aujourd’hui sur le
câble, les merveilles à disparaître de la terre, glaciers, plages de
sable fin et autres forêts originaires remplacées par des pins ou des
eucalyptus… ou par de l’urbanisation folle.
Charlton Heston n’était pas fier d’un film que j’apprécie beaucoup : l’Appel de la forêt,
adapté de Jack London, qui est un hymne à la vraie rébellion et au
refuge forestier, dont Jünger était le dernier prophète (le premier
étant saint Bernard de Clairvaux). Enfin, pour un acteur qui passait
pour une star hollywoodienne type, il avait incarné un technocrate
mexicain dans la Soif du Mal du grand Orson Welles, sans doute le film le plus fou de son auteur.
La fin de sa vie fut consacrée à la célébration de sa foi et de ses
idéaux conservateurs. Il participait aux programmes chrétiens de
télévision et bien sûr présidait la National Rifle Association, qui
défendit corps et âme le port d’armes. Lorsqu’on le défiait sur les
massacres des collèges américains, il accusait non pas les armes mais
l’éducation et même les vêtements aberrants des enfants. Toute cette
culture de la mort qui n’a pas besoin de winchester ou de colt pour se
donner libre cours.
Le très médiocre George Clooney, à qui l’on ne devra pas un seul grand film, mais seulement des suites du pitoyable Ocean’s eleven
(le film culte de l’économie casino des années 2000), star people de
gauche qui vient de se faire humilier et voler (mais pas manger…) par
les enfants sauvages qu’il voulait secourir au Darfour, s’était moqué
du grand acteur et de sa maladie d’Alzheimer. Mais Heston restera comme
un roi dans sa magnitude, un des rares acteurs à avoir amélioré et non
perturbé ou pollué son public. Un modèle moral et en plus physique,
comme un chevalier du Moyen Âge perdu au siècle du divertissement
industriel.
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