LE MONDE | 26.05.08 | 15h23 • Mis à jour le 26.05.08 | 15h24
Mais depuis trois ans, à la tête du Conseil régional du culte musulman
(CRCM) de Rhône-Alpes, ce père de famille au regard perçant fréquente les
préfets, dialogue avec des prêtres, anime des conférences sur la gestion du
culte en France, répond sur le site du CRCM à des questions d'ordre religieux,
prêche le vendredi matin à la mosquée de Villeurbanne (Rhône), puis file
l'après-midi prendre ses fonctions d'aumônier à la prison de
Villefranche-sur-Saône.
Point d'orgue de cet engagement tous azimuts, qui agace dans ses propres
rangs, M. Gaci a mené en février 2007 une délégation française
islamo-chrétienne sur les tombes des moines de Tibéhirine (Algérie), assassinés
en 1996. Ce voyage a valu à ce jeune responsable, issu d'une famille peu
pratiquante de neuf enfants, la notoriété dont il manquait auprès des autorités
algériennes.
"IL FAUT ÊTRE CARRÉ"
A l'en croire, ses débuts n'ont pas été faciles. Elu sous l'étiquette de
l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) réputée pour sa défense
d'un islam revendicatif, en butte à la concurrence de la Mosquée de Lyon installée
de longue date et tenue par un notable local, Kamel Kabtane, il s'est heurté "pendant
plusieurs mois à des portes fermées". "Je suis un homme
libre", note-t-il, soucieux de se démarquer de son organisation.
Son insistance à mettre sur la table des dossiers "concrets"
a débouché sur quelques réalisations dans la région. "Avec la
préfecture et les mairies, il faut être carré, sourit-il. Quand on
présente des dossiers ficelés, la réponse des pouvoirs publics est
naturelle." Son action a accéléré l'ouverture de carrés musulmans dans
les cimetières de plusieurs villes. Lors de la fête de l'Aïd, des sites
temporaires d'abattage sont désormais à la disposition des fidèles. M. Gaci a
aussi sollicité le ministère du tourisme pour assainir le marché, victime d'escrocs,
du pèlerinage à La Mecque.
Il préconise la mise en place de cellules de veille pour
lutter contre les actes islamophobes. "J'ai travaillé, je sais ce qu'il
faut faire pour organiser le culte musulman en France", conclut-il,
répétant à l'envi que les musulmans de France ont tout intérêt à "adapter
le texte (coranique) au contexte (français)".
Stéphanie Le Bars