
Avant la visite de notre secrétaire d'état aux Anciens Combattants, Alain Marleix a répondu à Mounir Boudjema au cours d'une entrevue. Compte-rendu publié le 22 mars 2008 dans le journal "La liberté".
Nous en publions l'intégralité.
Nous espérons que ces déclarations ne seront pas reprise par Jean-Marie Bockel, notre nouveau Ministre!
Lire toutes les informations à ce sujet sur le site de nos amis "Jeunes Pïeds-Noirs" en suivant ce lien.
Monsieur le secrétaire d’État, six mois après votre
première visite, dans quel état d’esprit revenez-vous à Alger, tout en sachant
que la visite du président Sarkozy, en décembre 2007, avait suscité, comme à
l’accoutumée dans les relations algéro-françaises, des passions et des
controverses dans les deux pays ?
Alain MARLEIX - Je suis heureux de revenir ici à Alger, où
j’effectue mon troisième déplacement depuis septembre 2007. Tout d’abord, parce
que je sais y être bien accueilli par les autorités algériennes. Je veux les en
remercier. Et surtout, parce que cette visite témoigne de l’attachement du
président de la République et du gouvernement français à la relation d’exception
avec l’Algérie. Vous savez que je viens d’être nommé à d’autres fonctions au
sein du gouvernement. Mais le président m’a demandé de maintenir ma visite pour
réaffirmer l’importance qu’il attache personnellement à la relation
franco-algérienne et pour tenir les engagements qu’il a pris pendant sa visite
d’État.
La France, Monsieur le secrétaire d’État, semble plus
déterminée dans son action par rapport aux anciens combattants algériens qui ont
été les “oubliés” de la lutte contre le nazisme. Est-ce que les mesures que vous
préconisez, notamment la revalorisation des pensions, demande majeure de ses
anciens combattants, sera à l’ordre du jour ?
Alain MARLEIX - Non, la France n’a pas oublié les 150 000
Algériens qui ont pris, au côté de leurs frères d’armes français, une part
déterminante à la lutte contre le nazisme. En Provence ou en Alsace, par
exemple, nos villes se souviennent, à travers le nom de leurs rues ou leurs
monuments, que leur libération est aussi venue du Maghreb. La France a si peu
oublié, qu’en 2004, Alger a été faite “chevalier de la Légion d’honneur” pour
rappeler à tous et, notamment aux plus jeunes qu’elle fut pendant près de deux
ans, la capitale de la France libre ! Au-delà et, puisque vous le savez, nous
venons de rendre un hommage solennel à notre dernier poilu de la Première Guerre
mondiale. Je voudrais rappeler qu’en 2006 a été inauguré à Verdun un monument à
la mémoire des soldats musulmans qui ont pris part à cette guerre. Parmi eux, il
y avait déjà 170 000 Algériens. En revanche, je pense que le souvenir de
cette partie de notre histoire commune a été gommé, ou en tout cas brouillé, par
ce qui, plus tard, nous a opposés. Des deux côtés de la Méditerranée, à partir
des années 1960, la nouvelle page que chacun de nos deux pays devait écrire
n’offrait pas beaucoup de place à cette épopée, qui pourtant restera comme une
des plus belles pages de l’histoire, écrite ensemble cette fois, par nos deux
nations. Ceci peut expliquer que le problème des pensions militaires françaises
versées aux anciens combattants algériens ait été si long à trouver une
solution. Mais aujourd’hui, c’est chose faite ! Je vous précise à ce sujet
qu’après la réforme de décembre 2002, qui s’était déjà traduite par un
quadruplement des sommes versées, l’alignement total des prestations versées aux
anciens combattants algériens sur les pensions françaises est intervenu en
Algérie dès juin 2007. Aujourd’hui, près de 5 milliards de dinars sont versés à
ce titre chaque année en Algérie. Mais nous voulons aller plus loin après
l’entrée en vigueur de cette réforme essentielle. Nous voulons maintenant
apporter aux anciens combattants algériens les prestations complémentaires, en
matière d’action sociale, de soins médicaux ou encore d’appareillage, auxquelles
ils ont droit. Cela passe par la réouverture très prochaine d’un service
d’accueil et d’information dans les anciens locaux du consulat général de
France, dans le quartier du Télemly, à Alger.
On n’a jamais évoqué les raisons exactes de la fermeture
du service des anciens combattants à Alger en 1994. Pourquoi une telle décision
et est-ce que cela ne vous a pas pénalisé dans le suivi des dossiers des anciens
combattants algériens ?
Alain MARLEIX - La suspension d’activité – et non pas la
fermeture – du service des anciens combattants d’Alger en 1994 était uniquement
due au contexte sécuritaire difficile que connaissait alors l’Algérie.
Aujourd’hui, heureusement, les choses ont évolué plus favorablement dans ce
domaine. Mais il faut le rappeler tout simplement : les conditions d’alors ne
permettaient plus l’exercice de nos missions qui exigent pour la plupart d’entre
elles un contact direct avec nos usagers. Cela a pénalisé les anciens
combattants algériens qui n’avaient plus d’interlocuteurs sur place et qui,
désemparés, se sont adressés à beaucoup de services de mon ministère ou d’autres
administrations qui ont apporté, dans la mesure de leurs possibilités, les
meilleures réponses. Mais cela n’était pas satisfaisant et c’est pourquoi dès
2004 nous avons repris progressivement une partie de notre activité, celle
consacrée au suivi de l’appareillage orthopédique des mutilés de guerre (800
personnes environ). Depuis cette date, un technicien spécialisé assure cette
mission à Alger en partenariat étroit avec l’Office national de l’appareillage
des personnes handicapées, qui est, je crois, l’un des organismes de référence
en la matière. Une convention a été signée, et cette collaboration, dans un
domaine très technique, se déroule à la satisfaction de tous. Ce que je veux
maintenant ajouter sur ce sujet, c’est que, dorénavant, les anciens combattants
algériens ont un interlocuteur, ici, à Alger, à travers le service des anciens
combattants placé près de l’ambassade de France. Déjà des sessions d’accueil
personnalisées sont organisées dans les consulats généraux de France à Oran et
Annaba pour ceux qui habitent dans ces deux régions. Tous les anciens
combattants ou leurs veuves peuvent y recourir. Une seule condition : prendre au
préalable un rendez-vous au numéro 1579. Dans un avenir très proche, cette même
possibilité d’accueil sera offerte à Alger, dans les locaux de notre nouveau
service des anciens combattants. Mais d’ores et déjà, celui-ci est à l’écoute
des demandes qui lui sont adressées par téléphone ou par courrier. Dans les
prochaines semaines, il mettra également en ligne sur le site de l’ambassade de
France, une banque d’informations accessible aux 28 000 ressortissants concernés
recensés aujourd’hui en Algérie.
Différents services et avantages semblent en préparation
au niveau de votre cabinet. Qu’en est-il ? Existe-il de nouvelles mesures dans
ce sens ?
Alain MARLEIX - La vraie nouveauté passe par la
réouverture prochaine du service de proximité qui pourra leur apporter les
prestations complémentaires déjà prévues par la loi mais qui nécessitent pour
leur mise en œuvre une possibilité d’accueil et de réception de notre public. En
revanche, dorénavant, et c’est aussi une nouveauté introduite par la réforme
entrée en vigueur cette année, les anciens combattants algériens bénéficieront,
comme leurs camarades français, de toute éventuelle évolution positive de la
législation française dans ce domaine. Si, par exemple, on décidait d’augmenter
le montant de la retraite du combattant, les anciens combattants algériens en
bénéficieraient de plein droit, ce qui n’est que justice !
Le président Sarkozy a, dans un geste unique, rendu à
l’Algérie la carte des mines enfouies par l’armée française durant la guerre
d’indépendance. Ce geste a été apprécié en Algérie. D’autres décisions de ce
type peuvent-elles suivre ? La prise en charge des victimes de ses mines semble
être une de vos priorités avec la création de centres orthopédiques et
d’appareillage ?
Alain MARLEIX - La France a certainement trop tardé pour
remettre les plans des champs de mines des lignes Challe et Morice, mais il faut
reconnaître ici qu’il s’agit d’une décision que le président Sarkozy a prise dès
son élection. Au-delà de l’aspect pratique de cette mesure — je sais qu’il fait
ici l’objet de débats mais je sais aussi qu’il n’est pas nul ! — il y a
d’indéniables aspects symboliques dans cette décision : le temps de
l’affrontement est terminé ! Il faut aller de l’avant, sans oublier — car
l’oubli serait une insulte à la mémoire des morts de nos deux pays — et
privilégier, dorénavant, et je cite le président de la République, “ce qui nous
unit par le cœur et la raison”. Plus concrètement, je précise que lors de la
visite d’État de décembre dernier, le président de la République s’est engagé
auprès du président Bouteflika à assurer, en fonction des besoins qui nous
seraient signalés par les autorités algériennes, une prise en charge médicale et
orthopédique des victimes de ces mines. Les modalités de cette action, qui
serait menée en partenariat étroit avec les structures algériennes qui
interviennent déjà très efficacement dans ce domaine, restent aujourd’hui à
préciser, mais nous sommes prêts à prendre notre part dans le traitement de ces
cas douloureux. Mon département ministériel a une réelle compétence dans ce
domaine, et il est prêt à étudier des procédures d’échange de savoir-faire ou de
collaboration technique.
Le débat sur la mémoire est apprécié différemment dans les
deux pays. Le concept de “bienfaits de la colonisation” a été vécu comme un
outrage par les Algériens, très attachés à leur histoire, à qui certains
politiques français semblent demander d’oublier les crimes coloniaux.
Comprenez-vous ce sentiment de justice et de rétablissement des faits du côté
algérien ?
Alain MARLEIX - Je comprends, d’autant plus cette
nécessité de rétablir les faits que le président Sarkozy l’a fait, ici même, en
Algérie, à l’occasion de son discours à l’université Mentouri de Constantine. Le
président de la République, dans un discours très novateur, a souhaité que nos
deux peuples regardent l’histoire en face, sans se cacher derrière les
idéologies et les polémiques que certains, en France, mais peut-être aussi en
Algérie, souhaitent en permanence raviver. Il a condamné la colonisation, de la
manière la plus solennelle. Il a reconnu, sans détour, sans langue de bois, que
la France avait commis en Algérie des fautes et des crimes. Aucun de ses
prédécesseurs ne l’avait fait avant lui. La France veut avancer pour rapprocher
nos mémoires. Vous me parlez encore de l’article d’une loi qui a été abrogé dès
2005, à la demande du président Chirac, ce qui, aussi, était une démarche
exceptionnelle, car ce texte avait été voté par le Parlement. Ce texte ne fait
plus partie du droit français ! Alors, pourquoi en parle-t-on encore ?
Connaissez-vous un autre pays qui ait abrogé une loi de son Parlement, pour
donner un gage d’amitié et d’apaisement à un autre pays ? Moi, je n’en connais
pas. Je sais aussi que certains réclament les archives. La France a déjà
rendu les archives de la période ottomane que l’État détenait. Concernant les
archives de la période coloniale, celles-ci font l’objet d’un différend entre
juristes, les nôtres estimant, au contraire de leurs homologues algériens,
qu’elles sont la propriété de l’État français qui les a édictées. Mais si l’on
veut vraiment aller vers la vérité, alors il faut cesser de camper sur des
positions de principe qui bloquent ce dossier depuis des décennies et l’aborder
de façon pragmatique, comme nous l’avons fait pour les mines. Ainsi nous avons
proposé à la partie algérienne une coopération dans ce domaine. Le directeur des
archives a été invité en France, et nous serions heureux de l’accueillir au
moment qui lui conviendra. Nous avons proposé la création d’un groupe de travail
composé d’experts franco-algériens pour faciliter l’accès des historiens à ces
archives. Enfin, l’Institut national audiovisuel français a transmis récemment
toutes les archives télévisuelles correspondant à l’Algérie. Je dis bien toutes,
sans exception. On peut regretter que les images ne montrent pas les souffrances
des Algériens, mais il s’agit pour beaucoup d’images de la télévision officielle
française. Elles choisissaient de montrer une partie seulement de la réalité. Ce
n’est qu’une face de la vérité et je le reconnais sans difficulté. Aux
historiens français et algériens de rétablir tous les faits.
L’idée d’un pardon de la France à l’égard de l’Algérie
est-il, pour vous, une nécessité, une repentance, un aboutissement logique, un
mea-culpa impossible ou un geste inconcevable ?
Alain MARLEIX - Nous avons la chance aujourd’hui de
pouvoir prendre le même chemin, celui de la vérité. La vérité, si difficile
qu’elle puisse être à entendre pour certains, nous amènera à l’apaisement. Nous
souhaitons avancer dans la reconnaissance des faits en respectant la dignité de
chacun. C’est un travail qui doit se faire à deux. La France a la responsabilité
principale de ce qui s’est passé pendant la période coloniale. Mais cela ne veut
pas dire que la vérité est en noir ou blanc. Il faut lever tous les tabous et
remettre en cause les vérités révélées des deux côtés. C’est pourquoi nous
souhaitons que des historiens algériens et français travaillent ensemble dans la
future fondation pour la mémoire annoncée par le Premier ministre François
Fillon.
Votre prédécesseur, M. Mekachera, était un harki qui n’a
pas été le bienvenu à Alger à cause du dossier sensible des harkis. Pour
l’Algérie, ce dossier est définitivement franco-français. Comprenez-vous
l’Algérie quand elle ne veut pas évoquer cette question du moment qu’on ne
discute pas avec ceux qui ont trahi la patrie, comme vous n’avez jamais fait
preuve d’indulgence envers les vichystes ?
Alain MARLEIX - Tout d’abord, une précision. M. Mekachera
était un officier de carrière de l’armée française dans laquelle il a servi
jusqu’en 1975. Il fait partie de ceux qui ont opté pour la nationalité
française, comme d’autres, Français d’Algérie, ont choisi de devenir algériens
ainsi que le prévoyaient les Accords d’évian. Il n’était donc pas à proprement
parlé un harki, puisque les harkis n’avaient pas le statut de militaire. Cela
dit, je ne suis pas sûr que la comparaison entre les harkis et les
collaborateurs du régime nazi soit opportune, car la France en Algérie, malgré
tout ce que l’on peut reprocher au système colonial — que le président de la
République a justement dénoncé lors de sa visite d’État —, ce n’était pas la
barbarie nazie. La réalité est déjà assez terrible pour que l’on n’en rajoute
pas. L’exagération n’est jamais la meilleure façon de rendre hommage à ceux
qui ont souffert. En revanche, vous avez raison de dire que ce dossier comporte
un fort enjeu franco-français car les harkis sont membres à part entière de
notre communauté nationale et il s’agit de faire en sorte qu’aucune
discrimination ne soit exercée à leur égard. Les harkis ont choisi la France,
et si la France avait tort, comme l’histoire l’a ensuite démontré, ce n’est pas
aux harkis qu’il faut s’en prendre, mais à la France. La France, elle, a des
devoirs envers ces harkis qu’elle a longtemps traités de façon injuste. Sur la
perception de cet aspect de l’histoire, il faut aussi peut-être tout simplement
reconnaître que nos points de vue divergent encore, même si je peux très bien
comprendre la sensibilité qui est la vôtre.
Quelle est la position de votre département par rapport à
certaines commémorations et stèles provocatrices en France qui glorifient les
acteurs et les actions de l’OAS en Algérie ? Alain MARLEIX - Vous savez, il
existe chez nous une multitude d’associations qui représentent différentes
sensibilités. Certaines d’entre elles, par exemple, retiennent la date du 19
mars, tout comme vous, pour commémorer la fin de la guerre en Algérie. D’autres
refusent cette date. Ces associations organisent parfois des manifestations ou
commémorations qui, dès lors qu’elles respectent les règles de droit commun, sur
les troubles à l’ordre public, par exemple, sont autorisées. Mais elles doivent
être distinguées des commémorations officielles organisées par l’État qui elles
seules traduisent la volonté d’inscrire dans la mémoire nationale tel ou tel
événement. Pour ma part, je souhaiterais une approche plus consensuelle,
partagée, de la mémoire, et c’est pourquoi nous souhaitons soumettre aux
autorités algériennes un projet de fondation commune pour assurer l’entretien et
la restauration des cimetières européens, mais aussi, pourquoi pas, des
monuments les plus remarquables d’avant-l’indépendance. Je pense qu’aujourd’hui,
les Français rapatriés d’Algérie et leurs descendants peuvent constituer une
force d’impulsion des relations franco-algériennes. Ceux d’entre eux qui
visitent l’Algérie sont d’ailleurs toujours reçus magnifiquement.
Certains à Alger on cru qu’avec l’arrivée du président
Sarkozy à l’Élysée, considéré comme ne faisant pas partie de la “génération
algérienne” de la classe politique française puisque n’ayant pas connu la
guerre, les choses allaient changer. Mais on ne le sent pas décomplexé vis-à-vis
de la question du pardon. Alain MARLEIX - Le président Sarkozy a été le
premier chef d’État a reconnaître les crimes et les fautes commis pendant la
période coloniale. Je sais que ce discours a été apprécié par de nombreux
responsables. Il a lancé un message d’amitié et de confiance. Dans son
discours de Constantine, il a voulu s’adresser aux jeunes Algériens pour dire
que nous souhaitions nous tourner vers l’avenir sans oublier les blessures
profondes que les tragédies de l’histoire ont laissées sur l’âme du peuple
algérien. C’est ainsi que nous serons fidèles aux souvenirs de nos morts, qu’ils
soient Algériens ou Français. C’est par des gestes concrets, comme ceux
qu’il a décidés, que les choses changeront. L’union pour la Méditerranée, que le
président Sarkozy a initiée, sera certainement une des traductions de ce
changement, qui permettra à toutes les générations qui n’ont pas connu la
guerre, en France mais aussi en Algérie, de mieux se connaître et d’être fières
de la richesse de ce qu’elles ont en commun.
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dans la question des harkis. Il serait souhaitable que les anciens combattants réagissent auprès de son successeur JM Bockel.