
Notre administrateur et ami Maître Jacques Trémolet de Villers donne la pleine mesure de ce qu'il faut penser de l'assassinat d'Anne-Lorraine, c'est bien là la réponse qu'il convient à l'ignoble article d'un journaliste à l'esprit contrefait et inspiré par le malin!
Nouvelle de la France qui vient
Anne-Lorraine
Il y avait, cette semaine, tant de choses à commenter : les « événements » comme on dit pudiquement en parlant des émeutes de Villiers le Bel – on parlait ainsi au temps de la guerre d’Algérie à qui les responsables du moment refusaient obstinément de donner son vrai nom – et puis d’autres événements, littéraires cette fois, mais aussi d’une certaine façon, politiques, et encore religieux, comme la publication de cette correspondance étonnante, stupéfiante, envoûtante et enthousiasmante à qui l’éditeur a donné le beau titre de Dieu et le Roi. Enfin, l’encyclique, plus qu’admirable, de notre Saint Père le pape Benoît XVI , sur l’espérance.
Mais au-dessus de ces événements, les effaçant par sa force d’émotion et la pureté tragique de son symbole, nous mettant tous, d’un coup, par le langage de la douleur et le sang de l’héroïsme, en face de la vérité que nous ne voulons pas voir, il y a le martyre d’Anne-Lorraine.
Dans sa triste neutralité le communiqué de l’agence de presse le résumait ainsi :
« Dimanche dernier, une jeune étudiante en journalisme a été retrouvée, en fin de matinée, agonisante, dans une rame du RER D en gare de Creil, après avoir été frappée de nombreux coups de couteau par un délinquant sexuel. Celui-ci, récidiviste d’origine turque, avait déjà été condamné en 1996, à cinq ans de prison pour un viol commis sous la menace d’une arme sur la même ligne de RER. »
Ce dimanche, c’était, dans la liturgie de la messe à laquelle se préparaient à assister la jeune fille et sa famille qui l’attendait à la gare, la fête du Christ-Roi des nations et de l’univers. C’était le dernier dimanche de l’année liturgique. Demain s’ouvrait le temps de l’Avent où l’on chante « Venez, divin Messie ! ».
Ceux qui croient que la religion chrétienne est une sorte de drogue – un opium – pour calmer nos angoisses, nous protéger des coups et retarder, par des interventions plus ou moins miraculeuses, l’heure de notre mort, seront à l’aise pour ricaner. Où était-il le Dieu qui devait l’assister ?... Et tous les saints du Paradis que, sûrement, elle a dû, en vain, invoquer ? Dans le RER D, ce dimanche matin, à l’heure où commence le saint sacrifice de la messe, il n’y avait que ce Turc, avec son couteau et ses pulsions qu’on ne peut même pas dire animales, puisque, si les animaux tuent, c’est par faim ou par peur, et non pour violer leur semblable.
Celui qui connaît, ne serait-ce qu’un peu, la vie de l’Eglise dont Anne-Lorraine est la fille, répond, avec Benoît XVI. « L’espérance véritable ne naît que du sang du Christ et de celui versé pour Lui » (Naples, 21 octobre 2007). Notre Seigneur, Roi des rois, ses anges et ses saints – la cour céleste – étaient, à ce moment, avec elle, plus proches que n’importe quel autre fidèle, plus proche d’elle qu’elle-même, car elle vivait, dans sa chair et son sang, leur propre sacrifice. Elle déroulait leur histoire, devenue mystérieusement, par la main du crime, son histoire – « Mon époux est un époux de sang » disait Thérèse de Lisieux, en ajoutant, devant l’image de la Sainte Face dont elle avait choisi de porter le nom « ce n’est pas pour rire qu’Il m’a aimée ».
Il y a, dans ce que nos journaux classent dans la rubrique des « faits divers », le problème, comme disent nos analystes, de la sécurité dans nos transports en commun. Il y a aussi, bien sûr, celui de notre justice. Il y a encore celui d’une immigration scandaleusement mal contrôlée. Il y a surtout, celui de nos moeurs publiques qui, de façon inquiétante, ont rendu omniprésente et jusqu’à l’obsession l’excitation de l’appétit sexuel – et comment veut-on qu’un esprit faible dans une nature désordonnée résiste à ses pulsions quand tout ce qui, autour de lui, s’étale sur les murs, les écrans et les journaux, l’incite, le pousse, le force presque à les satisfaire ?
Le juriste que je suis, l’avocat maintenant chevronné, peut se dire qu’il faut sérieusement réfléchir à la modification de l’arsenal de nos peines et méditer sur le sens de la couleur rouge que portent les robes de nos hauts magistrats. La justice, qui eut le pouvoir et la terrible responsabilité de faire couler le sang du coupable pour épargner le sang de l’innocent, peut-elle accepter encore longtemps d’être privée de cette arme suprême ? Les assassins vont-ils garder indéfiniment le monopole de la haute justice ? Ces questions, nous espérons que nos législateurs se les poseront, enfin, sérieusement. Mais ces questions, pour graves qu’elles soient, n’épuisent pas, et de loin, la leçon de ce mystère sanglant.
Anne-Lorraine, avec son sourire et son courage, avec sa jeunesse et sa beauté offertes en sacrifice jusqu’à la mort pour défendre son honneur, nous donne un enseignement plus haut. Elle nous rappelle à tous, nous Français, et à ceux qui vivent sur le sol de la France, qui nous sommes, qui nous devrions être, qui est la France.
La France, dans l’histoire, il y a mille cinq cents ans et aujourd’hui, dimanche dernier, ce n’est pas seulement la « cinquième puissance économique du monde », non plus qu’un « Etat-nation dans l’Union européenne », moins encore une « République laïque, sociale et démocratique ». La France n’est pas un PIB, un morceau de la zone euro, ou un ensemble d’institutions juridiques. C’est un peu tout cela, bien sûr, mais c’est d’abord et avant tout, plus haut que tout, une jeune fille dont le coeur est accordé au coeur de Jésus-Christ. La France, c’est Jeanne d’Arc, Bernadette et Thérèse. C’est Geneviève et Marguerite-Marie, et la lignée innombrable de celles qui, tout simplement, ont préféré la mort au déshonneur. Une jeune fille qui, comme l’a rappelé son frère, élève-officier à Saint-Cyr, a montré qu’elle avait un coeur de soldat. Une jeune fille qui a accompli jusqu’au bout le « N’ayez pas peur ! » de son Maître.
Pour essayer de comprendre – ou plutôt pour tenter d’admirer une si haute beauté, la beauté de l’honneur d’une jeune fille – il faut un immense effort de civilisation, quelque chose qui ressemble à ce que fit l’Eglise quand elle transforma les soudards en chevaliers, par la prière et, aussi, par l’éducation des cours d’amour et le respect de la Chambre des Dames.
Sans les avoir toutes oubliées, n’avions-nous pas laissé ces fleurs au musée de notre histoire, au souvenir attendri de nos vieilles chansons, en pensant qu’aujourd’hui, définitivement, ce n’était plus possible ? Fallait-il le martyre d’Anne-Lorraine pour nous rappeler qui nous sommes, et à quelle hauteur nous devons placer ce qui nous reste de coeur ?
Faut-il, pour que nous l’admettions, paraphraser saint Augustin interpellant ses contemporains écrasés devant le désordre et l’insécurité qu’étendait à l’univers connu la chute de l’Empire romain : « Croyez-vous que si Dieu permet de telles choses, ce soit pour son édification ou pour la nôtre ? »
Anne-Lorraine n’était pas seule à incarner, ainsi, dans sa vie quotidienne, le charme rayonnant et doux d’une beauté qui n’était pas seulement intérieure. Ils sont innombrables, en France, aujourd’hui, les frères, soeurs, cousins, cousines, amis et amies d’Anne-Lorraine.
Ils sont la France qui vient et dont on ne parle pas. Celle qui fait du bien sans faire du bruit, qui ne recherche pas la une des magazines ou des télés par les cris et la violence, les instruments de musique qui hurlent et les voitures qui flambent, et dont une jeune héroïne reçoit la vraie gloire avec la palme du martyre.
A Senlis, dans cette cathédrale royale, en présence d’une foule grave, jeune et recueillie, qui débordait sur le parvis et jusque dans les rues avoisinantes, l’Eglise, en la personne de son évêque, et la France, en la personne de ses officiers et du Gouverneur militaire de Paris – la Mère et la Fille aînée – célébraient l’entrée au Ciel de cette nouvelle soeur de Jeanne et de Thérèse.
Honneur et Gloire ! Ces deux mots qui disent toute la France et d’où viennent la vraie joie et le vrai courage, c’est le sublime message de cette jeune fille au prénom si royalement composé : Anne-Lorraine.
JACQUES TREMOLET DE VILLERS
Article extrait du n° 6478 de Présent, du Mercredi 5 décembre 2007
|